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SUR LES TRACES DE MON ENFANCE : discussion - Page 3

Julie93
Julie93

le 01/01/2025 à 21h44

C'est difficile de te lire Oss, non pas à cause de ton écriture, évidemment digne d'être publiée mais à cause de l'émotion que tu nous procures.
Quelle tristesse ce que tu nous racontes en même temps, quelle chance que ces algériens ne soient pas "racistes" et te considèrent comme un des leurs et pas comme un esclavagiste comme ça se passe dans certains territoires pourtant français.
Merci encore

Ambassadeur
Oss
Oss

le 01/01/2025 à 22h20

Merci chère Julie93

J'ai encore 4 épisodes à écrire et une conclusion.

Ces hommes là qui ont la quarantaine sont très ouverts à la conversation. Les plus jeunes, c'est plus difficile. J'ai pu parler avec ces derniers à l'hôtel par exemple ou dans des magasins. Et l'on sent bien la main éducative des parents. Les jeunes femmes ont le regard assez acéré et les jeunes hommes se tenteraient bien de venir s'affronter à plusieurs bien évidemment.
J'ai rencontré un seul homme de mon âge près du lieu de la bombe et j'ai vite compris qu'il n'aimait pas ce que je faisais là.
Dans le prochain épisode, je parlerai de cet homme de mon âge et ce fut un échange extraordinaire tous les deux.
A suivre... ,

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 02/01/2025 à 07h12

Bonjour, j'ai hâte Oss

Ambassadeur
Oss
Oss

le 08/01/2025 à 18h31

Boufarik est désormais derrière moi. Il m’aurait fallu trois jours au moins pour la visiter, la redécouvrir et qu’elle me surprenne. Nous l’avons habitée durant sept années, autant dire une éternité pour mon enfance. Tout au long du voyage jusqu’à Ameur El Aïn, je n’ai fait que penser à elle. J’ai à peine vu la Mitidja que nous traversons, une plaine verdoyante par endroit. Les villages sont devenus des villes et ont pris la place des terrains agricoles suivis de près par les nombreuses autoroutes qui sillonnent cette terre.
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Nous traversons Oued-El-Aleug, Blida, Mouzaïaville où est né papa, El-Affroun. A chaque ville mes enfants me questionnent : « Tu nous dis papa ? ». Et mes souvenirs me reviennent, intacts, des vues imprenables depuis le balcon de mon enfance.
- Nous avions une grande famille à Blida. A Oued El Alleug, j’y allais en vélo avec les copains et au retour, j’avais droit au sermon de mon père. A Mouzaïaville, sur le trottoir devant la maison de mes grands parents paternels, mon père, enfant, plaçait une baguette de bois sur son épaule et invitait le garçon qui voulait passer devant sa maison à venir ôter la baguette : droit de passage. Généralement, le garçon en question n’arrivait pas à l’enlever et recevait en prime une gifle sévère. Ma grand-mère s’excusait très souvent auprès des parents…
Ameur-El-Aïn, je venais d’avoir trois ans lorsque nous sommes arrivés. Ma petite sœur y est née. Nous habitions une cité à l’entrée du village dont les maisons étaient alignées en cercle au centre duquel il y avait un square arboré de palmiers dattiers dont les fruits donnaient la courante…
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Je ne pensais qu’à jouer avec les copains et les copines et je crois que ce fut les pires moments de maman. « Je vais devenir chèvre avec toi ! ». Elle avait la savate facile.

Je demande à Kamel de s’arrêter à l’entrée du village. Je cherche la cité. Elle n’existe plus. A la place, des constructions avec un ou deux étages, en briques rouges. Il n’y a plus les palmiers. Je suis déçu car je voulais faire des photos pour ma sœur. Kamel roule lentement. Les enfants, là à droite c’était mon école. Mon maître s’appelait monsieur Berbégal et le directeur c’était monsieur Yvora que les enfants craignaient car il avait la ceinture facile. J’avais dans ma classe un cousin, Paulo, le cancre qui faisait les 400 coups. Il avait fait une bêtise et sentence immédiate de monsieur Yvora : « baisse le pantalon et le slip ! » En larmes, couvert de honte, penché sur son pupitre, il recevait les 5 coups fatidiques, devant nous tous. Bien évidemment notre regard se portait sur ses attributs ce qui nous faisait dire que s’il riait, c’est qu’il avait la « quiquette » dans l’encrier ! (expression très pieds noirs).
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« Ah bon ? ». C’est ma fille qui s’exclame. A gauche, c’était la boulangerie de monsieur Marguerite, une famille Suisse et ainsi de suite jusqu’à la place de l’église qui, elle, a disparu. J’explique et j’arrive à me souvenir des noms de chaque propriétaire et ce qu’il faisait : la mercerie de madame Ferrer, l’épicerie de monsieur Mirales, le café de monsieur Ferrer qui m’offrait toujours une grenadine lorsque j’y allais avec mon oncle, l’autre café de monsieur Rocher etc. Là, c’était une gargote, là c’était un épicier arabe dont l’un des frères du patron était aveugle et arrivait à vendre des cacahuètes sur la place, dans un cornet de papier gris.
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(l'église se trouvait là)
Encore une fois, ma gorge se noue. Ce sont d’autres émotions qui m’étreignent, des émotions que je ne commande pas. Je me revois marcher sur ce trottoir que je foule à présent. Je revois ma grand-mère l’après-midi, assise sur une chaise, une broderie sur les genoux et qu’elle tissait savamment à l’aide de grosses aiguilles et des fils de couleurs. A côté d’elle, madame Teston qui ne savait pas parler mais qui aboyait, ce qui lui conférait un caractère difficile à vivre. Son mari, tout près d’elle, tremblait de tout son corps, assis sur sa chaise ; la guerre de 14-18 était passée par là. Il ne parlait plus. Elle avait un fils qui travaillait à la mairie. Atteint de la poliomyélite et d’un pied bot, il marchait en se balançant.

