De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) : discussion
le 26/01/2026 à 15h54
Je suis resté plutôt fermé sur cette partie de ma vie et ce fut certainement le cas de tous ceux qui sont allés de l'autre coté de la méditerranée.
Une véritable « omertà » !
Quelques écrits semblent expliquer cette frustrante situation par exemple,extraits :
(Michael Shurkin) ...En rentrant en France, les militaires découvrent une presse très remontée... les soldats sont priés de se taire...« La grande muette, c’est l’Algérie »...
(Philippe Joutard : Appelés en Algérie)... les anciens d’Algérie sont «pires que vaincus»: oubliés et abandonnés... «guerre oubliée» et «génération sacrifiée»...
Aussi même aujourd'hui, il est extrêmement difficile d'avoir des chiffres vrais.
L'on estime que plus d'un million et demi de jeunes français du contingent, dont j'étais, sont allés en Algérie et que trente mille ont perdu la vie à 20 ans !!!
J'y pense souvent !!!
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Le 2 novembre 1960 6H30 – Brunoy, la gare, le train pour la capitale, je connais le trajet bien sur c'est celui de chaque matin cinq jours par semaine pour aller travailler à la Compagnie d'Assurances mais aujourd'hui c'est juste un peu plus tôt !
Paris, il n'est pas encore 7 heures, la grisaille, le métro, la gare Saint Lazare, le train de nouveau et Courbevoie... 7 heures 45 la caserne d'incorporation.
De suite un accueil à la baguette, il faut que nous soyons « au pas » il est vrai que nous sommes certainement pas loin d'un millier alors discipline, discipline !
-Vous allez au fourrier ! -oui bien sur et c'est ou? - Voyez pas c'est ou il y a la file qui attend ! - A oui suis-je bête je vois merci monsieur...
-Non c'est sergent !
-Oh pardon merci SERGENT !
L'on entre dans le bâtiment civil propre sur soi et l'on ressort militaire ceux que je vois sortir sont assez égarés... ils ont un grand sac – j'apprendrais à l'appeler paquetage - il sont devenus militaires avec pour beaucoup des larmes sur les joues !
Et toi -Tu mesures combien ? - 1, 75 mètre... - Et ton poids ? - 72 kilos... 2 minutes et… - tiens ça va t'aller et tu fais attention car ce sera ta deuxième tenue tout long de ton «séjour». Et bien une fois habillé «militaire» mes affaires de civil sont pliées, réduites dans un sac en jute de 50X20 cm et ma mère, lors de la réception du «colis», à mis l'ensemble à la poubelle !
Comme les autres, lorsque je redescend les marches j'ai le même regard vide et les joues bien mouillées !
Le temps passe et je n'ai gardé aucun souvenir du repas de midi (était-ce ma première ration E ? (Et d'ailleurs j'en reparlerai bien sur de cette ration E)
Des bribes de discussion entre nous, en déambulant, avec déjà des infos...
– j'apprendrai plus tard que c'est « radio caserne », que je retrouverai souvent sans savoir très bien comment ça fonctionne (?)-
... nous allons être scindés en deux : un groupe partira pour l’Allemagne et l'autre directement en Algérie !
Chose entendue chose faite un peu plus tard... chacun de nous est appelé par ordre alphabétique groupe de gauche ou groupe de droite -pour moi le groupe de droite- un long moment pour que nous soyons tous affectés dans l'un ou l'autre des groupes.
Le 2 novembre 1960 19 H – Je suis dans le premier groupe à embarquer encadré par des hommes en armes ... des camions, des motards, des voitures de police, sirènes hurlantes feux rouges grillés ... et je reconnais le parcours nous arrivons à la gare de l'Est !
-OUF pour nous ce sera l’Allemagne !!!-
La traversée de la gare est faite en courant entre deux rangées de militaires serrés, armés et qui ont coupé la gare en deux mais enfin est-ce que nous sommes des pestiférés ou des criminels allons nous recevoir des pierres ?
