Justacoté
Partageons nos bonnes adresses
Options avancées
Affiner votre recherche :

Et si on se faisait un petite histoire ? : discussion - Page 33

Dany80
Dany80

le 12/12/2024 à 21h45

elles sont bien toutes les deux vos propositions...elles se rejoignent....

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 12/12/2024 à 21h49

Même si je trouve que ça fait un peu militaire, pourquoi pas. Merci pour ce partage les copains, un vrai plaisir.

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 12/12/2024 à 21h53

oui réflexion faite "la médaille du souvenir" me fait aussi penser "un peu militaire" et pas trop romantique....

Ambassadeur
Oss
Oss

le 13/12/2024 à 07h38

Je t'enverrai un ex également Bettyoups

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 13/12/2024 à 07h46

Kikooo les copains ! Merci Oss ,j'attends avec impatience mon exemplaire ♡ et que pensez-vous du titre : au cœur de la médaille ?

Ambassadeur
Oss
Oss

le 13/12/2024 à 14h10

Bonjour

Avec plaisir Bettyoups et ton titre me plait. Attendons l'avis de Dany80

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 13/12/2024 à 15h02

Merci Oss .

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 13/12/2024 à 17h58

ce titre me plait beaucoup ! merciiiiii c'est parfait !

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 13/12/2024 à 18h05

Merci Dany80 Danynounette !

Ambassadeur
Oss
Oss

le 13/12/2024 à 21h34

En ramassant cette médaille qu'il plaça aussitôt dans la boîte d'allumettes au milieu de ses trouvailles, Sylvain Granget ne pensait pas un seul instant que sa vie allait basculer.

La boîte d'allumettes bien rangée au fond de la poche droite de son manteau contenait toutes sortes d'objets allant d'un coin d'une carte postale déchirée, trois pièces de monnaie rongées par les intempéries, un scarabée doré, des petits cailloux qu'il trouvait originaux et maintenant cette médaille qu'une feuille sèche dissimulait à peine sur le sol détrempé.

Sylvain Granget n'était pas un collectionneur patenté, ni même un fétichiste. Non, loin de tout cela. On pourrait dire de lui que c'était un original ou un "petit" marginal. D'ailleurs son superbe appartement dans une résidence cossue, ne laissait présager en rien cette phobie dans laquelle il se délectait.

Pourtant, cette médaille ramassée en ce premier jour du printemps marquera un bouleversement dans l'histoire de sa Vie...

Sa vie passée dans cette résidence, certes cossue, mais vide de cris d'enfants car le logement qu'il occupait était une résidence de personnes âgées ; il y menait une vie paisible, des journées ponctuées par des allées et venues du personnel, personnel qui venait régulièrement lui proposer des activités qu'il refusait systématiquement car "son monde" lui suffisait jusqu'à la découverte de cette médaille.

Son plaisir matinal, lorsqu'il prenait son petit déjeuner, était d'émietter sa brioche ou son pain, de ramasser les miettes dans son mouchoir puis de se rendre au jardin, sur le banc qui l'attendait. Alors, il s'asseyait et par magie une nuée d'oiseaux venait se poser près de lui en piaillant, marquant une impatience mais sûrement une joie de retrouver leur bienfaiteur. Les miettes jetées à la volée lui permettaient de participer au festin ponctué de battements d'ailes, de petits sauts rapides et de cris pour défendre une savoureuse becqueté.

Lorsqu'il replaça son mouchoir dans la poche de son manteau, ses doigts frôlèrent la boite d'allumettes... il l'a saisie.

Médaille qu'il saisit et qu'il se mit à regarder attentivement, d'où venait elle ? A qui appartenait elle ? A-t-elle était perdue ou jetée volontairement ? A force de la regarder un détail lui apparu.

L'avers de la médaille représentait la Vierge Marie, l'Immaculée Conception. Le verso avait été soigneusement limé et des lettres avaient été gravées maladroitement, sans réel ordre ni harmonie dans la représentation. Il se leva, fit tomber du plat de la main les miettes de pain qui étaient prises sur son pantalon. Il retourna à son appartement, prit une loupe et entreprit la lecture des lettres gravées. Il pu lire "AG pour SG" suivi de deux petits cœurs.

Quelle était l'histoire de cette médaille qui apparemment reflétait un amour ? Cet amour était-il partagé ?

Tout à coup, il dut prendre une longue inspiration car malgré lui, son cœur s'était mit à s'emballer ! Étrange cette réaction, face à cette découverte ! Se sentant fatigué, il remit en place la médaille dans la boîte d'allumettes pour s'allonger afin de calmer ce cœur qui s'était mit à tambouriner comme jamais il ne l'avait fait....quoique. Heureusement qu'il ait pu s'allonger pour se calmer, très perturbé par sa trouvaille, il reprit la médaille dans sa main, la serra très fort, senti comme un frisson, et après quelques minutes il s'assoupit, et fit un rêve.

AG SG AG SG AG SG AG SG le tourbillon de ces lettres perturbait son sommeil. Son rêve virait au cauchemar. Il se réveilla d'un coup, les yeux agars, la bouche crispée, le front moite. SG ! Il était persuadé que c'était ses initiales : Sylvain Granget. Mais AG ? Il fit un effort de mémoire. Il fouilla au plus profond de sa mémoire. AG était-ce une femme ? Un homme ? Un adulte ? Un enfant ? Ou alors les initiales d'un pays ? D'une ville ? D'un endroit ? Pourquoi pas ? Il entreprit d'énoncer des prénoms commençant par la lettre A. Adèle, Annie, Aurore, Adrienne... Machinalement, il ne s'aperçut pas de suite qu'il énonçait que des prénoms féminins. C'est lorsqu'il arriva à énoncer Aziyadé, l'héroïne de Pierre Loti qu'il se dit que AG c'était sans doute un prénom masculin. Il recommença. Alain, Adrien, Auguste, Antoine......André, Anatole ....Anatole ? Se relevant d'un bond qui lui valut une grimace due à ses articulations vieillissantes, Sylvain essuya son front transpirant de sueur mais de sueur froide car oui, il se souvenait maintenant....Anatole... Combien d'années lui avait-il fallu pour oublier ou plutôt pour se faire oublier ... et sa mémoire revint.