En face, de l’autre côté de la rue, il y avait Motor, un garçon arabe d’une dizaine d’année, le dingue du village. Le garde champêtre raide dans son costume kaki de représentant de la loi, moustache en vélo de course et chéchia rouge sur la tête, arborant ses médailles gagnées lors de la dernière guerre, le coursait sans arrêt en lui promettant la prison. Motor me faisait rire car il avait des tics et se moquait de la discipline. Il était tout le temps sale et sentait mauvais. Toujours pieds nus, hiver comme été, il arborait une longue chemise qui avait dû être blanche un jour lointain et qui représentait le jour de sa circoncision.

Il avait demandé incessamment à papa, de l’emmener à la pêche. Ce qu’il fit ! Motor était assis à l’arrière de la camionnette, faisant fi des soubresauts du véhicules et se penchant en rigolant dans les virages. A l’arrivée, il aida à porter les paniers et les lignes. Papa me demanda : « Où est le pain pour la pêche ? » Motor avait mangé tout le pain ! Je revois mon père courir derrière lui…
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Voilà donc les images qui me reviennent et il y en a bien d’autres encore, surtout celles de l’école...

Je me tiens devant l’appartement que ma grand-mère maternelle occupait. Tout à côté un oncle était le coiffeur du village. Devant son salon, en bord de trottoir il y avait une vieille pompe à essence BP que l’on actionnait à l’aide d’une manivelle amovible. Un cadran, une aiguille indiquaient les litres versés dans l’automobile. J’étais fasciné de voir l’essence emplir les deux ballons de verre de 5 litres et qui se vidaient en faisant tinter une sonnette et en faisant avancer l’aiguille. Elle n’existe plus et rien ne la remplace.
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Plus de salon. A la place c’est un magasin de vêtements. Kamel fait les présentations et j’explique au responsable ce qu’il y avait là, avant son magasin. Il m’accueille avec un large sourire. On se serre la main. Il ne se rappelle pas. En fait, il n’était pas né lorsque nous habitions Ameur Et Aïn. Un homme s’approche de nous, il nous salue et me demande abruptement : « Qu’est-ce que tu veux toi ? ». Je ne me démonte pas, je le regarde bien dans les yeux et en souriant je lui explique. « Non, je ne me souviens pas, j’y connais pas ! »

Alors, je me place au bord du trottoir, je fais face à la façade qui est désormais toute carrelée. Je revois parfaitement l’entrée du salon. Il y avait une marche, puis 4 ou 5 chaises en bois, noires, un guéridon qui supportait des revues, puis un petit meuble bien modeste dans lequel il y avait les lotions, les blaireaux, les rasoirs à vendre puis le comptoir et le fauteuil qui m’impressionnait. Ça sentait un mélange d’Habanita, de lavande, d’eau de Cologne à l’œillet. La cloison qui séparait le salon de l’appartement n’allait pas jusqu’au plafond. Elle partageait une chambre et plus loin la cuisine dans laquelle trônait une immense cheminée. Je me revois me pencher sous l’âtre pour apercevoir un bout du ciel, tout là-haut, au bout de la cheminée. Nous devions chuchoter pour parler, pour ne pas déranger les clients.

Pas de gaz, pas de tout à l’électrique. Ma grand-mère, comme toutes les grands mères, faisait une cuisine exceptionnelle à partir d’un seul réchaud à pétrole qui comportait une sorte de pompe pour activer la flamme. Je revois cette flamme, courte, très bleutée et qui chantait sous la cocotte en fonte.