J'apprendrais plus tard la raison: des manifestants avaient très fortement perturbé les précédents embarquements.
Le 3 novembre 1960 7 H – Gare de TREVES (en allemand TRIER), nous avons mis 10 H pour un
parcours d'environ 330 km, mais après tout nous étions dans un train confortable, chauffé et 8
par compartiment de 8 places, le grand luxe !
Le 3 novembre 1960 10 H – Le CIDB « Centre d'Instruction Divisions Blindées» une immense
«usine» à former les militaires pour que les Cavaliers que nous sommes devenus (car les
blindés c'est la Cavalerie) nous puissions assumer le fameux «maintien de l'ordre en
Algérie» puisque ce n'est pas une guerre.
Il faudra bien bien temps avant que le mot « guerre » soit officiellement reconnu .
La Cavalerie !
Les «3, 4, 5 novembre 1960 - Je suis affecté au peloton transport, je suis trop grand pour être
pilote d'un CHAR AMX ou d'un EBR (Engin Blindé de Reconnaissance « Panhard » mais j'en
reparlerai de ces engins de guerre) !
Nous sommes, des « bleus » dans notre chambrée composée de cinq recrues et d'un Brigadier
(privilège de la Cavalerie l'on ne dit pas Caporal mais c'est le même grade) et malgré nos
différences et nos lieux de vie très vite nous serons et resterons parfaitement soudés. Souvent
nous nous aiderons car beaucoup de choses sont à faire et à savoir tout au long de près de
quatre mois dits de « classes » chacun apporte ses connaissances et cette aide que nous nous
apportons les uns les autres fut un bien très précieux !
Au cours de ces premiers jours nous faisons l'apprentissage des règles, des obligations, des
sites...Notre recevons notre parquetage complet avec la 1° tenue déjà faite mais neuve et
parfaitement choisie pour être adaptée comme « sur mesure » (nous sommes en Allemagne
nous devons avoir fière allure), 2 treillis et des «Rangers», chemises, sous-vêtements, enfin tout
ce qui est nécessaire sans oublier la gourde avec le quart emboîté, les casques lourd et léger !
Et voilà un parfait « p'tit Cavalier » !
(A suivre)
le 26/01/2026 à 18h52
Coucou et j'ai hâte de connaître la suite
le 26/01/2026 à 20h07
Merci
le 27/01/2026 à 15h01
De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) (2)
.....
Et voilà un parfait « p'tit Cavalier » !
6 novembre 1960 – 1°dimanche le déjeuner est amélioré et rien à faire alors lorsque c'est le cas on «coince la bulle », en ayant bien vite la certitude que chaque fois que ce sera possible on ne passera pas à coté !
7 novembre 1960 – Ce 1° lundi nous avons quelques inquiétudes « radio caserne » dit que cette première journée ne sera pas facile surtout avec le tas de charbon ! - Oui et alors c'est quoi ? -
Vous verrez, vous verrez !
-Déjà la première piqûre DTTAB !!!
L'on sait que chaque jour de la semaine sera divisé en deux: une ½ journée manœuvres et une ½ journée apprentissage pour devenir chauffeur VL/PL, plutôt content car les permis militaires seront transformés en permis civils B (VL) C (PL) et même D (transport en commun).
9 heures ce lundi casqués, armés de fusil « Garand », nous remontons la piste bétonnée sur
quelques centaines de mètres et nous découvrons ce fameux « tas de charbon» en fait, des
milliers de tonnes de charbon ont été stockées par les allemands et il n'en reste que quelques
dizaines de centimètres sur cette pente très raide qui se termine dans un ru, le dénivelé est certainement d'une cinquantaine de mètres. La descente se fait au pas de course passage du ru et remontée d'une petite butte pour découvrir des champs... nous soufflons !
Ces quelques hectares seront notre champ de manœuvres et déjà les rudiments nous sont
appris !
Le retour se fait par le même chemin et les difficultés commencent : la montée se fait aussi au pas de course et si nous sommes quelques uns à nous retrouver sur la piste cimentée mais avec le souffle cours et les jambes molles beaucoup sont encore au milieu aidés par les moniteurs surtout que le fusil bien sur est un handicap très important.
