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Et si on se faisait un petite histoire ? : discussion - Page 32

Oss
Oss

le 28/11/2024 à 17h51

Sylvain ne répondit pas. Il était surpris d'avoir fait ce malaise. Allongé sur son lit, détendu grâce à la piqure que le médecin lui avait administrée, il reprit ses esprits. Fermant les yeux, Anastasia lui apparut dans ce moment de leurs 16 ans. Ce vœu, ce pacte entre tous les deux était de fêter le 10 mars la sainte Anastasia et de se rendre tous les deux en Italie, à Ravenne, à la Basilique Saint-Vital de Ravenne voir la mosaïque de Théodora Anastasie la praticienne. Cette mosaïque illustrait leur livre d'histoire et il avait fait ce serment d'aller un jour en Italie voir Anastasie, allias Anastasia. Il se souvint également du délice de leurs mots, de leurs rêves qu'évoquait cette illustration de leur livre d'histoire, de leurs doigts emmêlés pour signer leur pacte et du baiser qu'ils échangèrent scellant ainsi leur vœu.

Il se redressa sur le lit, prit son téléphone, ouvrit le calendrier : le 10 mars c'était dans quinze jours. Son cœur bâtit encore plus au moment ou l'on frappa à la porte de son appartement.

Il déchira l'enveloppe qui était fichée sur le papier du bouquet de roses rouges qu'un commissionnaire venait de lui remettre.

- Je ne suis pas loin de toi, je t'ai retrouvé. Viens !

Viens ? Mais où ? Anastasia, aurait-elle pu se libérer plus tôt ? Sylvain ne savait plus quoi faire, ce bouquet de roses rouges qui signifiait l'amour ne pouvait pas venir de quelqu'un d'autre que d'Anastasia ! N’écoutant que son cœur, il se leva rapidement ce qui lui valut un sérieux étourdissement qui le laissa haletant sur le bord de son lit, il entendit dans son dos la porte s'ouvrir et des pas précipités venir vers lui.

Il avait en effet appuyé sur la sonnette de secours qu'il ne gardait pas loin, au cas où il serait mal pris, car son étourdissement lui avait fait peur, il avait du mal à respirer, et la porte et les pas précipités devaient être sans doute un docteur de service ou un soignant.

- Ah monsieur Granget ! Woualah t'ia m'a fait peur ! J'ai appris que t'iétais tombé dans les pommes.

Le désarroi de Latifa n'était pas feint. Elle saisit la main de Sylvain comme pour se rassurer elle-même du bien être de ce monsieur. Sylvain leva les yeux pour regarder le sourire inquiet de Latifa. Sa vue se brouilla légèrement et, en dévisageant celle qui venait prendre de ses nouvelles, il demeura un moment saisi comme si le temps s'arrêtait soudainement d'égrainer les secondes...

- Latifa ? Dis moi, c'est bien toi ? dit-il la voix cassée.
- Ma parole monsieur Granget, t'ia quoi ? Qu'est-ce que tu m'dis ? Et oui c'est moi ! Tu crois quoi ? C'est moi mon fils ! Latifa !

Trop d'évènements en si peu de temps venaient de faire douter Sylvain. Il crut un instant voir Anastasia tout près de lui en la personne de cette femme brune aux yeux noirs. La différence d'âge entre celle qui avait été son premier amour et Latifa, ne lui permettait pas de voir l'évidence.

- Je suis épuisé dit-il les yeux embués. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Ma vie me joue des tours et...

Latifa lui passa un bras sur les épaules en lui disant :

- Viens, lève toi mon fils, on va dans le jardin !
- Mais je ne suis pas ton fils, enfin Latifa !
- Si pas grave ça mon fils, si pas grave. Allez, lève toi, viens !

Puis approchant sa bouche vers l'oreille de Sylvain, elle lui dit en chuchotant :

- Y'a une surprise pour toi qui t'attend, mon fils !

Sylvain s'arrêta net , une surprise, me dis-tu ? Mais qu'est-ce donc ? Latifa le rassura , t’y inquiète pas mon fils, si j’y t’y dis s’y oune surprise, s’y oune surprise ! Allez, viens donc et ne pose pas de questions, t’y verra bien !