Une fois encore, l’émotion me gagne. Je revois ma grand mère sur le pas de la porte, toujours bien mise et propre, ce qu’elle exigeait de nous d’ailleurs. Et l’oncle qui avait une bosse dans le dos à force d’être courbé et qui riait tout le temps. Le village l’appelait « Henri ou tonton Henri ! » tellement la jovialité l’habitait et était communicative ! C’était l’ami de tous !

Je n’arrive pas à réaliser que près de 70 années nous sépare. Tout se bouscule. Mes enfants me pressent de questions. Je n’ai fini pas de répondre à l’une d’entre elles que la suivante arrive. Ça fuse et je dois m’adapter et rassembler mes mots, mes phrases qui composent mes souvenirs. Et cet exercice se partage entre les rires et les larmes qui embuent mes yeux. Derrière l’appartement de ma grand-mère, il y a une immense cour autour de laquelle se dresse un immense hangar où l’on faisait sécher les feuilles de tabac et tout autour des habitations sommaires et inconfortables où logeaient des familles arabes. Et là, encore une fois…

Je revois Mira, une musulmane d’une vingtaine d’année que je surnommais « ma grande soeur ». Chaque fois que je venais chez ma grand-mère, je ne manquais jamais d’aller la voir et ses parents aussi. Sa maman me donnait toujours un morceau de galette faite de semoule, leur pain. Je me souviens de son mariage où, le soir de la cérémonie, sa mère m’avait dit qu’elle était là, assise dans un coin de la maison, séparée des invités et cachée sous une couverture… Si je vous dis que je revois devant moi cette étoffe, me croiriez-vous ?

Je revois cette autre famille musulmane qui me recevait toujours et dont la maman m’appelait « mon fils ». Un rideau de toile de jute faisait office de porte d’entrée. Les murs étaient faits de tôles. Rentrant un jour chez eux, j’ai vu leur fille aînée (13 / 14 ans ?), allongée à même le sol, sur le dos, le ventre et les jambes à l’air, dévoilant les poils de son pubis. A côté d’elle, à genoux, une vieille femme tenait dans une main une torche enflammée. Elle passait la torche sur les poils, plusieurs fois. J’entends encore les cris de la fille. On m’a fait sortir rapidement. J’en ai parlé à Kamel « Ci li kabyles qui font ça ! » « Encore de nos jours ? » « Oui ci la tradition ! »

Mes enfants n’en reviennent pas et sont médusés d’entendre mes propos. A cet instant, je pense que je pourrais écrire des pages entières….

L’homme qui m’avait parlé sèchement me prend par le bras en me disant « Viens ! ». Je le suis avec ma « troupe » Nous traversons la route. Un homme d’un certain âge est assis sur une chaise, une canne entre les jambes. Il semble méditer, c’est ce que je pense. Celui-ci se lève, on me le présente, nous nous serrons la main. Moitié en français, moitié en arabe, je comprends qu’on lui dit qui je suis. Il me regarde fixement, esquisse un sourire et me dit :
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(L'homme à ma gauche avec qui nous avons échangé nos souvenirs).
- Ta grand-mère elle avait mal à une jambe ?
- Oui, c’est exact. Elle avait un ulcère à la jambe.
- Elle mettait une bande ?
- Oui ! Je réponds avec un large sourire. Voilà un homme qui a connu ma grand-mère qui lui redonne une certaine vie après tant d’année, une vie dans ce village.

Ce monsieur a 3 ans de moins que moi et il avait donc une dizaine d’année alors de mon temps. Je suis époustouflé devant les confidences qu’il me fait. Il ne se rappelle pas vraiment de moi mais nous avons en commun une foule de souvenirs que nous évoquons les uns après les autres avec des rires, des larmes, de la joie surtout, du respect. Tout y passe. Il revoit ma grande sœur qui se promenait avec ses copines le long de la route qui traverse le village et de mon oncle…

- Y faisait le coiffeur, c’est ça ?
- Oui
- Y faisait aussi le loto !
- Non, pas le loto, il vendait des billets de la loterie algérienne
- Ci ça !

On se marre, on se prend le bras. Il retrouve un sourire, une joie. Une indicible fraternité entre un arabe et un pieds noirs s’installe. Kamel, l’autre monsieur, puis un autre qui nous a rejoints, mes enfants, participent à cette joie. On arrive à deviner, chacun notre tour, les noms de nos instituteurs.