Le retour jusque notre bâtiment se fait en rang par deux au pas cadencé le fusil sur l'épaule !!!
Fusil remis à l'armurier la rentrée dans la chambre c'est le bonheur et la grande ½ heure avant le repas nous voit tous allongés sur nos lits !
14 heures la FRAC « Formation Rationnelle et Accélérée des Conducteurs » l'atelier pour le
matériel roulant « JEEP, GMC (Général Motors Corporation), et FORD » et tout de suite les mains dans le cambouis !

GMC

FORD
Voila c'est notre première journée type, nous allons en avoir quelques dizaines pendant les 3
mois ½ de classes avec aussi « l’apprentissage des armes » - démontage et remontage
chronométré d'un P.M. « Pistolet Mitrailleur » également du fusil « Garand » - mais aussi séances
de tir à balles réelles et puis les marches de jour et de nuit 15 et 30 kilomètres avec les armes et
le «barda», les embuscades, les camouflages, les plongeons dans la boue amortis par la crosse
du fusil, resté dans ma mémoire, ce que criait notre Capitaine «- Je veux entendre les bruits de
crosse qui frappent le sol (pas facile dans la boue ), il faut seulement 20 heures pour faire un fusil et il faut 20 ans pour faire un homme (sic) ! »
Cette partie de formation se faisait sur la moitié de chaque journée.
Et l'autre moitié ? La spécialisation, en salle les moteurs, les éléments d'un véhicule, simulation
de conduite puis conduite sur l'un des circuits intérieurs avec moniteur (de toute façon à l'armée
il est obligatoire d'être deux, un conducteur et un chef de voiture) en JEEP , en camion GMC (ils
avaient fait la guerre de 39/45 puis l'Indochine et...changer les vitesses était un « sport de force»
à grands coups de mains, voir de pied) et aussi en FORD (avec eux le changement de vitesse
c'était à 3000 tours et avant ou après impossible) moi j'aimais bien mieux les GMC !
Aussi, à savoir pour les permis l'apprentissage du code de la route c'est du par cœur et
attention le changement de roue d'un GMC doit se faire en moins de 5 minutes !
Puis au fil des semaines convois sur les routes ouvertes à la circulation alternativement avec les
3 véhicules avant les épreuves pour ce fameux permis VL/PL.
Ah oui pour reparler du tas de charbon ! Dès la 2ème ½ journée à l'extérieur et pour le retour
depuis le champ de manœuvres - l'aller se faisant en descendant le tas de charbon - il nous a
été proposé de rentrer par la ville au lieu de ce foutu tas de charbon mais au pas bien sur et fusil
sur l'épaule acceptation totale et entière du peloton.
O.K. : rectifiez la position, - secouez vos treillis - en rang par deux - fusil sur l'épaule – soyez
fiers - nous sommes l'Armée Française sur le sol allemand - en avant harche *
(* marche)
« hom **(** une) deux en chœur
« Les cavaliers partent pour l'aventure
Soleil couchant les salue
Chez l'ennemi la vie sera très dure
Pour ceux qui pillent et qui tuent.
France ô ma France très belle
Pour toi je ferai bataille
Je quitterai père et mère …..»
Et puis l’entraînement intense - même pour les moins physiques – fait que très vite le retour se
fera par le tas de charbon afin de pouvoir gagner une ½ heure de repos supplémentaire en chambre avant le repas.
12 novembre 1960 -Voila la deuxième piqûre DTTAB!
le 27/01/2026 à 16h47
Je lis avec beaucoup d’intérêt et ai déjà hâte de découvrir la suite.
Merci
le 27/01/2026 à 20h02
Eh bien ! Quel début rythmé ! Vivement la suite pour savoir comment tu l'as vécu ! Merci
le 28/01/2026 à 09h47
vivement la suite...
et je ne manquerai pas de l'imprimer (pour moi) pour pouvoir le relire tranquillement.
le 29/01/2026 à 13h11
Bravo et merci
Je me permets de te donner cette référence d'un livre que je consulte très souvent et qui me permet, autre autre, de remettre les idées de certains en place.