Il avança dans le couloir, Latifa à ses côtés non sans une certaine appréhension . Quelle surprise lui réserve-t-on ? Qui l'attendait au bout du couloir ? Mille et une questions lui passaient par la tête et Latifa voyant Sylvain tourmenté, lui dit :

- T'y va voir comme t'y va être content mon fils !

Ce couloir qu'il avait arpenté tant de fois lui paraissait interminable, il avait du mal à réaliser pourquoi Latifa l'entraînait hors de sa chambre. Elle lui avait dit qu'une surprise l'attendait et qu'il devrait être content, mais tout se brouillait dans sa tête, son cœur battait la chamade, Latifa le maintenait et malgré ça il avait du mal à avancer.

La double porte vitrée et sécurisée qu’il avait franchie à maintes reprises, était envahie par une large lumière éclatante donnant à l’endroit un pouvoir céleste, cathédral même. Cette vision dans laquelle il allait plonger, lui fit marquer le pas tant cette luminosité le dérangeait. Son avant bras qu’il mit devant ses yeux en guise de visière, ne le soulagea pas plus que cela. Il cligna des yeux à plusieurs reprises pour humidifier ses yeux. Il se dit que seul un ange venu du ciel pouvait être dans cette lumière comme au moment de l’Annonciation faite à Marie.

Rapidement il chassa cette idée saugrenue, sa lucidité reprenant le dessus. Le soleil à cette heure de la journée avait cette capacité à démultiplier la lumière au travers des vitres de cette porte. Il avait conscience que son aura n’avait pas la valeur d’une quelconque icône ou enluminure.

Dans le jardin, il retrouva la fraîcheur rassurante du temps. Le ciel bleu sans nuage, le couple de tourterelles qu’il rencontrait chaque matin, le parfum des fleurs et celui des arbres, la propreté du chemin étaient ses repaires quotidiens dont il aimait à les retrouver, s’arrêtant souvent, quelques instants, s’assurant de leur présence tranquille dans une sorte de dévotion. Son banc était juste derrière ce bosquet fait de rhododendrons grenats. Il ne s’aperçut pas de suite que Latifa l’avait laisser aller seul depuis quelques instants. Il s’avança encore, finit par dépasser ce bosquet et le banc, son banc, lui apparut.

S’asseoir lentement sur le bois frais, avec précaution et hésitation c’était pour lui une forme de respect pour ce meuble qui l’attendait avec cette fidélité quotidienne. Il aimait par dessus tout caresser le fil du bois verni, une habitude respectueuse qu’il avait pour cette essence. Dans cette caresse, il imaginait souvent le bois vivant, l’arbre faisant partie sans doute d’une très belle forêt, majestueux, élancé vers le ciel et qui avait souffert un instant sous la morsure de la lame de scie rageuse et irrespectueuse tant elle l’avait mutilé !

Le banc n’était pas seul à l’attendre. S’arrêtant une nouvelle fois il scruta le dos de cette personne qui était assise à sa place, avec une goujaterie immonde pour avoir osé « prendre son banc » ! Comment ose-t-elle ? Certes, il n’en était pas le propriétaire mais, dans la résidence, chacun des membres s’accordait à ne pas « emprunter » ce banc pour le laisser à Sylvain. Il courait le bruit dans le jardin et même les salons de la résidence que Sylvain avait montré plusieurs fois son agacement lorsque quelqu’un osait s’aventurer a déposer son séant imprudent sur le vernis de ce bois, ne fut-ce qu’un court instant. Il prenait un ton volontairement autoritaire pour chasser l’intrus, ce qui faisait sourire les résidents et donnait matière à discussion lors du 4 heures des après midi de thé, de belote ou de scrabble.

En cet instant, sa motricité devint inerte, tremblante, pesante. Ce dos légèrement voûté qu’il avait devant lui, ce dos qu’une robe de dentelle blanche habillait, ces épaules bien marquées qui donnait de l’allure, cette femme qui était assise à sa place le tétanisait. La longue chevelure poivre et sel retenue par un foulard aux couleurs vives avait la grâce d’une naïade se mirant dans une eau claire. Cette femme sentit sûrement sa présence car elle déposa un bras sur le dossier du banc, ce qui lui permit de se retourner lentement. Il reconnut aussitôt le profil qui se dessinait, le sourire qui se découvrait laissant apparaitre une denture parfaite, les rides qui soulignaient le contour des yeux.