Lorsqu'il avait 15 ans, .il avait assisté à un assassinat et, caché derrière les buissons, il avait assisté à une violente dispute qui s'était mal terminée.... Anatole c’était son pote depuis la maternelle. Puis, après des affinités qui s'étaient précisées entre les deux garçons, ils devinrent des amis jusqu'à cette nuit où il fut le témoin de cette terrible affaire.

Anatole se trouvait avec deux autres camarades. Ils chahutaient à trois, se bousculant, s'administrant de grandes claques dans le dos. Et puis vint vers eux ce garçon qui rentrait tranquillement chez lui. Ils le bousculèrent "pour jouer" diront-ils plus tard. Le plus âgé des trois lança sa jambe vers le visage de ce garçon qui, sous la force du coup, chuta, sa tête frappa violemment le sol. Il mourut dans l'ambulance. Anatole écopa d'une peine de 5 années de rétention dans un foyer spécialisé.

Sylvain se leva, le front plissé. Non cela ne collait pas avec la médaille. Les deux cœurs gravés l'interpellaient et n'avaient rien à voir avec Anatole. Non, il en était convaincu.

A force de triturer sa mémoire, Anastasia se rappela à son souvenir. Anastasia la petite châtelaine ! Anastasia la belle blonde ! Il tremblait en se remémorant le visage de cette belle jeune fille qu'il connut lorsqu'il avait onze ans... Anatole et lui se la disputaient. Anastasia G. se souvint-il également. Anastasia....comme elle était mignonne avec ses boucles bondes qui virevoltaient autour de son visage mutin où des yeux malicieux vous regardaient d'un air de dire : alors chiche ou pas de me suivre ? Car, s'était une vraie aventurière et souvent avec Anatole ils se faisaient violence pour ne pas montrer leurs appréhensions ! Et dire qu'ils avaient fait le serment par le sang.

Il faisait chaud ce matin de leurs onze ans, au bord du ruisseau. Pieds nus dans l'eau jusqu'aux mollets, Sylvain souhaitait pêcher des têtards et les donner à Anastasia. Ravie d'avoir ces petits animaux à la queue sans cesse en mouvement, elle avait hâte ensuite de les déposer dans son aquarium qu'elle réservait aux futures grenouilles. Elle regarda son ami placer les têtards nichés dans le creux de sa main. Elle fut prise d'un élan soudain en déposant sur la joue de Sylvain un petit baiser tendre mais furtif. C'était le premier. Il lui prit la main en disant :"Anastasia, tu es mon amoureuse. Je pique mon doigt avec ce caillou, tu veux bien faire pareil et mon sang rejoindra le tien ,". Une histoire d'amour naissait.

Anastasia ne se fit pas prier, elle prit le caillou et d'un geste vif, elle piqua son doigt, le sang coulait et Sylvain tendrement lui pris la main et leur sang se mélangea, ils étaient unis, leurs regards ne se quittaient pas. Afin d' arrêter le sang toujours avec leur mains nouées, ils les trempèrent dans l'eau, dans son autre main elle n'avait pas lâché les têtards. Elle éclata de rire sous les chatouilles des bébés batraciens !

Tout à coup, surgi du bois, fusil sur l’épaule, Monsieur le châtelain dont le visage exprimait un mécontentement extrême, s'approcha et ordonna à sa fille qui tentait de cacher sa main blessée, de rentrer immédiatement. Lorsqu'il aperçut le mouchoir taché de sang au sol, son père le ramassa et d'un œil soupçonneux, regarda la main de sa fille ainsi que celle de Sylvain. Blême de colère, il comprit tout de suite ce dont il s'agissait et d'un doigt menaçant exigea que Sylvain ne s'approchât plus de sa fille.

Le long soupir qui venait de gonfler ses poumons l'arracha à ses souvenirs. Que son enfance était loin ! Pourtant, sans qu'il sache pourquoi cet autre souvenir venait déjà remplacer celui de ses onze ans.

Sa pensée devenait lumineuse, chaude, brûlante, pas tellement apaisée par les images qui défilaient dans ses yeux. Allongé à même le sol, dans le silence de la nuit qui venait, ce casque sur la tête qui lui pesait, le fusil qu'il tenait des deux mains et qui ankylosait ses bras, le visage d'Anastasia dansait devant lui, un large soupir découvrait sa denture. Sylvain revoyait cette photo qu'elle lui avait donnée au moment où elle rejoignait le pensionnat de jeune fille. Dans cette guerre d'Algérie qui le transportait dans les affres des embuscades et des attentats, le visage d'Anastasia adoucissait ses craintes. Son ange gardien veillait sur lui. Déjà quatorze mois de combats et une éternité, l'absence de son amour.

Combats extérieurs qui l’assourdissaient par les bombes qui explosaient non loin de lui et combats intérieurs car il ne voulaient pas participer à cette guerre, lui le pacifique, lui qui avait en horreur les armes, lui le poète qui ne trouvait la paix que lorsqu'il remplissait son carnet de rimes, un exutoire dans les lignes qu'il écrivait dès qu'il en avait l'occasion ; il laissait parler son cœur. Oui une éternité lui semblait-il, la reverrait-il ? Est-ce qu’au moins elle recevrait ses lettres ? Le copain militaire blessé et rapatrié à qui il les avaient données, les avait-il remises à Anastasia ? Il avait fait confiance à ce copain.

Il l'avait soigné son camarade de régiment et pris en affection après l'explosion de la bombe. Il l'avait traîné pour le mettre à l'abri puis avait réussi à arrêter l'hémorragie. Par la suite, il fut pris en charge par l'équipe médicale et plus tard rapatrié ; sa jambe était dans un sale état. C'est tout naturellement et avec reconnaissance qu'il se chargea du courrier pour Anastasia, confié par Sylvain : il avait confiance.