LES OUBLIES DE LA GUERRE D'ALGERIE (dossiers restés secrets) de Raphaël DELPARD Ed. Michel LAFON)
Il s'agit d'un cinéaste, romancier et ce livre est le 3ème qu'il ait écrit - travail de mémoire entrepris sur l'Algérie... Si tu regardes sa filmographie tu y verras ses chefs-d'oeuvre.
Je suis convaincu que ce livre d'intéressera car il parle des appelés du contingent sans fausse honte ni pudeur.
Grand merci pour ta publication et nous attendons la suite. Bravo !
le 29/01/2026 à 15h12
Bonjour,
Merci à vous
Merci
Allons je m' y mets
le 29/01/2026 à 15h41
De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) (3)
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16 novembre 1960 – J'ai 20 ans aujourd'hui et ce mercredi a été une rude journée avec une matinée de manœuvres dans une belle boue et un après-midi de convoi extérieur en Jeep avec au retour démontage/nettoyage/remontage des pièces de moteur !
Le soir une « petite mousse» et quelques gâteaux, discrètement avec les copains de chambrée. Bon anniversaire Dominique !
25 décembre 1960 – NOËL nous avons tous fait appel aux familles les ...repas.... seront bien festifs ... bien arrosés ... et le 1° janvier 1961 suivra le même chemin avec allégresse !
16 janvier 1961 – Je reçois mon permis de conduire appelé « brevet militaire » VL (Véhicule Léger) n° .... il sera validé le 28 avril 1961 et PL (Poids Lourds) n°....A qui lui sera validé le 19 décembre 1961. Ils seront transformés en permis civils B,C,E le 4 février 1963 auxquels sera ajouté le permis D (Transport en commun de Personnes).

22 février 1961 – Pendant ces presque 4 mois en parallèle à la formation militaire sur le terrain, aux séances de tir, à la conduite VL/PL, à l'apprentissage du matériel et du code de la route j'ai suivi le peloton afin d'obtenir le CA1 (Certificat d'aptitude 1).
La chose fut faite, partie commune obtenue, elle sera validée le 22 février 1961. (Je serais nommé à l'emploi de 1° classe puis nommé au grade de Brigadier (équivalent de Caporal) un peu plus tard).
Il me fut fortement (et même fermement ...) proposé de suivre le CA2 pour devenir "Maréchal des Logis" (équivalent de Sergent) mais mon choix était fait de ne pas devenir sous-Officier.
22 février 1961 - 1° « perm » retour en France pour une petite semaine Pas vu le temps passé pendant cette semaine !!! Et c'est déjà le retour au CIDB pas pour longtemps juste le temps de faire mon paquetage (le barda ) puisque depuis le 20 février je suis affecté au 24° Régiment de Spahis.
1° mars 1961 – Je rejoins mon corps, le 24° Spahis à PFORZEIM toujours en Allemagne mais cette fois tout au nord de la forêt noire à mi-distance entre Strasbourg (F) et Stuttgart (A).

10 mars 1961 – dès mon arrivée je trouve ce Régiment plutôt plaisant, j'ai juste le temps de prendre mes marques, mon « Logis » et mes nouveaux vêtements supplémentaires : calot rouge ceinture de parade en tissus rouge de 20 cm de large - il faut être deux pour la mettre en place sous le ceinturon - et cape réversible blanche/bleue.
Nous sommes un Régiment dit d’élite et, pour me mettre tout de suite dans le bain, je suis choisi en raison de ma taille pour participer à une prise d'armes dans le cadre de l'OTAN !

Bon allez, je raconte cette véritable épopée :
direction « Karlsruhe » à environ 35 kilomètres de Pforzeim nous sommes 25 répartis dans 2 GMC, avec les capes entassées au fond sur la roue de secours et les rations E1 pour le déjeuner (oui, j'en reparlerai des rations, promis) !