- Monsieur Pérez ! Monsieur Berbégal, Monsieur Yvora ! Aya souila il était méchant ! Je lui parle de la quiquette et on ri si fort que des gens s’arrêtent et nous regardent curieusement. A cet instant, il n’y a plus d’arabe, plus de pieds noirs, il n’a que des hommes qui sont redevenus des enfants le temps d’une conversation. Nous rions, nous pleurons entraînant mes enfants dans cette magie de nos histoires qui ont également les larmes aux yeux. Je n’aurais jamais cru que je pourrai vivre de tels instants de bonheur.
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(L'appartement de mémé derrière les arbres avec une extension nouvelle au-dessus)
Et dans la voiture qui nous emmène vers la mer, nos conversations s’enrichissent encore. Boufarik, Ameur-El-Aïn, là, c’est vraiment mon enfance ! J’y suis ! Mon bonheur est total. J’ai cette fierté de dire : « Personne ne pourra m’enlever ce bonheur d’être sur MA terre ! » et je rajoute : « Merci Seigneur ! »

L’Algérie islamique c’est une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des roses. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat. (Yacine Kateb)

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 08/01/2025 à 19h31

Quelles émotions Oss ! Je suis épatée par ta mémoire !

Ambassadeur
Oss
Oss

le 08/01/2025 à 19h33

Merci Bettyoups . Elle apparaissent pourtant

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 08/01/2025 à 19h36

Oui bizarrement elles sont revenues ! Merci

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 08/01/2025 à 20h53

je n'en reviens pas Oss, que d'émotions à te lire !
et quelle mémoire ..... même les plus petits détails et j'aime beaucoup tes photos qui font voir ce que tu as traversé.......

Ambassadeur
Oss
Oss

le 16/01/2025 à 19h17

Voilà, je tourne le dos à un passé pas si lointain que cela. Boufarik et Ameur El Aïn, deux berceaux de mon enfance sont derrière moi désormais et pour toujours je le pense. Je ne peux jurer, de rien, mais à l’instant précis où je monte dans la voiture et que nous nous éloignons, j’ai la conviction qu’une page vient de se tourner.

Tout ce que je reviens de voir, toutes ces images, toutes ces émotions m’ont fait prendre conscience, avec l’âge que j’ai désormais, que mon chemin de vie est quelque part réussi. Mon métier, mon mariage, mes enfants, mes petits enfants, les belles épreuves et celles qui me tourmentent encore, ont désormais un pied d’assise, un trait d’union en quelque sorte entre le passé et le présent. Il me manquait un chaînon, quelques maillons, il viennent de se s’insérer à leur place sur la chaîne de ma Vie.

J’ai vu le jour dans ce pays, je suis celui de la cinquième génération, ce n’est pas rien. Mes ancêtres paternels sont arrivés en Algérie en 1845, soit 15 ans après la conquête. Ma génération était infirme, une infirmité que je voulais par dessus tout être provisoire. Durant ces 64 ans de séparation, j’ai vécu dans une sorte de frustration. Par exemple, mes enfants, ma femme avaient la possibilité de revoir leur village, leur lieu de naissance et entreprendre des conversations d’enfance heureuse. Moi, non. Lorsque je disais « Quand j’étais petit... », moi je me voyais petit, évoluer chez moi, dans mon environnement, mais ma famille ne pouvait pas posséder mes repères. Leur évaluation, leur appréciation même étaient hypothétiques. Dans mes propos, il me fallait être précis, compléter mes images par d’autres images afin que vive pour ma famille un synopsis dont il fallait très souvent corriger les plans du scénario.

Nous avons faim ! Dans ma chronologie des visites à entreprendre, après ces deux premières expériences extraordinaires, j’ai prévu que nous irions déjeuner à Tipaza.

Tipaza est un port et une station balnéaire réputée. Cette ville a été construite sur un ancien site romain dont il existe toujours les ruines mondialement connues et entretenues. Nous n’avons pas pu les visiter.

