SUR LES TRACES DE MON ENFANCE : discussion - Page 4
le 23/02/2025 à 10h39
merci
le 23/02/2025 à 21h55
Je ne sais pas quoi dire
le 23/02/2025 à 23h37
Merci à vous. Il me reste 2 chapitres et la conclusion. Le prochain épisode me tient à coeur...
le 24/02/2025 à 08h07
Ok alors on t’attend avec plaisir
le 02/03/2025 à 18h55
La nuit fut courte. Dire que je me suis endormi rapidement, ce serait mentir. Après notre visite à Douaouda, alors que nous nous apprêtions à aller au restaurant de l’hôtel, nous avons eu la surprise de revoir Kamel. Il nous a demandé de le rejoindre à la réception. Mes enfants et moi fûmes surpris et nous pensions sincèrement qu’il y avait un problème, un évènement particulier.
Il était en compagnie d’un grand jeune homme qu’il nous présenta comme étant son fils, son seul enfant, d’une vingtaine d’année, faisant des études de droit. Les présentations faites, il nous assura que tout allait bien : « Si pas li problème, y’en a pas li problème ! Ji portais pour vous le couscous ! » Et il nous montre deux immenses paniers. « Si pour toi, si pour vous, si ma femme elle en a préparé li couscous, si cadeau pour vous ! »
Il ouvre les paniers d’où s’échappe une bonne odeur reconnaissable. Il y a le plat qui contient la graine, un autre avec les légumes, un autre avec la viande, une bouteille de jus d’orange, des petites coupes avec des épices, d’autres avec des dattes, des assiettes, les couverts, les verres, un rouleau de papier.
« Mais enfin Kamel, il ne fallait pas ! Vous êtes trop gentils ! » Que dire en pareille circonstance lorsque l’on sait que cette famille est dans une précarité évidente ? On ne peut qu’accepter chaleureusement ce merveilleux menu. « Mais kamel, il est interdit de manger dans les chambres ! » « Si pas grave, ji demandé l’autorisation pour vous, si comme ça ! Ma maison trop petite pour vous recevoir. Ma femme elle a dit bon appétit pour vous ! ». L’hospitalité algérienne n’est pas vaine, croyez-moi. Et ce moment que je vis avec Kamel, ce partage humain, de frères même, où les rancœurs n’ont pas leur place, où l’idiotie et la bétise (pour rester poli), de certains individus hauts placés dans nos pays respectifs sont les reliefs d’une méconnaissance totale de l’Histoire, je revois ce moment où, enfant, papa recevait à la maison un de ses ouvriers venant lui demander : »Monsieur R., s’il te plaît, prête-moi 5 000 francs (50 francs), ji besoin" ; une somme importante dans le début des années 50. Mon père lui a prêté les 5 000 francs au grand dam de maman qui tenait soigneusement les cordons de la bourse… Cet homme a dû mettre 2 ou 3 ans pour rendre à mon père cet argent. Le jour où il l’a rapporté, il avait avec lui un grand panier avec le couscous, comme celui de ce soir. Il n’y avait pas le jus d’orange, « la gazouze » mais le petit lait de chèvre et le beurre ranci qui agrémentent le plat de couscous car c’est ainsi que le mange les arabes et qui lui donne ce goût incomparable.
Nous sommes tous les trois non seulement estomaqués mais surtout émus. Mes enfants m’ont rejoints dans ma chambre et nous nous sommes régalés. Tard dans la nuit nous avons fait un premier bilan de cette journée si riche en émotions…
Le lendemain matin, Kamel nous attendait, le sourire en coin. Et je ne savais pas que cette journée serait pour moi la journée la plus intense, la plus poignante ; et je la redoutais. Notre programme ? La visite de Notre Dame d’Afrique, notre Vierge Noire puis aller à la découverte d’Alger.

De Zéralda à Alger, nous empruntons la route de la corniche. La vue est magnifique lorsque l’on débouche sur la baie d’Alger qui est enveloppée, malheureusement, dans un brouillard de pollution. Le temps est magnifique. Je reconnais aisément certains endroits du bord de mer où la route serpente entre les maisons coloniales dans leur jus de l’époque. D’autres bâtissent et immeubles apportent à cette géographie une image désordonnée où le témoin que je suis semble être désemparé, étouffé par tant de constructions dont certaines ne sont pas achevées mais habitées tout de même. Et cette remarque que je me fais à nouveau me fait dire : « il manque quelque chose » ! Je sais que cela est idiot de dire cela car on ne peut pas faire revenir le passé. Cette nostalgie m’étreint le cœur tant elle est bien présente en moi. M’a-t-elle vraiment quittée ? J’ai la réponse : c’est non ! Et je sais que je l’aurai jusqu’au dernier jour…