Anastasia ! Anastasia ! chuchota-t-il. Anastasia ! cria-t-il interrogateur. Elle se leva, vint vers lui avec un sourire éclatant, s’arrêta devant lui à le frôler.

- Je te savais plus téméraire Sylvain dit-elle avant de se jeter dans ses bras. Tu m'avais promis de m'emmener en Italie pour ma fête, qu'attends-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire et des instants à rattraper, n'est-ce pas ?

(Bettyoups et Dany80 ou quelqu'un d'autre, on continue l'histoire ou on arrête là) !

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 28/11/2024 à 19h19

Merci Oss ! je pense que cette belle histoire se termine bien..... et que l'on peut arrêter là......c'est la fin que l'on attendait.....

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 01/12/2024 à 15h59

coucou Bettyoups...tu en penses quoi ?

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 01/12/2024 à 16h21

Bonjour, je sais bien qu'il fallait finir cette histoire un jour mais trop de suspense pour une fin certes agréable mais peu banale. On reste comme ça, merci les Justacopains. J'aime bien ces écritures à trois .

Ambassadeur
Oss
Oss

le 01/12/2024 à 16h27

Merci les filles mais, à mon avis, on ne peut pas terminer cette histoire ainsi.

Je vais vous proposer une suite qui se veut être logique. Ce ne sera pas trop long. Bien évidemment vous pourrez y placer votre paragraphe. D'accord ?

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 02/12/2024 à 12h39

d'accord Oss ça ne pourra être que bien.....

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 02/12/2024 à 12h46

Oss

Ambassadeur
Oss
Oss

le 03/12/2024 à 16h40

Dans le jardin, il retrouva la fraîcheur rassurante du temps. Le ciel bleu sans nuage, le couple de tourterelles qu’il rencontrait chaque matin, le parfum des fleurs et celui des arbres, la propreté du chemin étaient ses repaires quotidiens dont il aimait à les retrouver, s’arrêtant souvent, quelques instants, s’assurant de leur présence tranquille dans une sorte de dévotion. Son banc était juste derrière ce bosquet fait de rhododendrons grenats. Il ne s’aperçut pas de suite que Latifa l’avait laisser aller seul depuis quelques instants. Il s’avança encore, finit par dépasser ce bosquet et le banc, son banc, lui apparut.

S’asseoir lentement sur le bois frais, avec précaution et hésitation c’était pour lui une forme de respect pour ce meuble qui l’attendait avec cette fidélité quotidienne. Il aimait par dessus tout caresser le fil du bois verni, une habitude respectueuse qu’il avait pour cette essence. Dans cette caresse, il imaginait souvent le bois vivant, l’arbre faisant partie sans doute d’une très belle forêt, majestueux, élancé vers le ciel et qui avait souffert un instant sous la morsure de la lame de scie rageuse et irrespectueuse tant elle l’avait mutilé !

Le banc n’était pas seul à l’attendre. S’arrêtant une nouvelle fois il scruta le dos de cette personne qui était assise à sa place, avec une goujaterie immonde pour avoir osé « prendre son banc » ! Comment ose-t-elle ? Certes, il n’en était pas le propriétaire mais, dans la résidence, chacun des membres s’accordait à ne pas « emprunter » ce banc pour le laisser à Sylvain. Il courait le bruit dans le jardin et même les salons de la résidence que Sylvain avait montré plusieurs fois son agacement lorsque quelqu’un osait s’aventurer a déposer son séant imprudent sur le vernis de ce bois, ne fut-ce qu’un court instant. Il prenait un ton volontairement autoritaire pour chasser l’intrus, ce qui faisait sourire les résidents et donnait matière à discussion lors du 4 heures des après midi de thé, de belote ou de scrabble.