Nous allions assez souvent à Tipaza passer la journée ; mon père pêchait, ma grande sœur insistait pour que je l’accompagne au bal sur la place du village : il ne fallait pas qu’elle soit seule. Donc, pour que j’accepte de l’accompagner, elle devait me fabriquer une canne à pêche qui me servirait à pêcher des crabes.
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(Le mont du Chenoua)
Tipaza se trouve au pied des collines du bord de mer du haut desquelles on peut admirer la mer, bien souvent calme et d’un bleu qui se confond avec le ciel et le Mont du Chenoua, cette majestueuse montagne que la mer reconnaissante vient lécher les pieds. Là encore, j’ai une petite déception car mes souvenirs me montrent que la géographie de l’endroit a changé. Il n’y plus ces chênes, ses pins maritimes qui faisait la beauté des paysages. Les cigales ne sont plus, il n’y a pas d’oiseau, je n’ai pas vu les lièvres courir dans les bosquets, il n’y a plus sur les bords de la route ces petits garçons arabes d’une dizaine d’années qui brandissaient au passage des voitures, des œufs, des oursins, des fruits parfois. Les voitures s’arrêtaient, on marchandait ce qui était proposé, en arabe bien souvent. Et puis la voiture repartait, content d’avoir acheté, content pour ce petit garçon d’avoir vendu et reçu une pièce de plus. Cela ne m’empêche pas de revoir le massacre, à quelques kilomètres de là, de familles pieds noirs tuées au fusil et à la mitraillette alors qu’elles étaient venues passer quelques heures au soleil et à la mer… La guerre...
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(champ de poubelles...)
Nous arrivons en haut de la colline où la route va pouvoir plonger vers la mer. Nous nous arrêtons près d’un véhicule qui propose des dattes, des pommes, des mandarines. Kamel nous dit « C’est moi qui choisis et qui marchande pour vous ! »
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A l’extérieur, là où je pensais que nous sentirions la mer comme avant, ce que j’avais dit à mes enfants, mon fils vient vers moi et m’interroge : « Tu sens ? C’est quoi ça ? »
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Oui, j’avais senti dès le pied mis à terre. « Regarde au sol tout autour de toi, regarde bien ! » Je laisse mes enfants regarder. « Du plastique partout me dit ma fille » « Oui, tu as raison mais pas n’importe quel plastique »
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Je l’avais lu, il y a quelques temps de cela ! L’Algérie avait un énorme problème de traitement de ses ordures. Il n’y a pas d’incinérateur. Rien n’est organisé pour le ramassage des poubelles. C’est du n’importe quoi. Pour faire face à ces impératifs de salubrité élémentaire, le haut des collines a été rasé, des fosses énormes ont été creusées et les ordures enfouies tant bien que mal. Sauf que, elles n’ont pas été enfouies profondément, que la terre de recouvrement était insuffisante si bien que le vent et les intempéries grignotent jour après jour cette terre de couverture. De ce fait, les poches poubelles apparaissent çà et là avec l’odeur qui précède et qui s’installe. Une horreur ! Si bien que Kamel nous dit « On s’en va, j’achèterai pour toi demain et ce sera tout propre ! ». Je plains les gens en plein été…
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Belle surprise, la ville de Tipaza est propre. Les maisons sont bien entretenues, peintes en blanc pour la plupart. Les palmiers sont toujours présents et apporte cette touche orientale à la ville.
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Nous recherchons un restaurant de poissons bien évidemment. Pas évident de se garer. Kamel interroge avec sa main les terrasses des quelques restaurants qui sont ouverts. Un homme nous fait signe, dégage un panneau de défense de stationner et la voiture prend place devant le trottoir.
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De larges présentoirs réfrigérés présentent toutes sortes de poissons. Personnellement j’ai fait mon choix : seiches et sardines. C’est extrêmement frais. De toute façon nous avons décidé que ce seront plusieurs plats de poissons que nous partagerons pour…. 12 € environs par personne.
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Installés au premier étage, devant une baie vitrée nous sommes très bien accueillis avec un personnel (des hommes) pour nous servir. Deux tables sont occupées par des familles : trois femmes voilées et des enfants. Je remarque qu’ils sont très bien habillés et je constate également que ce monde parle parfaitement le français, sans accent et au vocabulaire assez riche. A notre entrée, les femmes avaient détourné leur regard. Toutefois, par la suite, elles nous regardaient du coin de l’œil. J’ai bien compris qu’elles étaient à Tipaza en vacances, résidant en Métropole…
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Nous nous sommes régalés : seiche frite, seiche sauce tomate, seiche sauce tomate piquante, calamars de mêmes préparations, des sardines, grosses et bien en chair, des frites à profusion, de la salade verte et de la salade composée, des citrons pratiquement au kilo. Le serveur était aux anges de nous voir ainsi!
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Au départ, remerciements, courbettes, que Dieu soit avec vous, bonnes vacances, revenez vite en Algérie si chez vous ici et… les sourires des trois dames qui ont marqué ainsi leur complicité avec nous.

Direction le port. Je ne reconnais pas. Tout à changé. Ce dont je me souviens, c’est cet immense mur romain fait de larges blocs de pierre, du haut duquel de jeunes hommes plongeaient et qui me fascinaient. Je vois le mur, il est en morceaux dans l’eau du port… Je recherche en vain l’endroit où avec mes parents nous passions la journée. Je sais que c’est là, tout près de moi mais je n’arrive pas à me souvenir. J’ai une pensée pour eux qui, depuis le balcon de leur maison installée tout là haut près des étoiles, doivent être joyeux de me voir ici.
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Nous décidons de rentrer à l’hôtel à Zéralda distante d’une trentaine de kilomètres. Nous prendrons la route du bord de mer que j’ai souvent parcourue. Nous passerons par Montebello où se situe le tombeau de la Chrétienne… puis par Douaouda, notre lieu de villégiature estivale où tous mes souvenirs sont intacts….