La voiture gravit la colline qui nous mène à Notre Dame d’Afrique. La pente est rude. Pour se donner une idée mais dans une autre dimension évidemment, notre Dame d’Afrique est une basilique juchée au sommet d’une colline tout comme l’est Montmartre. Sauf qu’elle est tournée vers la mer veillant sur le monde maritime et ses occupants. Comme si cette mer particulièrement calme, se confondant avec le ciel pour ne faire en ce matin qu’une seule couleur, rappelait qu’elle était depuis très longtemps le témoin de bonheurs, de malheurs, d’arrivées et de départs. La mer des souffrances est sans limites, disait un dramaturge chinois.

J’avais 10 ans lorsqu’elle m’avait accueilli pour ma profession de foi. Les enfants du village de mon âge avaient pris le car pour nous rendre à notre cérémonie. Ma grand-mère m’avait préparé une omelette, des fruits, le tout réunit dans un panier en osier et j’ai gardé en moi cette image où je m’était adossé à un muret tout blanc fait de balustres pour déguster mon repas avec mes camarades. C’est cette image que j’ai toujours essayée de passer à mes enfants et mes petits enfants lorsque je leur parlais de l’Algérie.



Dans la trouée des ruelles et des maisons, j’aperçois le dôme de notre Dame et mon cœur se serre. Je sais que cela va être difficile. Je demande à Kamel d’arrêter son véhicule et de se garer. Nous continuerons à pied comme pour faire les derniers mètres d’un pèlerinage. Nous sommes arrivés sur une sorte de plateau avec d’un côté la colline et de l’autre le ravin qui plonge vers la mer. La vue est extraordinaire !

Mes enfants me suivent. Mes pas sont incertains. Je vais à un rendez-vous que je n’espérais plus. Mes jambes sont lourdes et, au détour du dernier virage, elle m’apparaît. Elle est là, devant moi, du moins, pour l’instant elle me tourne le dos. Le soleil tape fort, il n’y a pas un souffle de vent, pas de bruit, quelques véhicules qui passent, presque pas de monde. Nous franchissons un large portail, puis un deuxième, je m’avance, ma fille nous précèdent, mon fils se rapproche de moi car il a « ressenti ». Nous longeons la basilique sur son côté gauche, dans son ombre, le muret se montre à moi, dans sa belle blancheur, intact. Il est là dans mes yeux qui ne l’ont jamais quitté.

« C’est ton muret papa ? me demande mon fils ». Je ne peux pas lui répondre tellement ma gorge se serre. « Il m’a attendu ! » C’est tout ce que je peux dire. Et soudain, un étau m’enserre, je ne peux plus respirer correctement, je suffoque presque et je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je trébuche à en tomber mais j’ai la force de me ressaisir. Mon fils me tient par le bras et appelle sa sœur. Tous les trois nous nous rendons sur le muret, ce symbole d’une vie pour moi, ce symbole d’espoir avec la satisfaction d’être arrivé jusque là !

J’ai toujours cet étau qui me serre mais j’arrive à dire à mes enfants que c’est bien le fameux muret qui, en soi n’est qu’une maçonnerie toute blanche, mais qui représente ma vie ! « Objet inanimé avez-vous donc une âme qui s’attache à….
Je me retourne enfin et j’admire de tout mon être cette magnifique basilique, majestueuse, fière, avec son dôme caractéristique qui l’a fait deviner de très loin. Elle a tant connu de pèlerins, tant de monde qui se bousculait sur son parvis, tant de fidèles et de malades venus rechercher la grâce, le salut, le pardon. Tout au long de l’Algérie Française elle n’a pas désempli. Et aujourd’hui, devant elle, nous ne sommes que trois catholiques et quelques enfants maghrébins qui joue sur l’esplanade : ils sont peut-être catholiques...