En cet instant, sa motricité devint inerte, tremblante, pesante. Ce dos légèrement voûté qu’il avait devant lui, ce dos qu’une robe de dentelle blanche habillait, ces épaules bien marquées qui donnait de l’allure, cette femme qui était assise à sa place le tétanisait. La longue chevelure poivre et sel retenue par un foulard aux couleurs vives avait la grâce d’une naïade se mirant dans une eau claire. Cette femme sentit sûrement sa présence car elle déposa un bras sur le dossier du banc, ce qui lui permit de se retourner lentement. Il reconnut aussitôt le profil qui se dessinait, le sourire qui se découvrait laissant apparaitre une denture parfaite, les rides qui soulignaient le contour des yeux.

Anastasia ! Anastasia ! chuchota-t-il. Anastasia ! cria-t-il interrogateur. Elle se leva, vint vers lui avec un sourire éclatant, s’arrêta devant lui à le frôler.

- Je te savais plus téméraire Sylvain dit-elle avant de se jeter dans ses bras. Tu m'avais promis de m'emmener en Italie pour ma fête, qu'attends-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire et des instants à rattraper, n'est-ce pas ?

La longue étreinte qu'ils échangèrent en silence, savourant ainsi leur parfum, les deux corps emmêlés l'un dans l'autre au point où une main ne saurait se glisser, joue contre joue, fut leur récompense légitime pour cette attente et cet espoir de se retrouver enfin ! Lentement, ils s'écartèrent de cet étau voulu et tellement espéré depuis tant d'années. Anastasia le regarda fixement de ses yeux verts et, avec calcul, ses mains se portèrent à l'encolure de la veste de Sylvain, s'agrippant au tissu. Dans un souffle, elle prononça : "Viens ici toi !". Elle l'attira à elle. Fougueusement elle écrasa ses lèvres sur celles de Sylvain avec rage. Ce ring qu'était leur bouche permettait à leur langue de se mesurer dans un combat d'amour sans vainqueur mais tout simplement avec cette force mesurée mais si vaillante forgée par cette longue attente.. Leurs baisers voulaient effacer toutes ces années passées.

Il lui rendit plusieurs fois son baiser puis, haletant, serrant délicatement le visage entre ses mains de cette amie venue dont on ne sait d'où, il prononça : "Dis-moi ! S'il te plait, raconte moi !".

Bras dessous, marchant dans toutes les allées de la résidence, ne s'apercevant pas de l'heure avancée de la journée, elle lui raconta le détail de sa vie.

Ses parents décédés dans un accident de voiture à ses 20 ans fut une catastrophe pour elle. Une vie difficile commençait, une vie marquée par des lendemains incertains, tragiques. Elle a maintes fois recherché son ami mais elle avait perdu toute trace au moment de son retour de la guerre d'Algérie. Anatole lui avait bien remis sa lettre mais il lui avait annoncé que Sylvain était mort de ses blessures de guerre dans un hôpital militaire et qu'il n'avait pas voulu lui annoncer qu'il était blessé gravement, sachant qu'elle aurait de la peine.

Anatole était resté près d'elle pour l'aider. Prise d'un soupçon, son troisième sens en éveil, elle n'avait pas cru complètement aux propos de ce fourbe d'Anatole et elle se sépara de lui quelques années plus tard. Elle savait au plus profond d'elle-même que Sylvain était bien vivant, quelque part en Provence et pas ailleurs. Elle avait consulté plusieurs mairies sans résultat. Bien plus tard, elle a consulté les pages blanches de l'annuaire, toujours en vain. Elle avait lancé des messages sur Facebook mais la magie du site n'avait pas opéré pour elle. D'autres sites consultés ne lui permirent pas de retrouver une quelconque trace de son ami de cœur. Lasse, admettant la fatalité, elle était sur le point d'abandonner lorsque, au cours d'une ballade sur un marché de Provence...