(à suivre)

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 16/01/2025 à 22h09

Grâce à ton récit Oss ,je mesure ton sentiment. Merci encore.

Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 16/01/2025 à 23h23

Merci Oss...

Ambassadeur
Julie93
Julie93

le 17/01/2025 à 21h23

En te lisant, on mesure tout à la fois, la difficulté de tout raconter et le plaisir de revivre ces souvenirs si chers, merci Oss

Ambassadeur
Oss
Oss

le 17/01/2025 à 21h49

Merci à vous trois ❤️❤️❤️

Ambassadeur
Oss
Oss

le 22/01/2025 à 19h49

MONTEBELLO – MARENGO – CASTIGLIONE – DESAIX…… sont les noms de victoire napoléoniennes mais également les noms de villes d’Algérie, rebaptisées depuis.

MONTEBELLO est un village attachant, niché au pied d’une colline et dont le sommet et couronné d’un tombeau : le Tombeau de la Chrétienne. Je l’avais visité petit avec mon école élémentaire.

Pour aller à Tipaza, nous passons par ce village d’où l’on peut admirer le tombeau.
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Photos empruntées sur le web



Le site ci-dessus résume rapidement l’histoire de ce tombeau qui est visible de très loin et donne un point de repère remarquable aux navigateurs.
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Construit par le roi mauritanien JUBA II vers les années 40 ap JC pour sa royale épouse défunte très attachée et vénérée par son peuple. Les romains donnèrent à ce mausolée le nom de Roum – Roumia. Plus tard, les arabes traduisirent ce nom en chrétienne. Pas de tombeau dans ce monument, pas de chambre funéraire ni de chambre secrète. Je me souviens qu’il nous avait fallu marcher à quatre pattes dans le noir et dans une demi pénombre provenant de quelques lampes au carbure.

J’ai toujours été fasciné par ce monument et de le voir ainsi au-dessus de moi m’apporte de la joie et surtout de l’émotion

Nous n’avons pas pu nous y rendre. Il est actuellement fermé pour cause de rénovation. Ce monument, en fait, n’appartient pas aux Chrétiens, ni aux arabes d’ailleurs. De son appellation Tombeau de la Chrétienne, il est devenu le Mausolée Royal de Mauritanie, c’est-à-dire Berbère. Rappelons que les Berbères ainsi que les Kabyles ont été convertis par le sang à l’Islam, que ce mausolée tout en étant berbère/mauritanien date de l’époque romaine et que l’Est du Maghreb fut conquis par les Berbères (an 565) colonisé ensuite par les Byzantins et les Arabes. Puis, vers 644 les armées arabo/musulmanes conquéraient l’ensemble du Maghreb avec l’islamisation donc des populations kabyles, berbères, juives. Les algériens de nos jours n’ont aucun droit sur ce site (classé aux monuments historiques de l’UNESCO), puisque leurs ancêtres n’étaient pas présents sur cette terre, ce n’est qu’un héritage d’un passé mauritanien de l’époque romaine.

Pour nous rendre par le bord de mer jusqu’à Douaouda nous passons par la ville de Castiglione. Je n’ai absolument pas reconnu. Pourtant mes parents m’y ont emmené souvent, sur une place où une dame (que je revois bien), coiffée d’un large chapeau, assise sous un palmier possédait une dizaine de chevaux en bois attelés à une charrette à pédales. Je me revois également faire les tours de la place avec un cheval noir, une crinière, un regard que je craignais et un sourire qui me rassurait. Tout autour de la place il y avait des arbustes fleuris (je pense aux bougainvilliers)

J’ai retrouvé la place. En piteux état, plus d’arbustes, plus de chevaux replacés par des papiers, des sacs, des bouteilles. Le bord de mer n’a plus sa plage ou, du moins, quelques rares endroits avec une espèce de sable.

La route qui nous mène de Castiglione à Douaouda nous montre son état. Je me souviens parfaitement de ces dunes le long desquelles les voitures étaient garées, leurs occupants sous les parasols piqués dans le sable, la table dépliée, les chaises dépliées, les rabanes sur le sol, la glacière à l’ombre et les bouteilles plantées dans le sable, la mer venant les rafraîchir. Sous un arbre, un barbecue réunissait du monde, on ne se connaissait pas ou bien on retrouvait des habitués. Un morceau de pain enfermant une merguez ou une saucisse faisait dire aux mamans : »Ne parle pas la bouche pleine, c’est pas beau ! » Des oursins violets que l’on coupait en deux et que l’on dégustait à l’aide d’une cuillère en détachant les tranches rouges et en faisant attention aux épines. Et puis les grillades que la fumée faisait saliver.