Nous gravissons les marches qui nous mènent à l’intérieur. Le silence est impressionnant tout comme la propreté, l’ordre, la fraîcheur. Mon étau est encore plus fort. Je marche de plus en plus mal, je respire difficilement, je tremble, je sens que je vais m’évanouir. Mes enfants sont derrière moi. De nombreux ex votos ornent les murs, vœux de demande de guérison, de remerciements, d’engagements…
Je m’appuie sur le bras d’un prie-Dieu pour me retenir. Je lève la tête et je L’aperçois ! La Vierge Noire est sur son immense piédestal. Elle me regarde et me sourit. Je suffoque, j’ai envie de crier, je ne peux pas et soudain, j’éclate en sanglots, des sanglots interminables, des pleurs d’un enfant. Je ne peux pas me retenir tellement c’est violent. Je me mets à genoux sur le prie-Dieu. Mes enfants derrière moi pleurent également. Et je Lui parle en des mots rapides, désordonnés, tout se bouscule, j’ai tellement envie de Lui dire tout ce qui est en moi, de bien comme de mauvais. Je La remercie de m’avoir attendu, de m’avoir amené jusqu’à elle. Je Lui demande pardon de tout le mal que j’ai pu commettre. Je prononce plusieurs fois ces mots « Pourquoi sommes-nous partis ? » Je La remercie pour la protection qu’elle nous accorde au quotidien. Je sais que je Lui ai parlé longuement et je ne me souviens plus de tout de ce que je Lui ai dit et demandé. Mes sanglots me font sursauter les épaules, je n’arrive pas à me calmer. Petit à petit mes pleurs se font plus calmes. Le silence s’installe et me fait du bien. Une paix m’envahit, je ressens le bonheur. Je me sens lavé d’années d’épreuves difficiles auxquelles j’ai été confronté. Je sais que ma femme, à ce moment, est avec moi, qu’elle me tient la main, caresse mes cheveux et me demande d’espérer. Oui, espérer ! Je suis venu jusqu’ici pour accomplir un long pèlerinage, un périple inouï d’une vie dans laquelle je savais, grâce à mes enfants, que je reviendrai. Mon vœu est exaucé.

L’étau a disparu, je me sens « autre ». Je suis léger, j’ai en moi une renaissance optimiste qui m’envahit. C’est beau, c’est bon, c’est rassurant, comme après une bonne douche. La mienne était faite de larmes. Mes enfants ont vu leur père pleurer. Je ne sais pas ce qu’ils ont ressenti. Nous nous comprenons par les regards que nous échangeons.
Une religieuse s’avance vers moi. Elle a vu ma détresse. Elle me regarde longuement en levant la tête car elle est petite puis elle me dit : « C’est bien ce que vous venez de faire monsieur. N’ayez surtout pas honte d’avoir pleuré. Lorsqu’un homme pleure, c’est sa sincérité qui surgit. Vous vous êtes confronté avec vous-même monsieur et ce n’est pas permis à tout le monde, sachez-le. Etes-vous soulagé maintenant ? » « Oh que oui ma sœur, soulagé et tellement heureux ! »
Elle m’apprend que la Basilique est sous la protection désormais du Vatican. J’ai vu hier des églises qui avaient été converties pour certaines, rasées pour d’autres. Elles sont 5 sœurs qui entretiennent la vie catholique. Avant, tout à côté, il y avait un orphelinat pour jeunes filles à qui les sœurs apprenaient le métier d’infirmière, de cuisinière ou d’institutrice.
De cette expérience vécue aujourd’hui devant Notre Dame d’Afrique, j’ai reçu un message. Vraiment. Un message d’amour et une obligation. Permettez-moi de taire cette obligation mais sachez que j’ai promis de la respecter que je m’attacherai à l’accomplir. Et plus que jamais, le mot « Amour » est vraiment et plus que jamais pour moi un mot de splendeur.

Nous rejoignons la voiture et Kamel. Nous allons dévaler la colline, foncer sur la Casbah et Bal-el- Oued, le berceau des Pieds Noirs et de son folklore. Alger est magnifique et se targue toujours d’être nommée Alger la Blanche. Je suis content de voir une ville bien entretenue et propre. Il y a du monde dans les rues. Nous nous promenons dans la rue d’Isly, rue commerçante. Nous passons devant le triste Milk-Bar qui, un jour de septembre 1956, a vu une bombe (qui fut déposée par une femme du FLN), exploser contre ses murs, faisant une dizaine de morts. Ce fut le début de l’OAS. Puis en mars 1962, l’armée française a tiré sur la foule de Pieds Noirs qui étaient venus déclarer leur attachement à la France et surtout à l’Algérie Française. 44 morts et de nombreux blessés. Un massacre et une incompréhension totale. Ce fut le moment du départ pour la France, avant l’indépendance.