Sylvain rejoignit le balcon de son appartement où il aimait se reposer. Les coudes appuyés sur la rambarde, la tête posée sur la paume de sa main droite, il réfléchissait sur la présence de cette médaille qui le bouleversait. Son visage crispé et le regard fixe trahissaient les efforts qu'il faisait pour se souvenir. L'enfance, la guerre, ce copain amputé qu'il n'avait revu qu'une seule fois et bien longtemps après le retour en famille. Oui, il lui avait assuré qu'il avait bien remis la lettre. Mais il cacha à Sylvain que sa bien aimée était enceinte.

Il se redressa soudainement. Un détail lui revint en mémoire. Anastasia lui avait offert un livre, " la Gloire de mon père".

C'est fou, pensa-t-il, comme la mémoire peut surgir du fin fond d'une vie passée. Il suffit parfois d'une odeur, d'une ombre furtive, d'une musique, d'une chanson pour que des pièces de mémoire prennent forme pour rappeler un souvenir. Et ce sont ces paroles qui vinrent trouer sa mémoire.

- Sylvain, j'ai pensé à ce livre pour ton anniversaire, lui avait-elle dit. Ton papa était instituteur comme le père de Pagnol et je sais que tu adorais ton papa, tout comme l'auteur. Ce cadeau sera pour toi et pour moi ce sera comme une médaille que tu porteras autour de ton cou !

Il rentra précipitamment dans l'appartement pour rechercher ce livre dont il ne se souvenait plus le posséder. La pièce dans laquelle il rangeait une multitude de secrets et de souvenirs était sa résidence secondaire. Du moins, c'est ce qu'il disait à ses enfants lorsqu'ils venaient le voir et insister pour qu'il les laisse pénétrer dans son bric-à-brac.

Sans surprise, il retrouva facilement le livre. Fébrilement il l'ouvrit. Une dédicace à l'écriture penchée et bien féminine, barrait la deuxième page.

Anastasia avait écrit cette dédicace, assise sous un arbre dominant la vallée, leur arbre, sur lequel était gravé leur amour ; les yeux rivés sur l’horizon Anastasia se rappelait les jours de bonheur partagés avec Sylvain et un doux sourire venait illuminer son beau visage. Une dédicace, oui, d'amour sous forme de poème :

A mon aimé qui fait battre mon cœur
A mon aimé qui me comble de bonheur
A mon aimé qui me donne l'espoir
A mon aimé que ce ne soit qu'un au-revoir.

Trop ému, et tremblant de tout son être, il chercha un endroit pour s'asseoir, il vit un vieux tabouret poussiéreux qui se trouvait dans son bric à brac, il s'assit et lut et relut plusieurs fois ces vers qui le transportaient des années en arrière ; les yeux mi-clos il s'imaginait ce que aurait pu être sa vie avec la belle Anastasia, qu'était elle devenue, avait elle des enfants, est ce qu'elle avait pensé à lui de temps en temps, avait elle déménagé ? Il n'en savait rien, y aurait-il un signe de sa part, un jour ? Le fait d'avoir trouvé cette médaille était-il ce signe ? Son esprit s'emballait.

Sylvain douta une nouvelle fois car il n'avait pas encore trouvé le nom de famille d'Anastasia. A.G. ? Qui était vraiment A.G. ? Le petit cœur, les initiales, le livre, Anatole, autant d'indices qui pourraient lui permettre de renouer avec le passé. En feuilletant le livre, il s'arrêta net sur une phrase soulignée d'un trait de crayon : " Il a abattu une paire de perdrix bartavelles en plein vol d'un seul coup de fusil." Le père de l'auteur n'aimait pas la chasse et un jour il fut invité à aller chasser la perdrix bartavelle et réussit l'exploit d'abattre deux de ces oiseaux, exploit qui fut retentissant dans le village.

Bartavelle sonna comme une musique aux oreilles de Sylvain. Il se revit dans le jardin d'Anastasia, tous les deux assis sur un banc de pierre. "Papa m'a expliqué que la perdrix bartavelle n'aimait pas vivre seule, elle avait besoin de compagnie", lui dit Sylvain. En riant, Anastasia ajouta "Alors, toi et moi, nous serons des perdrix bartavelles et plus jamais nous ne serons séparés !". Insouciance d'enfants ou de jeunes adolescents pour qui la vie ne leur avait encore rien appris mais pour laquelle ils se sentaient bien présents dans ce monde d'adultes.

La sonnette de l'entrée le tira de sa rêverie. Lâchant à regret le livre, il se dirigea vers la porte d'entrée où un deuxième coup de sonnette le fit sursauter.

"Monsieur Granget, j'ai trouvé cette enveloppe dans l'entrée, elle était par terre !" lui dit le fils de la concierge. Il saisit l'enveloppe, la retourna plusieurs fois : seul son nom apparaissait sur l'enveloppe : "GRANGET", d'une écriture tremblante, maladroite. Il l'ouvrit et lut :

" L'AS-TU TROUVEE LA MEDAILLE ? "
- Mais tu n'as vu personne, demanda Sylvain ?
- Non je n'ai vu personne, Monsieur Granget. Je peux toujours demander aux autres résidents si…
- Non, merci.

Sylvain voulait rester discret. Après avoir fermé la porte derrière lui, Il alla s'asseoir à son bureau et pris sa loupe afin d'étudier l’écriture. Il avait fait de vagues études de graphologie et examina les caractères, le T plus haut , la lettre S légèrement penchée... Il connaissait cette écriture... Il en était certain, cette façon d'écrire révélait un caractère instable.. Il pris l'enveloppe et l'examina de plus près, rien, rien qui pouvait indiquer sa provenance. Pourtant après maintes réflexions, Sylvain en déduisit que la résidence étant sécurisée, qu'il fallait une autorisation pour que le portail s'ouvre : il était difficile à quelqu'un venant de l'extérieur de déposer dans le couloir cette lettre. C'était obligatoirement quelqu'un qui habitait la résidence qui avait dû apercevoir Sylvain en train de ramasser cette médaille, quelqu'un qui avait fait exprès de la laisser par terre car il savait que Sylvain la trouverait.