Sous le parasol, on réunissait près de nous le voisin que l’on ne connaissait pas et avec qui on partageait la kémia et l’anisette, puis la salade composée et au dessert la mouna, cette brioche à la fleur d’oranger si chère aux Pieds Noirs que les ancêtres espagnols avaient apportée.

De temps à autre, un marchand qui longeait la plage criait : « Les bliblis, achète les bliblis » une sorte de gaufre feuilletée qu’il servait dans un papier avec du sucre. Où alors c’était le marchand de beignets dont je n’ai jamais retrouvé le goût et qui vendait également des chips.

Les parties de ballons, de boules, de Jokari, les joviales et sonores interpellations et surtout les bains de mer réunissaient l’insouciance, la joie de vivre. Parfois des familles arabes se mêlaient à nous. On s’acceptait (ou pas) mais on se respectait. Les enfants jouaient avec les enfants Pieds Noirs, les femmes se baignaient toutes habillées, certaines étaient torse nu jusqu’au bassin, sans pudeur, sans voile .

Et tout ce monde reprenait la route en milieu/fin d’après-midi afin de ne pas passer les collines assassines à la tombée de la nuit. C’était cela également l’Algérie.

J’entends et je revois tout cela, mon enfance, les yeux embués, le soupir violent.

Mais pourquoi ?

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 22/01/2025 à 19h56

Très touchée Oss et bisous de réconfort.
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Ambassadeur
Dany80
Dany80

le 22/01/2025 à 21h31

Merci Oss

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Ambassadeur
Julie93
Julie93

le 22/01/2025 à 21h41

Les bisous ça va, non ? tu en veux encore ? tu fais collection ?
Ok alors pour toi Oss


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Ambassadeur
Oss
Oss

le 22/01/2025 à 22h35

Merci. Encore 3 chapitres et ce sera fini. Le 2ème à venir sera pour moi le plus émotif

Ambassadeur
Oss
Oss

le 21/02/2025 à 19h11

La route côtière qui nous mène à Douaouda est sale et poussiéreuse. Les bosquets qui poussent dans le sable sont enrubannés de toutes sortes de papiers et de plastiques. A leur pied, des bouteilles, des canettes se réunissent avec l’excuse, sans doute bien involontaire, d’être là. Et ce mot « Pourquoi ? » retentit sans cesse en moi comme un glas lugubre annonciateur d’une fin…
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Je vais revoir les lieux où nous passions nos vacances et j’avoue, à mesure que nous approchons du village, de laisser faire mes yeux qui s’écarquillent pour déceler le passé. Dans la voiture, mes enfants savent que j’ai besoin de cet instant de silence que le vent aux fenêtres ponctue d’un sifflement léger, partageant à sa manière mes émotions et ma gorge qui se serre.
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L’entrée du village est là, devant moi. Une partie de la route est encombrée de sable et de poussière. Les maisons coloniales, ocres dont je ne me souviens pas leur présence me semblent attendre quelque chose ou quelqu’un. C’est curieux mais, aujourd’hui, dans toutes les villes et villages où nous venons de passer, il y a ce silence dans les rues, il manque de l’animation, il y a très de peu de monde alors que nous sommes en milieu d’après-midi. Sans doute suis-je parfaitement ancré dans mes souvenirs avec ce qu’ils comportent de joie de vivre, de circulation, d’espoir même. Mais j’avoue et, pardon si je me répète, la ville est comme figée, est ralentie dans ses activités.