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 03/12/2024 à 18h45

Un marchand l'interpelle en lui disant : eh ma petite dame venez gouter mes olives ! La voyant hésiter, il lui tendit un bol d’olives bien noires et Anastasia ne put résister, ces olives étaient trop tentantes ,elle s’approcha et se dit que cet homme lui rappelait quelqu'un....dites-moi, monsieur, est-ce que nous ne nous serions pas déjà rencontrés ? L’homme l'a regarda attentivement, mais oui ,c'est vrai ça, ma petite dame, je vous reconnais maintenant, malgré les années passées ! Et qu'est donc devenu votre compagnon? Mais dites-moi, qui êtes-vous, monsieur, demanda Anastasia ? Votre visage me dit quelque chose mais je ne sais plus où nous nous sommes rencontrés ! Je travallais pour votre père et je l’accompagnais lors de ces parties de chasse en tant que meneur de chiens et je me souviens d’un jour où il était très ennuyé car il avait perdu une médaille et nous avions passé de nombreux jours à la chercher mais sans succès....

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 03/12/2024 à 21h57

mais oui , je me souviens bien de cette médaille qui représentait la Vierge Marie, l'Immaculée Conception.........

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 08/12/2024 à 15h31

.

Ambassadeur
Oss
Oss

le 12/12/2024 à 18h45

Dans le jardin, il retrouva la fraîcheur rassurante du temps. Le ciel bleu sans nuage, le couple de tourterelles qu’il rencontrait chaque matin, le parfum des fleurs et celui des arbres, la propreté du chemin étaient ses repaires quotidiens dont il aimait à les retrouver, s’arrêtant souvent, quelques instants, s’assurant de leur présence tranquille dans une sorte de dévotion. Son banc était juste derrière ce bosquet fait de rhododendrons grenats. Il ne s’aperçut pas de suite que Latifa l’avait laisser aller seul depuis quelques instants. Il s’avança encore, finit par dépasser ce bosquet et le banc, son banc, lui apparut.

S’asseoir lentement sur le bois frais, avec précaution et hésitation c’était pour lui une forme de respect pour ce meuble qui l’attendait avec cette fidélité quotidienne. Il aimait par dessus tout caresser le fil du bois verni, une habitude respectueuse qu’il avait pour cette essence. Dans cette caresse, il imaginait souvent le bois vivant, l’arbre faisant partie sans doute d’une très belle forêt, majestueux, élancé vers le ciel et qui avait souffert un instant sous la morsure de la lame de scie rageuse et irrespectueuse tant elle l’avait mutilé !

Le banc n’était pas seul à l’attendre. S’arrêtant une nouvelle fois il scruta le dos de cette personne qui était assise à sa place, avec une goujaterie immonde pour avoir osé « prendre son banc » ! Comment ose-t-elle ? Certes, il n’en était pas le propriétaire mais, dans la résidence, chacun des membres s’accordait à ne pas « emprunter » ce banc pour le laisser à Sylvain. Il courait le bruit dans le jardin et même les salons de la résidence que Sylvain avait montré plusieurs fois son agacement lorsque quelqu’un osait s’aventurer a déposer son séant imprudent sur le vernis de ce bois, ne fut-ce qu’un court instant. Il prenait un ton volontairement autoritaire pour chasser l’intrus, ce qui faisait sourire les résidents et donnait matière à discussion lors du 4 heures des après midi de thé, de belote ou de scrabble.

En cet instant, sa motricité devint inerte, tremblante, pesante. Ce dos légèrement voûté qu’il avait devant lui, ce dos qu’une robe de dentelle blanche habillait, ces épaules bien marquées qui donnait de l’allure, cette femme qui était assise à sa place le tétanisait. La longue chevelure poivre et sel retenue par un foulard aux couleurs vives avait la grâce d’une naïade se mirant dans une eau claire. Cette femme sentit sûrement sa présence car elle déposa un bras sur le dossier du banc, ce qui lui permit de se retourner lentement. Il reconnut aussitôt le profil qui se dessinait, le sourire qui se découvrait laissant apparaitre une denture parfaite, les rides qui soulignaient le contour des yeux.

Anastasia ! Anastasia ! chuchota-t-il. Anastasia ! cria-t-il interrogateur. Elle se leva, vint vers lui avec un sourire éclatant, s’arrêta devant lui à le frôler.

- Je te savais plus téméraire Sylvain dit-elle avant de se jeter dans ses bras. Tu m'avais promis de m'emmener en Italie pour ma fête, qu'attends-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire et des instants à rattraper, n'est-ce pas ?