Tout à côté, la place Bugeaud est devenue la place de l’Emir-Abdelkader. Je suis frappé par les distances. Alger avec ses boulevards me semble toute petite. Mes yeux d’enfant ont conservé des distances que je véhiculais dans ma mémoire et qui n’ont rien de grandeur. C’est déstabilisant. Mes enfants s’arrêtent de instant de marcher. Ils contemplent, en levant la tête, les façades des immeubles aux balcons en fer forgé richement travaillés et surtout les corniches, les encorbellements, les moulures

Nous achetons des pâtisseries que nous ramènerons en France. La dame qui nous a servis me dit dans un très bon français : « Ah, vous êtes né ici monsieur ? Vous êtes revenu chez vous ? C’est très bien ! » Puis nous rejoignons Kamel qui nous attend sagement. Il nous conduit dans les rues d’Alger puis sur le port d’où nous sommes partis en 1962. Je reconnais le quartier où résidait ma grande sœur et son mari, je revois le Jardin d’Essai créé de toutes pièces par les français en 1832 en y plantant de nombreuses espèces végétales afin de déterminer celles qui seraient susceptibles d’être exploitées.


Nous sommes passés devant le Forum où le général de Gaulle était venu lancer à la foule Pieds Noirs et aux musulmans : « Je vous ai compris » . Et c’est à cet endroit que deux ans plus tard, les cinq généraux de l’armée française qui commandaient les troupes en Algérie, se sont rebellés contre de Gaulle qui, pour eux, avait trahi les Pieds Noirs. La fusillade ci-dessus indiquée en fut le triste, épisode.