Un détail de sa réflexion était tout de même le fait d'avoir trouvé cette médaille pratiquement sous une feuille, tout près de son banc où il affectionnait s'asseoir. Il était désormais convaincu qu'elle n'avait pas été déposée là par hasard, qu'une volonté avait pris le soin de la glisser sous une feuille, à l'endroit même où il prenait le soleil.

Un raclement à l'extérieur attira son attention. Un homme vêtu d'une salopette bleue, portant une casquette, balayait les feuilles de l'allée. Son long balai lui permettait d'avoir une belle stature. Il le dévisagea. L'homme prenait son temps, faisait des tas puis, à l'aide d'une pelle tout aussi longue il les ramassait et les glissait dans une remorque. Il l'avait déjà remarqué travaillant autour des allées, sans pour autant s'en intéresser. Pourtant, il le dévisagea longuement comme s'il pensait qu'il tenait là son mystérieux messager : l'homme à la médaille, en quelque sorte ! Et pourquoi pas après tout ?

Pourquoi pas, oui … Il se mit à l'observer, sa casquette cachait la partie haute de son visage mais la partie basse révélait une bouche aux lèvres épaisses ainsi qu'un menton en galoche. Il en était là de son observation quand tout à coup, l’homme releva la tête. Leurs regards se croisant Sylvain tressaillit mais l’homme tourna rapidement les talons. Sylvain se ruât dehors mais l'homme avait disparu. Ebahi par ce regard qui lui rappelait quelqu'un qu'il avait connu. Il ne s'imaginait pas ce que cette personne faisait là. Etait elle un "pensionnaire" qui aidait aux travaux de jardinage, ou un membre de sa famille avec qui il avait perdu le lien, ou un ancien ami de jeunesse... Il avait du mal à se souvenir, mais une chose était sûre il connaissait ce regard. Le soir commençait à tomber, il frissonna et se leva du banc pour rejoindre le salon commun afin de prendre une boisson chaude et côtoyer d'autres résidents.

Mathieu s'arrêta de presser le pas. Appuyé contre le tronc d'un arbre, il reprenait son souffle. Il était certain que Sylvain ne l'avait pas reconnu. Il avait pourtant vu son hésitation mais, habillé et grimé par sa moustache postiche et sa casquette sur la tête, il était méconnaissable. Il se dirigea vers une 308 Peugeot blanche. Une fois à l'intérieur, il saisit son téléphone, appuya sur une touche, l'écran s'alluma, il composa un numéro de téléphone depuis son répertoire. Quelques secondes après il annonça :

- "Il a trouvé la médaille !.... Très bien, je le surveille !.". Il raccrocha puis démarra. La voiture s'éloigna, se dirigeant vers le centre ville.

Le thé vert aux agrumes dégageait des volutes de fumée dans lesquelles le regard pensif de Sylvain se perdait. Cela faisait beaucoup d'évènements de vécus en si peu de temps ! La médaille, les souvenirs qui surgissent, un prénom qui s'en dégage, le livre, la lettre, la dédicace, cet homme furtif, voilà de quoi occuper la conscience de Sylvain des journées entières. Un tremblement le fit se tordre sur son fauteuil. Dans la poche de son pantalon, son téléphone sonnait. Non sans peine, poussé par un réflexe qui lui imposait de se dépêcher, il arriva à l'extraire. Il lut "NUMERO INCONNU". Malgré l'interdiction qu'il s'était donné ne pas répondre à de tels numéros, il appuya sur le symbole vert du téléphone pour entrer en communication avec ce correspondant ou correspondante. "Allo ?" dit-il d'une voix mal assurée. "Allo ?" répéta-t-il. "Elle vous rappelle quoi cette médaille ?" dit une voix grave, lente, claire, nette. La communication fut coupée laissant pantois Sylvain.

Dépassé par tous ces évènement subits, Sylvain retournait dans tous les sens son portable comme si la réponse pouvait en tomber ; après avoir bien réfléchi, il appela son opérateur pour tenter d’en savoir plus sur ce mystérieux appelant. Le conseiller ne pu lui répondre n’en ayant pas le droit, Sylvain eut beau insister, l’opérateur lui répondit qu'à moins d'une requête policière, il ne pourrait pas l'aider, dépité Sylvain raccrocha .... une requête policière....non peut-être pas…

Il posa son portable sur la table, cette situation l'angoissait mais il ne demandera pas une requête policière, il arrivera à trouver qui s'intéressait à lui pour lui rappeler ce qu'il avait vécu il y a des années. Il se dit que son grand amour, Anastasia, avait un message à lui transmettre par l'intermédiaire de la personne qu'il avait vu tout à l'heure..."l'homme à la médaille" ? Pour quelle raison un inconnu avait son numéro ? Il l'avait donné à plusieurs résidents lorsqu'il y avait des sorties d'organisées et il n'y voyait pas de problème à l'avoir fait. Il regarda autour de lui et il eut cette idée que quelqu'un l'observait dans cette salle où il finissait son thé. Etait-ce le fruit d'une angoisse naissante qui lui ouvrait les portes de la suspicion ?

Il dévisagea chacune des personnes présentes, s'arrêtant longuement sur les visages et les attitudes. Rien ne l'interpella.

- Alors monsieur Granget, comment ça va aujourd'hui ?

La voix de Latifa le tira de son exploration physique. Latifa, femme de salle, le regardait de ses yeux noirs qu'il pensait être sévères mais, tout au contraire, elle possédait cette bienveillance des personnes généreuses.