Bien sur que peut-il arriver ? Et oui, vous avez deviné ... crevaison sur le 1er GMC capes au milieu du GMC roue changée nous repartons avec « un peu » de retard ! Arrivée sur les lieux, les américains sont prêt, en tenue très seyante quelle fière allure, ils nous regardent descendre de nos GMC, eux qui sont à coté de leur car propres comme des sous neufs, avec un petit sourire un peu... passons !
Les Anglais sont déjà en rang, nous faisons au mieux (nous n'avons jamais défilé ensemble !) tout en nous mettant aussi en rang le lieutenant qui nous dirige indique que nous sommes prêts !
« Forward forth » et grande débandade, heureusement que nous sommes en troisième position, car après cet « en avant marche » il y a un temps pour rien à priori absolument inconnu de notre lieutenant.
Nous nous remettons au pas et le parcours se fait au mieux sans trop de difficulté.
Midi trente nous sommes invités pour notre déjeuner à nous rendre dans un des self-cantine, il nous est indiqué de nous mettre au fond sur des tables vides.
Les américains et les anglais passent avec leurs plateaux, un nouveau petit sourire de compassion sur les lèvres, ils auront la gentillesse de nous offrir des cafés ce qui ajoutera un plus à notre colère honteuse !
Avant d'écrire sur la 2° partie de cette journée quelques mots sur cette fameuse « ration E » que je retrouverai d'autres fois- E pour européenne, il existait aussi une « ration M»... sans commentaire ! Prévue pour 24 heures elle est composée de café poudre, chocolat, sucre, lait en boite, boite de sardines, boites de «singe » (corned de beef), fromages, gâteaux secs, cigarettes, allumettes et...
1 préservatif (1seul pour éviter les excès) !!!
Forcément j'en oubli il devait y avoir aussi des légumes lyophilises (?) . Elle existe toujours mais semble extrêmement améliorée cette ration E !
Revenons à la prise d'armes : nous avions une heure avant le défilé, alors tranquillement nous avons attendus.
Les anglais sont arrivés « sapés comme des ministres » puis les américains ont suivis , arrivés en cars 12 dans chaque car, debout, dans un uniforme éblouissant- le matin ils étaient certainement en treillis (?)- avec des fusils MAS 36. Alignement les crosses des fusils frappant le sol rang par rang 'tac tac tac' impressionnant tout ça oui bon, bon, ça va...
C'est bien et nous les français?
Nous avons fait au mieux avec un alignement parfait en faisant très attention à ce que nos PM 49 (Pistolet Mitrailleur modèle 49) soient parfaitement horizontaux et... en nous tenant le plus droit possible nous sommes partis parfaitement au pas malgré le temps pour rien !
Après la prise d'armes, des américains sont venus nous saluer et nous expliquer qu'ils étaient « professionnels des défilés » ils ne faisaient que cela !
Même si, au retour dans nos camions nous avons rit de cette « aventure » cela restera, pour les copains et pour moi, un bien mauvais souvenir.
(A suivre)
le 29/01/2026 à 19h42
merci
t'inquiète pas j'ai du papier pour imprimer...
le 29/01/2026 à 20h36
Bonsoir Dominique,
je viens de lire avec beaucoup d'intérêt ton récit qui me fait penser à ce qu'ont vécu les hommes de cette génération: mon mari, mon frère,
Merci, à bientôt pour la suite
le 30/01/2026 à 07h18
Aaah les coquins de militaires qui se sont bien moqués de vous ! ...en même temps, s'ils ne servaient qu'à faire des parades, pas grand intérêt, tandis que vous,vous aviez celui d'être fin prêts en cas de conflit !
le 30/01/2026 à 19h07
Merci à vous pour vos Smiles et commentaires
De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) (4)
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Mars 1961 - travail habituel comme chauffeur de divers véhicules- jeeps -GMC- mission de récupération dans d'autres régiments, approvisionnement de matériel.