La longue étreinte qu'ils échangèrent en silence, savourant ainsi leur parfum, les deux corps emmêlés l'un dans l'autre au point où une main ne saurait se glisser, joue contre joue, fut leur récompense légitime pour cette attente et cet espoir de se retrouver enfin ! Lentement, ils s'écartèrent de cet étau voulu et tellement espéré depuis tant d'années. Anastasia le regarda fixement de ses yeux verts et, avec calcul, ses mains se portèrent à l'encolure de la veste de Sylvain, s'agrippant au tissu. Dans un souffle, elle prononça : "Viens ici toi !". Elle l'attira à elle. Fougueusement elle écrasa ses lèvres sur celles de Sylvain avec rage. Ce ring qu'était leur bouche permettait à leur langue de se mesurer dans un combat d'amour sans vainqueur mais tout simplement avec cette force mesurée mais si vaillante forgée par cette longue attente.. Leurs baisers voulaient effacer toutes ces années passées.

Il lui rendit plusieurs fois son baiser puis, haletant, serrant délicatement le visage entre ses mains de cette amie venue dont on ne sait d'où, il prononça : "Dis-moi ! S'il te plait, raconte moi !".

Bras dessous, marchant dans toutes les allées de la résidence, ne s'apercevant pas de l'heure avancée de la journée, elle lui raconta le détail de sa vie.

Ses parents décédés dans un accident de voiture à ses 20 ans fut une catastrophe pour elle. Une vie difficile commençait, une vie marquée par des lendemains incertains, tragiques. Elle a maintes fois recherché son ami mais elle avait perdu toute trace au moment de son retour de la guerre d'Algérie. Anatole lui avait bien remis sa lettre mais il lui avait annoncé que Sylvain était mort de ses blessures de guerre dans un hôpital militaire et qu'il n'avait pas voulu lui annoncer qu'il était blessé gravement, sachant qu'elle aurait de la peine.

Anatole était resté près d'elle pour l'aider. Prise d'un soupçon, son troisième sens en éveil, elle n'avait pas cru complètement aux propos de ce fourbe d'Anatole et elle se sépara de lui quelques années plus tard. Elle savait au plus profond d'elle-même que Sylvain était bien vivant, quelque part en Provence et pas ailleurs. Elle avait consulté plusieurs mairies sans résultat. Bien plus tard, elle a consulté les pages blanches de l'annuaire, toujours en vain. Elle avait lancé des messages sur Facebook mais la magie du site n'avait pas opéré pour elle. D'autres sites consultés ne lui permirent pas de retrouver une quelconque trace de son ami de cœur. Lasse, admettant la fatalité, elle était sur le point d'abandonner lorsque, au cours d'une ballade sur un marché de Provence un marchand l'interpella.

- Eh ma petite dame venez goûter mes olives !

La voyant hésiter, il lui tendit un bol d’olives bien noires et Anastasia ne put résister, ces olives étaient trop tentantes. Elle s’approcha et se dit que cet homme lui rappelait quelqu'un.

- Elles sont vraiment extraordinaires vos olives, êtes-vous le producteur ?
- Exact dit-il en riant ! Vous êtes pugnace ma petite dame !
- Dites-moi, monsieur, est-ce que nous ne nous serions pas déjà rencontrés ? Votre visage et votre façon de parler me font penser à quelqu'un, un ami ou une relation de mes parents.

L’homme la regarda attentivement, prit son temps avant de répondre tout en gardant une pose interrogative.

- Vous me rappelez quelqu'un également ma petite dame ! Oui, je vous revois, je vous reconnais maintenant. Oh la, ça fait un bail, non ?
- Sûrement, je n'ai pas de dates en tête mais, ne chassiez-vous pas avec mon père ? Votre visage me dit quelque chose mais je ne sais plus où nous nous sommes rencontrés !
- Votre père ? Il n'avait pas la grande maison blanche, le château avec des ifs de partout ?
- Mais oui, c'est cela, dit-elle en se forçant à ne pas applaudir.
- Je travaillais pour votre père et je ne faisais que l’accompagner lors de ces parties de chasse en tant que meneur de chiens. Je vous revois bien, mademoiselle...
- Anastasia !
- Oui Anastasia, c'est cela ! Boudiou, ça fait longtemps ! Je vous revois jeune ado avec votre copain...
- Sylvain ! dit-elle en criant presque, tout en le devançant dans sa réponse.
- Oui Sylvain ! Un gentil gars. Je me souviens qu'un jour votre père était très ennuyé pour vous parce que vous aviez perdu une médaille et nous avions passé de nombreux jours à la chercher mais sans succès.
- Une médaille ?
- Une médaille de notre Dame à tous, la Vierge Marie, l'Immaculée Conception, notre bonne Mère à tous !