- Bonjour Latifa, oui, je vais bien merci et vous ?
- Moi ça va inch Allah ! Dites moi monsieur Granget, vous avez quoi en ce moment Il est où votre sourire ? Il est perdu et pourquoi il est perdu comme ça hein ? Vous avez toujours le sourire vous !
- Non, je vous rassure, je l'ai toujours mon sourire, dit-il en s'efforçant d'adopter un attitude plus détendue.
- Woualah j'y crois pas monsieur Granget ! J'vous connais et je vois bien qui a une p'tite chose qui vous rend la tête toute triste !
- Mais non, je vous rassure, tout va bien ! Bon d'accord, vous avez raison, j'ai un petit souci.
- Comment ça t'ia un souci dit-elle en le tutoyant soudainement, tutoiement qu'elle utilisait très rapidement en fonction des personnes qu'elle appréciait. Qu'est quia mon ami ? Faut pas rester comme ça, sinon t'auras la cervelle qu'elle est grise qu'elle deviendra toute noire !
- Bon, Latifa, dites moi, n'avez-vous pas remarqué un homme étranger à la résidence qui chercherait à pénétrer dans nos locaux ?
- Comme un voleur ?
- Non pas vraiment mais quelqu'un qui chercherait quelque chose ou quelqu'un
- Tu sais monsieur Granget, y'a les livreurs surtout, y'a beaucoup de monde qui vient ici et...
- Merci Latifa. Il se leva d'un coup laissant la femme de salle surprise.

Sur le piano de la salle, une carte de la taille d'une feuille de papier était posée droite contre le chevalet à partition. Un dessin qu'il n'avait aucune peine à reconnaître figurait sur cette feuille : un cœur avec en son centre les lettres AG et SG transpercé d'une flèche. Il blêmit.

S'approchant du bel instrument de musique, il saisit la feuille d'une main tremblante et retourna dans la pièce où il se trouvait précédemment. Les quelques pas qu'il fit furent mal assurés, sa démarche hésitante trahissait ses émotions. Soudain il entendit des notes de musique qui s'élevèrent du piano. Il les connaissait ces notes. Il décida de retourner dans le salon de musique, lentement comme si il appréhendait de découvrir l'interprète de ces notes. Sylvain découvrit celle qui jouait la marche Turque de Mozart. Il se mit dans un coin afin d'observer le port de tête, son élégance et ces doigts qui virevoltaient d'une touche à l'autre. Il se revit aux côtés d'Anastasia qui affectionnait particulièrement cet air de piano. Elle lui fit découvrir la musique classique, lui en parla longuement ce qui l'impressionna au début. Et puis, au fur et à mesure qu'il "entrait" dans cette musique, ce devint pour lui une banalité.

S'appuyant contre la paroi du couloir afin de garder l'équilibre, et fixant cette femme qui jouait à merveille cette musique qui lui rappelait tellement de souvenirs, il écouta les larmes aux yeux tout en fixant ce beau visage, tenant toujours le dessin avec le cœur transpercé d'une flèche. Mais ce n'est pas possible, se dit-il. Il s'avança vers le piano, vit les mains et les doigts graciles de cette virtuose qui s'activaient sur les touches d'ivoire. Il contourna le piano, lentement, de façon à se placer face à cette magicienne.

Cette femme devant lui, les yeux rivés sur le clavier ne pouvait pas être Anastasia. Anastasia serait plus vieille aujourd'hui, bien évidemment. La main droite de la pianiste resta en l'air, légèrement pliée, l'index pointé, les autres doigts repliés, figés dans la grâce. La main gauche termina les derniers accords. Un silence s'établit dans le salon. Ses mains se rejoignirent lentement, d'un geste mesuré, elle leva les yeux, rencontra ceux de Sylvain, une communion s'installa entre eux. Au bout d'un moment, il prononça "Magnifique", madame ?

- Mademoiselle, répondit-elle d'une voix douce. Merci monsieur.
- J'ai vu ceci sur le piano lui dit-il en montrant le dessin.
- Ah ?, J'avoue être une piètre dessinatrice, il n'est pas de moi ce dessin.
- Reconnaissez-vous les initiales inscrites dans ce cœur ?
- Nullement monsieur, prononça-t-elle d'une petite voix tout en se levant.
- Vous avez joué ce morceau de Mozart, de votre plein gré ?
- De mon plein gré ? Non pas du tout. J'ai simplement reçu un message glissé sous la porte de ma chambre me demandant de jouer ce morceau, ce que j'ai fait. Il doit y avoir ici un amateur ou une amatrice ici. Merci monsieur.

Elle tourna le dos et rejoignit un groupe de personne visiblement attendries par ce morceau joué par cette belle jeune femme.

Le téléphone de Sylvain sonna. Numéro inconnu. Le message qu'il lut s'ajouta à ses interrogations qui commencèrent à l'ennuyer et surtout l'inquiéter.

" Avez-vous apprécié ? Vous souvenez-vous du mardi 26 juin 1974 ? Vous l'aviez entendue pour la première fois cette marche et vous m'aviez fait un vœu. Rappelez-vous ! "

Le puzzle de sa mémoire se mit en place, pièce après pièce. Oh que oui ! Il se rappelait parfaitement cette musique ! Il avait fait un vœu, c'est vrai, mais pas pour Anastasia comme on aurait pu le croire. C'est à son copain militaire à qui il avait demandé de porter ses lettres écrites avec l'amour qu'il portait à sa bien-aimée, contre un vœu qu'il n'avait pu exaucer...

Sa tête bouillonnait, ses souvenirs refaisaient surface, il se souvint des lettres qu'il avait confié à son ami militaire qui devaient les remettre à Anastasia ; avait-il pu pu les lui remettre ?

Il se rappelait de son copain d'école Anatole qui avait été détenu dans un foyer pendant 5 ans, et qu'était il devenu ? Etait-il toujours en vie ? Avait-il recherché sa trace ? Etait-il à l'origine du dépôt de cette médaille prés de son banc favori....et avait-il revu Anastasia ? Et la pianiste était elle au courant de quelque chose ? Tant de questions pour lesquelles il espérait des réponses.

Tout à coup, chancelant, il chercha une chaise pour se poser, la tête lui tournait et avant qu'il ne puisse s'asseoir, il tomba sur le sol inconscient.

- Apparemment, vous faites de l'anémie monsieur, dit le médecin pompier. Un peu de repos, un peu de régime, mangez des bons fruits de saison et tout rentrera dans l'ordre. Reposez-vous surtout et pas de stress, d'accord ?