Aussi ma propre formation à l'usine Mercedes pour les nouveaux UNIMOG que nous venions de recevoir.
Une grande avancée avec ce camion et un moment très agréable avec un traducteur, il valait mieux pour nous !

LA NOMADISATION POUR L'ALGERIE
3 avril1961 - manœuvres de « nomadisation », pour apprendre la vie militaire en mission !
Douze jours à l'extérieur, avec manœuvre dans les villages pour apprendre à progresser à couvert ... dans la nature pour apprendre à se servir de l'environnement ... a deux sous la tente -chacun possédant une ½ tente, alors bien sur l'on en accroche deux ensemble- et l'on change de lieu tous les 2 ou 3 jours …
c'est, nous dit -on, la préparation pour l'Algérie !
«-Et les repas ? -La « roulante » c'est très souvent un peu du « rata » mais c'est chaud !-
Et la toilette? -Quelle toilette ? Ah si pardon, une douche le 6° jour : descente au corps en GMC,
«les douches: Vous avec 10 minutes !»
Et promis dans mes souvenirs je garde encore le plaisir de l'eau sur ma peau. 


14 avril 1961 – retour à la caserne ce vendredi matin et super, un W.E. De récupération avant le lundi et la reprise du quotidien
Ce sera une semaine un peu animée puisqu'il est prévu dimanche 23 avril jour de la Saint Georges, patron de la Cavalerie (« Par Saint- Georges vive la Cavalerie !») une opération portes ouvertes aux civils allemands avec jeux et stands.
Il faut que tout soit impeccable, rutilant, décoré et que nous soyons ouverts et souriants !
LE PUTSCH DES GENERAUX
21 avril 1961 - Un rappel des événements, quatre Généraux français, Raoul Salan, Maurice Challe, Edmond Jouhaud et André Zeller refusent que l'Algérie devienne indépendante et comme ils s'estiment trahis par le gouvernement, qui mène des négociations tenues secrètes, ils fomentent un coup d’État afin de prendre le contrôle de la ville d'Alger.
Radio-Alger diffuse un appel très clair pour le soulèvement contre Paris.
22 avril 1961 -Au milieu de la nuit les paras du 1° Régiment Étranger de Parachutistes (REP) investissent les points stratégiques d'Alger -Gouvernement Général, Aéroport, Hôtel de Ville, Préfecture...- les Généraux non putschistes sont placés en résidence surveillée ou arrêtés.
Radio -Alger devient Radio-France, l'OAS (Organisation Armée Secrète) effectue le lien avec la population civile et l'état d'urgence est décrété en Algérie .
(A suivre)
le 30/01/2026 à 20h42
Sans être indiscrète
le 31/01/2026 à 14h59
Bonjour,
Merci
Pour te répondre Betty il faut se rappeler que nous sommes en 1960 pas de téléphone mobile (Je pense aujourd'hui que c'était beaucoup mieux !!!)
Le courrier (écrit chaque jour pour beaucoup dont j'étais) avait une extraordinaire importance .
Pour nous deux, Madame Dom et moi, les presque 4 mois de classes furent assez difficiles mais le plaisir de se retrouver d'autant plus intense !
Après? les perm' de 36 ou 48 heures ( du vendredi au dimanche soir ou au lundi matin) ont été très fréquentes et puis ... Mais chut ... attendons la suite
le 31/01/2026 à 15h28
De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) (5)
OPERATION «PORTES OUVERTES»
23 avril 1961 - Une journée difficile cette journée portes ouvertes avec des sourires aux visiteurs allemands, des jeux, des démonstrations avec les EBR et autres.
Le tout avec dans nos têtes et dans nos discussions bien d'autres « chats à fouetter » nous suivons tous, sur les transistors depuis deux jours, les événements d'Alger.
Et voilà le bouche à oreille de « radio caserne » qui fonctionne : nous allons nous préparer cette nuit pour être à disposition, nous sommes « Régiment d’Élite » donc en première ligne !