Kamel se gare sur la place que je lui avais décrite. Nous y sommes ! Cette place a conservé son kiosque où des concerts l’été étaient joués. Je reconnais facilement les maisons qui l’entourent et je cite à mes enfants les deux épiceries qui se faisaient face, la place entre elles. Mon cousin faisait les courses là et moi à l’autre, courses que nos mères respectives nous demandaient de faire avant d’aller à la plage.
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Et je raconte les anecdotes qui me reviennent : le marchand de glace qui stationnait à cet endroit, le marchand de cacahuètes qui posait son sac sur ce banc, là c’était le copain René qui habitait cette maison et là c’était, et là et là et là…… Mes enfants m’écoutent religieusement, je fais sourire Kamel lorsque je lui dis quelques mots d’arabe. C’est encore le bonheur qui ne me quitte pas.
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Et puis je m’arrête de parler. Je suis face aux escaliers qui vont nous emmener à notre maison. Je retiens mes larmes. Mes enfants s’en aperçoivent. Ma fille me prend délicatement la main : « C’était ici papa chéri ? ». Nous traversons la place. Mes enfants m’encadrent. Ils savent mon émotion. Ils savent que cela va être un moment difficile pour moi et je les remercie en silence de me laisser seul avec les images qui déferlent devant mes yeux.
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Je remarque aussitôt que l’endroit à changé. Les larges escaliers qui descendent vers la mer sont toujours là. La rampe centrale en béton a disparu. Au-dessus de « nôtre » maison, une mosquée a été construite. Je me souviens qu’à la place il y avait une maison qui a été sans doute aménagée.
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Je montre et j’explique à mes enfants la porte d’entrée qui donnait sur un immense salon aux larges baies vitrées depuis laquelle on admirait la mer. Cette porte que j’avais ouverte de nombreuses fois, cette petite terrasse et son balcon sur lequel je me suis appuyé tant de fois. Tout à côté, je leur montre la fenêtre de ma chambre qui comporte désormais une grille de protection. Et cette fenêtre qui a une histoire quelque peu rocambolesque. Je leur raconte :
Cette grande maison durant laquelle nous passions nos vacances, nous la louions à trois familles. Une tante et mon oncle, une amie et son mari et nous. Trois familles et 4 enfants. Chaque matin nous partions à la plage jusqu’à 13 heures environ, les maris, eux, travaillaient. Un matin de plage, l’amie en question décida de rester à l’appartement à cause d’une migraine et ce matin là, nous avions dû revenir plus tôt à l’appartement car il y avait trop de vent. Retour à notre logis. Sauf que notre clef n’entrait pas dans la serrure ; il a fallu tambouriner un long moment… Derrière la porte des bruits, des chuchotements et des interrogations de notre part. Ma fenêtre était fermée et, soudain, je la vois s’ouvrir, un homme saute par la fenêtre et me dit : « tais-toi , ne dis rien ! » Et il remonte les escaliers en courant. Je ne dis rien, j’essaye de comprendre ce qu’il se passe car je viens de reconnaître mon instituteur lui-même… un bel homme… Cette histoire fut longuement commentée, l’amie pleurait, réconfortée par ma tante et maman qui, le dos tourné, ne pouvaient s’empêcher de rire. Et il fallait taire l’histoire ; le mari n’a jamais rien su. La façon dont je raconte cette histoire vécue et que je mime nous entraîne dans un fou rire.
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Nous descendons les marches pour déboucher sur une longue terrasse qui existait déjà mais qui était trois fois plus large. Quelques pêcheurs s’aventurent sur les rochers. Rien n'a changé .On dirait que tout est resté dans son jus, intact. Toutes ces maisons à étages sont closes. Je pense qu’il s’agit sans doute de maisons secondaires.
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Au retour de son travail, mon père prenait son nécessaire de pêche et venait s’asseoir sur cette terrasse pour taquiner la dorade royale. Dès qu’il en pêchait une, je la prenais et la montais à maman pour qu’elle la cuisine. Nous la mangions sur cette terrasse et puis d’autres encore suivaient dans nos assiettes…

La mer a envahi toutes les magnifiques plages, venant désormais lécher les maisons qui, pourtant, était situées très haut. Je ne me revois plus sur cette immense plage qui a disparu. La géographie de l’endroit a terriblement changé. C’est vide de vie. C’est terriblement à l’abandon ! Du moins c’est ce que je constate. Honnêtement, je pensais que les maisons auraient été entretenues, ravalées, repeintes. En fait, je constate la pauvreté qui est en place. Je suis amer…

Nous faisons quelques pas sur cette terrasse. Je suis totalement dépaysé, devant ce paysage remodelé. Le morceau de plage qui subsiste au pied de la terrasse, ne ressemble à rien. Nous faisions des parties de paella après avoir rendu propre la plage sur laquelle la mer rejetait du bois. Nous dégustions les oursins péchés le matin même. Devant mes yeux, il n’y a pas la moindre trace de ces souvenirs. La mer reprend ses droits et efface tout ce qui a fait une vie en cet endroit.
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Dans l’Algérie de mon enfance, il est vrai que les arabes étaient pauvres et démunis. Encore une fois, au moment de la conquête, à cette époque, il n’y avait que des tribus qui vivaient dispersées sur l’Atlas. Des villes entières ont été construites avec tout ce que cela comporte de collectivités, de services, de bâtiments, d’annexes… Les historiens, de quel que bord que ce soit, se penchent volontiers sur cette Histoire en la déformant largement tout en gardant à l’esprit leur appartenance politique.

Je vois et j’ai vu, je constate, je compare, je sais l’avant et je vois le présent, je sais que cela a dû être très difficile aux algériens de vivre et survivre à l’Algérie Française. Après tout, ils ont tout fait pour vivre leur Histoire . Je comprends maintenant pourquoi ils nous ont suivis…

Demain nous irons à Alger et surtout à Notre Dame d’Afrique.

Ambassadeur
Bettyoups
Bettyoups

le 21/02/2025 à 21h00

Quelle émotion encore une fois,en te lisant, merci Oss

Ambassadeur
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