Sylvain ne répondit pas. Il était surpris d'avoir fait ce malaise. Allongé sur son lit, détendu grâce à la piqûre que le médecin lui avait administrée, il reprit ses esprits. Fermant les yeux, Anastasia lui apparut dans ce moment de leurs 16 ans. Ce vœu, ce pacte entre tous les deux était de fêter le 10 mars la sainte Anastasia et de se rendre tous les deux en Italie, à Ravenne, à la Basilique Saint-Vital de Ravenne voir la mosaïque de Théodora Anastasie la praticienne. Cette mosaïque illustrait leur livre d'histoire et il avait fait ce serment d'aller un jour en Italie voir Anastasie, allias Anastasia. Il se souvint également du délice de leurs mots, de leurs rêves qu'évoquait cette illustration de leur livre d'histoire, de leurs doigts emmêlés pour signer leur pacte et du baiser qu'ils échangèrent scellant ainsi leur vœu.

Il se redressa sur le lit, prit son téléphone, ouvrit le calendrier : le 10 mars c'était dans quinze jours. Son cœur bâtit encore plus au moment ou l'on frappa à la porte de son appartement.

Il déchira l'enveloppe qui était fichée sur le papier du bouquet de roses rouges qu'un commissionnaire venait de lui remettre.

- Je ne suis pas loin de toi, je t'ai retrouvé. Viens !

Viens ? Mais où ? Anastasia, aurait-elle pu se libérer plus tôt ? Sylvain ne savait plus quoi faire, ce bouquet de roses rouges qui signifiait l'amour ne pouvait pas venir de quelqu'un d'autre que d'Anastasia ! N’écoutant que son cœur, il se leva rapidement ce qui lui valut un sérieux étourdissement qui le laissa haletant sur le bord de son lit, il entendit dans son dos la porte s'ouvrir et des pas précipités venir vers lui.

Il avait en effet appuyé sur la sonnette de secours qu'il ne gardait pas loin, au cas où il serait mal pris, car son étourdissement lui avait fait peur, il avait du mal à respirer, et la porte et les pas précipités devaient être sans doute un docteur de service ou un soignant.

- Ah monsieur Granget ! Woualah t'ia m'a fait peur ! J'ai appris que t'iétais tombé dans les pommes.

Le désarroi de Latifa n'était pas feint. Elle saisit la main de Sylvain comme pour se rassurer elle-même du bien être de ce monsieur. Sylvain leva les yeux pour regarder le sourire inquiet de Latifa. Sa vue se brouilla légèrement et, en dévisageant celle qui venait prendre de ses nouvelles, il demeura un moment saisi comme si le temps s'arrêtait soudainement d'égrainer les seconde.

- Latifa ? Dis moi, c'est bien toi ? dit-il la voix cassée.
- Ma parole monsieur Granget, t'ia quoi ? Qu'est-ce que tu m'dis ? Et oui c'est moi ! Tu crois quoi ? C'est moi mon fils ! Latifa !

Trop d'évènements en si peu de temps venaient de faire douter Sylvain. Il crut un instant voir Anastasia tout près de lui en la personne de cette femme brune aux yeux noirs. La différence d'âge entre celle qui avait été son premier amour et Latifa, ne lui permettait pas de voir l'évidence.

- Je suis épuisé dit-il les yeux embués. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Ma vie me joue des tours et…

Latifa lui passa un bras sur les épaules en lui disant :

- Viens, lève toi mon fils, on va dans le jardin !
- Mais je ne suis pas ton fils, enfin Latifa !
- Si pas grave ça mon fils, si pas grave. Allez, lève toi, viens !

Puis approchant sa bouche vers l'oreille de Sylvain, elle lui dit en chuchotant :

- Y'a une surprise pour toi qui t'attend, mon fils !

Sylvain s'arrêta net , une surprise, me dis-tu ? Mais qu'est-ce donc ? Latifa le rassura , t’y inquiète pas mon fils, si j’y t’y dis s’y oune surprise, s’y oune surprise ! Allez, viens donc et ne pose pas de questions, t’y verra bien !

Il avança dans le couloir, Latifa à ses côtés non sans une certaine appréhension . Quelle surprise lui réserve-t-on ? Qui l'attendait au bout du couloir ? Mille et une questions lui passaient par la tête et Latifa voyant Sylvain tourmenté, lui dit :

- T'y va voir comme t'y va être content mon fils !

Ce couloir qu'il avait arpenté tant de fois lui paraissait interminable, il avait du mal à réaliser pourquoi Latifa l'entraînait hors de sa chambre. Elle lui avait dit qu'une surprise l'attendait et qu'il devrait être content, mais tout se brouillait dans sa tête, son cœur battait la chamade, Latifa le maintenait et malgré ça il avait du mal à avancer.

La double porte vitrée et sécurisée qu’il avait franchie à maintes reprises, était envahie par une large lumière éclatante donnant à l’endroit un pouvoir céleste, cathédral même. Cette vision dans laquelle il allait plonger, lui fit marquer le pas tant cette luminosité le dérangeait. Son avant bras qu’il mit devant ses yeux en guise de visière, ne le soulagea pas plus que cela. Il cligna des yeux à plusieurs reprises pour humidifier ses yeux. Il se dit que seul un ange venu du ciel pouvait être dans cette lumière comme au moment de l’Annonciation faite à Marie.

Rapidement il chassa cette idée saugrenue, sa lucidité reprenant le dessus. Le soleil à cette heure de la journée avait cette capacité à démultiplier la lumière au travers des vitres de cette porte. Il avait conscience que son aura n’avait pas la valeur d’une quelconque icône ou enluminure.

Dans le jardin, il retrouva la fraîcheur rassurante du temps. Le ciel bleu sans nuage, le couple de tourterelles qu’il rencontrait chaque matin, le parfum des fleurs et celui des arbres, la propreté du chemin étaient ses repaires quotidiens dont il aimait à les retrouver, s’arrêtant souvent, quelques instants, s’assurant de leur présence tranquille dans une sorte de dévotion. Son banc était juste derrière ce bosquet fait de rhododendrons grenats. Il ne s’aperçut pas de suite que Latifa l’avait laisser aller seul depuis quelques instants. Il s’avança encore, finit par dépasser ce bosquet et le banc, son banc, lui apparut.