La journée portes ouvertes était prévue jusqu’à 19 H30 l'ordre nous est donné à 17 H de fermer la caserne et de remettre en état des locaux du régiment.
20 heures – bien qu'épuisés nous sommes tous silencieux l'oreille collée aux transistors Le Général de Gaulle prononce son message radiotélévisé il est, mais nous ne le verrons que plus tard, en uniforme.
Son message est sur un ton autoritaire et c'est une condamnation sans nuances du putsch !
EXTRAITS DU MESSAGE PRESIDENTIEL.
« Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire…ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite…ce quarteron possède un savoir-faire expéditif et limité…leur entreprise ne peut conduire qu'à un désastre national...Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis : tous les moyens, soient employés partout pour barrer la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire.
J’interdis à tout Français et, d’abord, à tout soldat d’exécuter aucun de leurs ordres...
Devant le malheur qui plane sur la Patrie et devant la menace qui pèse sur la République, ayant pris l'avis officiel du Conseil constitutionnel, du premier ministre, du président du Sénat, du président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de mettre en œuvre l'article 16 de notre Constitution !
(rappel : l'article 16 de la Constitution de 1958 permet au président de la République d'exercer seul les pouvoirs exécutif et législatif sur une durée limitée).
A partir d'aujourd'hui je prendrai, au besoin directement, les mesures qui me paraîtront exigées par les circonstances...Françaises, Français, voyez où risque d'aller la France, par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir.
Françaises, Français, aidez-moi ! »
AU 24 ème SPAHIS
20 heures 30 – réunion prévue pour nous les soldats de l'ECS (Escadron de Commandements et Services) avec un langage par très clair du Capitaine « nous devons nous tenir prêts à intervenir pour les uns ou les autres...» ce qui donne lieu à un grondement général, les soldats du contingent que nous sommes sont fidèles au Président de la République le Général de Gaulle!
« radio caserne » murmure que nous allons intervenir !
22 heures – Sans surprise nous sommes informés : «Alerte en 3 heures», ce qui veut dire que dans 3 heures tous les Escadrons doivent être prêts à partir.
Nous avons 3 heures pour faire notre paquetage de campagne, préparer les véhicules : Jeeps, camions, EBR, aller chercher les armes et les munitions (cette fois ci les munitions sont réelles !!!)
Aucun d'entre nous ne rigole !
c'est pas beaucoup mais nous savons le faire, nous l'avons déjà fait deux fois en exercice ( mais avec des munitions à blanc) !
« Radio caserne » nous prévient, nous sommes un régiment fidèle et nous allons partir sur ordre de la Présidence de la République.
UN ALLER ET RETOUR EN FRANCE.
24 avril 1961 -Il est passé minuit et « Radio caserne » confirme : Le régiment part cette nuit pour aller occuper les aéroports parisiens puisque les « paras » doivent sauter sur ces derniers pour prendre le contrôle de la capitale !
Le 1° Escadron prend la direction de Strasbourg à 3 heures. Notre Escadron l'ECS lui prend le départ à 4 heures, l'autoroute allemande est fermée à la circulation civile et nous est réservée.
Nous passons la frontière et traversons Strasbourg il est juste un tout peu plus de 6 heures les strasbourgeois ont déjà vu le 1° Escadron passer ils sont très fermés envers nous et... la chance nous sourit, alors que le convoi avance lentement dans les rues, les radio commencent à annoncer que des troupes fidèles au Général de Gaulle et venant d'Allemagne traversent la frontière pour aller occuper les aéroports parisiens ...
Oui et alors ?
Merci les strasbourgeoises et les strasbourgeois : en quelques minutes c'est un déluge de café (chaud !) de viennoiseries, de pains, de chocolat... Un sacré bon souvenir !
Un train, qui était déjà en attente, nous permet d'embarquer les véhicules sur les wagons plate-forme.
Départ dans la matinée et...Stop à Lunéville, à environ 100 kilomètres de Strasbourg, dès la fin de matinée.