Le miracle s’accomplit ! Elle revoyait maintenant cette médaille nichée dans sa main. Elle avait gravé ses initiales et celles de Sylvain en pensant l’offrir à son ami et elle perdit le symbole de leur amour.

- Mais ce n’est pas tout ma petite dame, tenez, regardez dit-il en fouillant dans sa poche d’où il sortit un portefeuille avec un regard malicieux. Tenez, elle est là.

Elle saisit le papier de soie qu’il lui tendit, l’ouvrit et elle découvrit la médaille. Ses yeux embués n’arrivaient pas a se détacher de cette découverte. Elle entendit à peine ce que le marchand lui disait.

- Comment ?
- Je vous disais que je savais où habitait Sylvain !
- Non ?
- Si !

- Voilà, tu sais désormais comment j’ai pu te retrouver. Est-ce le hasard ? La ténacité . ? La chance ? Ou tout cela à la fois ? Je t’ai vu dans ce jardin, assis sur ton banc. Plusieurs fois j’ai été tentée de t’aborder mais j’ai pensé user de ce stratagème pour éveiller en toi nos souvenirs car je ne savais pas si tu m’avais oubliée ou pas. J’ai déposé la médaille sous une large feuille, sous le banc. Puis j’ai rencontré cette dame musulmane qui m’a renseigné sur tes habitudes. Ensuite, j’ai fait la connaissance de cette jeune femme virtuose du piano, je l’ai mise dans la confidence pour qu’elle joue ce morceau. J’ai pensé aux fleurs pour l’anniversaire et…
- Chut, ne dis plus rien l’interrompit Sylvain tout ému, cherchant désespérément un mouchoir dans sa poche. C’est merveilleux tout ce que tu as fait et je mesure vraiment ton amour pour moi. Et il faudra que je te raconte ce que, de mon côté...
- Plus tard ! J’ai plutôt envie que tu m’emmènes en Italie, tu le veux bien mon grand chéri ? Je peux t’appeler ainsi ?

Le baiser qu’il lui donna fut sa réponse.

- Attends ! Mais c'était qui cette voix d'homme qui me parlait au téléphone ?
- Ben le marchand d'olives pardi !!! dit-elle en riant de bon cœur.




F I N

Ambassadeur
Oss
Oss

le 12/12/2024 à 18h46

Maintenant mesdames, trouvez un titre !

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 12/12/2024 à 19h08

je ne sais pas où tu vas chercher tout ça Oss, elle est géniale la fin......et tellement bien faite....! ça me plait beaucoup....

un titre ? je n'ai pas d'idée....à part quelque chose qui a un rapport avec la médaille...!

Ambassadeur
Oss
Oss

le 12/12/2024 à 19h10

A toi de voir chère Dany80 ! Et je t'enverrai ton exemplaire comme dab !

Ambassadeur
Oss
Oss

le 12/12/2024 à 19h17

Relis la dernière phrase du texte, je viens de la compléter.

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 12/12/2024 à 20h27

merci Oss c'est parfait....
Une belle histoire d'amour....
merci par avance pour l'exemplaire....que je garderai précieusement.... , c'est super génial....

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 12/12/2024 à 20h36

Belle fin Oss et je propose : la mémoire de la médaille, quand pensez-vous ?

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 12/12/2024 à 21h23

du moment qu'il y a le mot médaille dans le titre comme c'est "la pièce principale"...ça me va..
et Oss tu proposerais quoi ?

Ambassadeur
Oss
Oss

le 12/12/2024 à 21h34

La médaille du souvenir....
Ta proposition me va aussi Bettyoups

Ambassadeur
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