S’asseoir lentement sur le bois frais, avec précaution et hésitation c’était pour lui une forme de respect pour ce meuble qui l’attendait avec cette fidélité quotidienne. Il aimait par dessus tout caresser le fil du bois verni, une habitude respectueuse qu’il avait pour cette essence. Dans cette caresse, il imaginait souvent le bois vivant, l’arbre faisant partie sans doute d’une très belle forêt, majestueux, élancé vers le ciel et qui avait souffert un instant sous la morsure de la lame de scie rageuse et irrespectueuse tant elle l’avait mutilé !

Le banc n’était pas seul à l’attendre. S’arrêtant une nouvelle fois il scruta le dos de cette personne qui était assise à sa place, avec une goujaterie immonde pour avoir osé « prendre son banc » ! Comment ose-t-elle ? Certes, il n’en était pas le propriétaire mais, dans la résidence, chacun des membres s’accordait à ne pas « emprunter » ce banc pour le laisser à Sylvain. Il courait le bruit dans le jardin et même les salons de la résidence que Sylvain avait montré plusieurs fois son agacement lorsque quelqu’un osait s’aventurer à déposer son séant imprudent sur le vernis de ce bois, ne fut-ce qu’un court instant. Il prenait un ton volontairement autoritaire pour chasser l’intrus, ce qui faisait sourire les résidents et donnait matière à discussion lors du 4 heures des après midi de thé, de belote ou de scrabble.

En cet instant, sa motricité devint inerte, tremblante, pesante. Ce dos légèrement voûté qu’il avait devant lui, ce dos qu’une robe de dentelle blanche habillait, ces épaules bien marquées qui donnait de l’allure, cette femme qui était assise à sa place le tétanisait. La longue chevelure poivre et sel retenue par un foulard aux couleurs vives avait la grâce d’une naïade se mirant dans une eau claire. Cette femme sentit sûrement sa présence car elle déposa un bras sur le dossier du banc, ce qui lui permit de se retourner lentement. Il reconnut aussitôt le profil qui se dessinait, le sourire qui se découvrait laissant apparaître une denture parfaite, les rides qui soulignaient le contour des yeux.

Anastasia ! Anastasia ! chuchota-t-il. Anastasia ! cria-t-il interrogateur. Elle se leva, vint vers lui avec un sourire éclatant, s’arrêta devant lui à le frôler.

- Je te savais plus téméraire Sylvain dit-elle avant de se jeter dans ses bras. Tu m'avais promis de m'emmener en Italie pour ma fête, qu'attends-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire et des instants à rattraper, n'est-ce pas ?

La longue étreinte qu'ils échangèrent en silence, savourant ainsi leur parfum, les deux corps emmêlés l'un dans l'autre au point où une main ne saurait se glisser, joue contre joue, fut leur récompense légitime pour cette attente et cet espoir de se retrouver enfin ! Lentement, ils s'écartèrent de cet étau voulu et tellement espéré depuis tant d'années. Anastasia le regarda fixement de ses yeux verts et, avec calcul, ses mains se portèrent à l'encolure de la veste de Sylvain, s'agrippant au tissu. Dans un souffle, elle prononça : "Viens ici toi !". Elle l'attira à elle. Fougueusement elle écrasa ses lèvres sur celles de Sylvain avec rage. Ce ring qu'était leur bouche permettait à leur langue de se mesurer dans un combat d'amour sans vainqueur mais tout simplement avec cette force mesurée mais si vaillante forgée par cette longue attente. Leurs baisers voulaient effacer toutes ces années passées.

Il lui rendit plusieurs fois son baiser puis, haletant, serrant délicatement le visage entre ses mains de cette amie venue dont on ne sait d'où, il prononça : "Dis-moi ! S'il te plaît, raconte moi !".

Bras dessous, marchant dans toutes les allées de la résidence, ne s'apercevant pas de l'heure avancée de la journée, elle lui raconta le détail de sa vie.

Ses parents décédés dans un accident de voiture à ses 20 ans fut une catastrophe pour elle. Une vie difficile commençait, une vie marquée par des lendemains incertains, tragiques. Elle a maintes fois recherché son ami mais elle avait perdu toute trace au moment de son retour de la guerre d'Algérie. Anatole lui avait bien remis sa lettre mais il lui avait annoncé que Sylvain était mort de ses blessures de guerre dans un hôpital militaire et qu'il n'avait pas voulu lui annoncer qu'il était blessé gravement, sachant qu'elle aurait de la peine.

Anatole était resté près d'elle pour l'aider. Prise d'un soupçon, son troisième sens en éveil, elle n'avait pas cru complètement aux propos de ce fourbe d'Anatole et elle se sépara de lui quelques années plus tard. Elle savait au plus profond d'elle-même que Sylvain était bien vivant, quelque part en Provence et pas ailleurs. Elle avait consulté plusieurs mairies sans résultat. Bien plus tard, elle avait consulté les pages blanches de l'annuaire, toujours en vain. Elle avait lancé des messages sur Facebook mais la magie du site n'avait pas opéré pour elle. D'autres sites consultés ne lui permirent pas de retrouver une quelconque trace de son ami de cœur. Lasse, admettant la fatalité, elle était sur le point d'abandonner lorsque, au cours d'une ballade sur un marché de Provence un marchand l'interpella.

- Eh ma petite dame venez goûter mes olives !

La voyant hésiter, il lui tendit un bol d’olives bien noires et Anastasia ne put résister, ces olives étaient trop tentantes. Elle s’approcha et se dit que cet homme lui rappelait quelqu'un.

- Elles sont vraiment extraordinaires vos olives, êtes-vous le producteur ?
- Exact dit-il en riant ! Vous êtes pugnace ma petite dame !
- Dites-moi, monsieur, est-ce que nous ne nous serions pas déjà rencontrés ? Votre visage et votre façon de parler me font penser à quelqu'un, un ami ou une relation de mes parents.