Cette page d’Histoire est en moi et la revis dans la voiture qui nous ramène à Zéralda. J’ai le cœur lourd. Je me retourne vers mes enfants et je leur dis simplement : « Quel gâchis mes chéris ! ». Ils ne disent rien, ils ont compris. Ils ont bien compris que je ne leur avais jamais menti. Quelle fantastique journée nous venons de vivre. Le retour se fait en silence. J’ai la tête penchée sur le montant de la portière, le vent m’ébouriffant. Le fil de la journée se déroule devant mes yeux. Je me demande si j’ai rêvé. J’ai bien conscience que nous nous sommes retrouvés tous les trois, seuls français dans les rues d’Alger alors que 60 ans plus tôt des civils se faisaient massacrer à l’endroit même où nous avons marché cet après-midi. Et encore une fois : « Pourquoi ? »
Demain, nous irons dans ma ville de naissance : La Conception (à prononcer avec l’accent espagnol en tirant légèrement la langue)….
le 02/03/2025 à 19h20
Je suis très émue
le 02/03/2025 à 19h21
As-tu vu les vidéo
le 02/03/2025 à 19h55
Oui la première connue,bien sûr et la deuxième inconnue pour moi,mais j'ai saisi les émotions des spectateurs.
le 03/03/2025 à 00h41
merci
le 03/03/2025 à 21h18
Que dire sinon qu'en lisant ton récit j'étais parcourue de frissons ...
Que cette église est belle, une chance qu'elle soit si bien conservée.
le 21/08/2025 à 15h06
Voilà, la boucle est bouclée. J'ai réussi à suivre mon plan du retour sur les traces de mon enfance. J'ai accompli un rêve et il est devenu réalité. Et je n'aurais de cesse de dire que mes deux chers enfants remplis d'amour pour moi furent les initiateurs de ce voyage. Ils m'ont suivi, avides de savoir et de découvrir.
Ce matin nous sommes allés dans la ville de la « Conception ». Je savoure ce moment où vous lirez : " la ville de la conception" et, connaissant votre légendaire sagacité, je sais que vous avez deviné. Le village de la conception c'est le village où je suis né, où j'ai été conçu... .
En fait, il se nomme ROUÏBA, province d'Alger. Nous avions quitté ce village à mes 18 mois. Mon père, après avoir été démobilisé de la guerre (39/45), acheta un café. A ma demande pressante, mes parents m'avaient emmené dans ce village lorsque j'avais 5/6 ans, montré le café qui était devenu un café maure. Ce matin, j'ai retrouvé les lieux. A la place c'est un magasin de vêtements. Émotions encore mais surtout une joie féroce, une volonté avide d'avoir réussi à boucler cette époque de 1946 à 1962... du début au départ.
J'ai revu cette belle ville, propre, bruyante avec des yeux interrogateurs. Le sentiment sur le moment que j'ai, est un sentiment fade. Je ne ressens pas et surtout ne revois pas ma toute petite enfance. Seules des photos où je suis en barbotteuse et un bonnet chat sur la tête, me reviennent à ma mémoire et je recherche l'endroit où j'étais lorsque ces photos ont été prises il y a 77 ans de cela ! Et ce calcul rapide que je me fais me donne une certaine fierté d'avoir mon âge et de pouvoir refaire, rapidement certes, mon histoire.
Je n'ai pas honte de dire mon âge, bien au contraire car ce voyage m'a permis d'enterrer des rancœurs, d'ouvrir les yeux de mes enfants sur cette histoire très difficile entre nos deux peuples aux cicatrices encore béantes. Je leur ai montré et ils l'ont découvert, combien l'accueil que l'on nous a réservé fut extraordinaire, par des personnes chaleureuses qui sont venues vers nous. Et je n'oublie pas non plus que de notre côté nous n'avons pas hésité à aller au devant d'eux, ce dont ils ont été surpris et ont apprécié. "Pourquoi êtes-vous partis ? On nous a foutu dehors... et je suis revenu"...
La boucle est bouclée. Que devrais-je faire maintenant ?..... Pas grand chose ! Sinon de prendre le temps de ranger mes photos et mes images dans un grand album, finir maintenant d'écrire mes mémoires, de voir grandir mes petits enfants, de tendre la main à ceux qui sont en détresse et surtout... continuer à aimer... plus que jamais !
Le rire est le propre de l'homme dit-on. Je rajouterais : la dérision aussi !
J'ai tout de même un regret : il nous aurait fallu avoir au moins trois jours de plus pour nous attarder une fois de plus dans les rues de Boufarik et d'Ameur El Aïn.
Cela fait 9 mois que j'en suis revenu et pas un jour que Dieu fasse, je ne songe à ce pays. Je suis l'enfant de la 5ème génération née en Algérie. Je pense à toutes ces familles de mon arbre généalogique qui quittèrent un jour leur terre natale : la France (le Beaujolais, la Touraine), l'Espagne, l'Italie. Ils se sont mariés, ont eu des enfants, ils ont trimés tant et plus avec leurs compatriotes pour sortir de terre ce magnifique pays. Certains d'entre eux se suicidèrent devant la dureté de la tâche à accomplir. D'autres ont divorcé et se sont remariés. Mais, quelle que soit l'âpreté de la vie dans ce pays, ils n'ont jamais baissé les bras. Ils ont tout connu : la force, l'espoir, la volonté mais les attentats, les enlèvements, les massacres, la peste, la malaria, le typhus, le choléra, la variole, la grippe espagnole, la tuberculose, le paludisme...
Courageusement, ils se sont toujours relevés en créant des hôpitaux capables d'éradiquer les épidémies. Les pieds noirs ont vaincu ces maladies et ont entrainé dans le sillage des guérisons les peuplades qui subissaient également l'enfer des épidémies. De vastes opérations de vaccinations ont permis de relever la tête et de continuer leur œuvre de création de cette Algérie dont ils ont donné le nom.
Oui, j'ai connu dans ce pays la joie de vivre. Oui, mon enfance fut très heureuse. Cette vie flancha le 1er novembre 1954 et s'acheva, pour nous, le 13 juin 1962.
Merci à ma fille et à mon fils de m'avoir permis de revivre un bonheur, d'avoir accompli un rêve et, désormais, de pouvoir "partir" sans regretter cette belle vie qui fut la mienne.
"NE TE RETOURNE PAS" sera le titre de ce beau voyage.
le 21/08/2025 à 17h45

le 21/08/2025 à 19h25
le 28/08/2025 à 16h56
Merci à toi J.C. pour ce récit de ton pays de naissance et de ta jeunesse !
Une belle chance ce voyage, une date bien choisie par tes enfants car la situation actuelle ...
Le 13 juin 1962 tu quittais ton pays de naissance et moi j'y étais depuis quelques temps et encore pour presque cinq mois.
Serge Lama à écrit avec Alice Dona la chanson l'Algérie dans laquelle il chante "...
L'Algérie
Écrasée par l'azur
C'était une aventure
Dont je ne voulais pas
L'Algérie
Du désert à Blida
C'est là que j'étais parti jouer les p'tits soldats
Un beau jour je raconterai l'histoire
A mes petits enfants
Du voyage où notre seule gloire
C'était d'avoir vingt ans..."
Comme cette chanson dans laquelle je me retrouve est bien écrite et moi aussi il y a quelques temps j'ai écrit cette histoire pour mes petits-enfants (mais aussi mes enfants) et même un peu plus puisque, bien sur, mon écrit débute au premier jour de mon incorporation pour 17 mois en Allemagne avant mon départ pour l'Algérie.
Voilà ami, bravo et content d'avoir eu le privilège de pouvoir lire ces années de ta jeunesse !