L’homme la regarda attentivement, prit son temps avant de répondre tout en gardant une pose interrogative.

- Vous me rappelez quelqu'un également ma petite dame ! Oui, je vous revois, je vous reconnais maintenant. Oh la, ça fait un bail, non ?
- Sûrement, je n'ai pas de dates en tête mais, ne chassiez-vous pas avec mon père ? Votre visage me dit quelque chose mais je ne sais plus où nous nous sommes rencontrés !
- Votre père ? Il n'avait pas la grande maison blanche, le château avec des ifs de partout ?
- Mais oui, c'est cela, dit-elle en se forçant à ne pas applaudir.
- Je travaillais pour votre père et je ne faisais que l’accompagner lors de ces parties de chasse en tant que meneur de chiens. Je vous revois bien, mademoiselle…
- Anastasia !
- Oui Anastasia, c'est cela ! Boudiou, ça fait longtemps ! Je vous revois jeune ado avec votre copain…
- Sylvain ! dit-elle en criant presque, tout en le devançant dans sa réponse.
- Oui Sylvain ! Un gentil gars. Je me souviens qu'un jour votre père était très ennuyé pour vous parce que vous aviez perdu une médaille et nous avions passé de nombreux jours à la chercher mais sans succès.
- Une médaille ?
- Une médaille de notre Dame à tous, la Vierge Marie, l'Immaculée Conception, notre bonne Mère à tous !

Le miracle s’accomplit ! Elle revoyait maintenant cette médaille nichée dans sa main. Elle avait gravé ses initiales et celles de Sylvain en pensant l’offrir à son ami et elle perdit le symbole de leur amour.

- Mais ce n’est pas tout ma petite dame, tenez, regardez dit-il en fouillant dans sa poche d’où il sortit un portefeuille avec un regard malicieux. Tenez, elle est là.

Elle saisit le papier de soie qu’il lui tendit, l’ouvrit et elle découvrit la médaille. Ses yeux embués n’arrivaient pas à se détacher de cette découverte. Elle entendit à peine ce que le marchand lui disait.

- Comment ?
- Je vous disais que je savais où habitait Sylvain !
- Non ?
- Si !

- Voilà, tu sais désormais comment j’ai pu te retrouver. Est-ce le hasard ? La ténacité . ? La chance ? Ou tout cela à la fois ? Je t’ai vu dans ce jardin, assis sur ton banc. Plusieurs fois j’ai été tentée de t’aborder mais j’ai pensé user de ce stratagème pour éveiller en toi nos souvenirs car je ne savais pas si tu m’avais oubliée ou pas. J’ai déposé la médaille sous une large feuille, sous le banc. Puis j’ai rencontré cette dame musulmane qui m’a renseigné sur tes habitudes. Ensuite, j’ai fait la connaissance de cette jeune femme virtuose du piano, je l’ai mise dans la confidence pour qu’elle joue ce morceau. J’ai pensé aux fleurs pour l’anniversaire et…
- Chut, ne dis plus rien l’interrompit Sylvain tout ému, cherchant désespérément un mouchoir dans sa poche. C’est merveilleux tout ce que tu as fait et je mesure vraiment ton amour pour moi. Et il faudra que je te raconte ce que, de mon côté...
- Plus tard ! J’ai plutôt envie que tu m’emmènes en Italie, tu le veux bien mon grand chéri ? Je peux t’appeler ainsi ?

Le baiser qu’il lui donna fut sa réponse.

- Attends ! Mais c'était qui cette voix d'homme qui me parlait au téléphone et que j’ai vu également dans le jardin ?
- Ben Mathieu, le marchand d'olives pardi !!! dit-elle en riant de bon cœur.


F I N


Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 13/12/2024 à 23h33

Oss, hier tu avais ajouté une petite fin sympa...tu ne la mets plu ?..

- Attends ! Mais c'était qui cette voix d'homme qui me parlait au téléphone ?
- Ben le marchand d'olives pardi !!! dit-elle en riant de bon cœur.




F I N

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 14/12/2024 à 09h24

Coucouuuu ! Oss tu as fais un doublon avec :
Le thé vert aux agrumes dégageait des volutes de fumée dans lesquelles le regard pensif de Sylvain se perdait..

Ambassadeur
Oss
Oss

le 14/12/2024 à 10h28

Bonjour

Merci Bettyoups. Je vais voir car ressouder les paragraphes n'est pas chose facile.
Je vais voir et pour le prochain je ferai différemment.

Ambassadeur
Oss
Oss

le 14/12/2024 à 20h37

Bon, je viens de passer l'apm à tout relire, apporter des modifications, à faire deux tirages et les relier. J'en ai ras la casquette !

Maintenant : Bonne soirée !

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 14/12/2024 à 21h33

Bah...c'est pô de notres fôtes mais merci quand même.Oss .

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 14/12/2024 à 21h50

Grand merci Oss pour tout ce que tu as entrepris pour nous, c'est un travail qui n'est pas de tout repos et comme tu es "un perfectionniste" j'imagine bien que tu as dû y passer beaucoup, beaucoup...de temps.... ça sera un bonheur quand je le recevrai.... de supers bons moments à nous trois.....
(d'autant plus que tu sais que je ne lis pas....et le fait d'avoir participé avec toi et Bettyoups, j'attendais la suite à chaque moment.... et je le lisais et relisais avec plaisir.....
merci mon ami Oss

Ambassadeur
Oss
Oss

le 14/12/2024 à 22h48

Je t'enverrai ton ex sûrement demain. Bisous ❤️ et heureux de te faire plaisir Dany80

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 15/12/2024 à 07h44

Bonj...lui envoyer son ex à Dany80 Danynounette ?? Euh tu es sûr qu'elle sera contente de le revoir, Oss ? ;D

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 15/12/2024 à 09h35

MDR Bettyoups !

Ambassadeur
Oss
Oss

le 15/12/2024 à 11h43

Salut !

T'arrête oui ou non Bettyoups l'infernale ?

image

Ambassadeur
Répondre

Envie de partager votre opinion ? Les Justacotins sont impatients de vous lire !

Répondre