Nous allons rester en place 48 heures en attente avec, la aussi, la sympathie des lunévilloises et des lunévillois qui, par dessus les grillages, nous fournissent du pain frais et des bières.
25 avril 1961 - Le général Challe intime aux chefs des unités ayant participé à la tentative de coup d’état de regagner leurs cantonnements. Tout est fini.
Chemin inverse pour nous c'est le retour jusqu'au 24° Spahis à Pforzeim. Échec du putsch mais bien évidemment l'article 16 va rester en vigueur pour quelques mois ce qui va permettre de mettre en place toutes les réformes prévues par le Général de Gaulle.
Reste pour moi de cette « aventure » un sentiment extrêmement désagréable : celui d'avoir été «manipulé et trompé », comme tous les appelés et les officiers, par la Présidence de notre pays qui, dit-on (?) était avisée par les R.G. -Renseignements Généraux- des tractations des Généraux putschistes et qui a pris le risque de laissé faire afin de pouvoir prendre les pleins pouvoirs.
Mais après tout n’étais-ce pas le meilleur moyen d'accélérer la mise en place de tout ce qui était prévu par le Général (?)
26 avril 1961 - … Le 24° Spahis, les copains et moi nous reprenons notre calme !
le 01/02/2026 à 08h10
Lecture haletante, j'avais l'impression d'y être ! Merci Dom pour ceci et de ta réponse.
le 01/02/2026 à 17h45
De l'Allemagne à l'Algérie (1960/1962) (6)
Comme promis et, avant de continuer mon périple, quelques détails sur l'EBR (Engin Blindé de Reconnaissance).



Créé 1949 l'EBR, ce véhicule/char à roues français de Panhard et Levassor, équipe dès 1950 l'armée française, il le restera jusqu'en 1980 (près de 1200 seront construits).
Il sera fortement utilisé au cours de la guerre en Algérie.
Son moteur de 250 CV est un 12 cylindres refroidit par air montés en «flat-twin ( jumeau à plat)» logé sous la tourelle.
Il peut atteindre près de 120 km/h sur route.
Aux quatre roues normales (mais blindées) sont ajoutées 4 roues métal qui sont amovibles lorsqu’elles sont descendues elles permettent à l'EBR de rouler dans le sable comme dans la boue à 30 km/h.
Il est servi par quatre hommes : un pilote de chaque coté un tireur et un chef de char.
Son armement est constitué d'un canon de 90 mm de quatre mitrailleuses de 7,5 mm : une coaxiale une pour chaque pilote et une pour le chef de char. Aussi il possède (sur les cotés de la tourelle quatre pots fumigène) afin d'avoir le temps d'effectuer le...
...«Stop inverseur» indiqué par le chef de char il faut alors moins de 10 secondes ( avec deux pilotes qui se connaissent) pour qu'il repart en sens inverse.
C'est un EBR, sans sa tourelle, qui a transporté le cercueil du général de Gaulle à Colombey-Les-Deux-Eglises.
(A suivre)
le 01/02/2026 à 19h45
Merci
J'ai rattrapé un peu mon retard, plus que le 31 et le 1er à découvrir.
le 02/02/2026 à 15h04
Merci
Puisque tu étais en métropole encore au moment du putch des généraux, j'étais encore en Algérie. Mon père et un oncle faisaient partie de l'OAS et je me souviens parfaitement de ce jour où les généraux ont pris le pouvoir du gouvernement d'Algérie, sans grand illusion toutefois mais on y croyait.
Ma mère était dans l'inquiétude de voir mon père partir et c'était toujours pour elle la dernière fois....
Le soirr, avec un copain voisin, nous passions d'appartement en appartement, de maison en maison, pour récupérer des rations qui étaient destinées aux combattants de l'OAS. On devait se jouer des gardes mobiles qui patrouillaient dans les rues bien souvent sombres.
Quant aux aéroports de métropole qui étaient gardés par l'armée sur ordre de Debré ministre de l'intérieur, il redoutait l'arrivée des bérets rouges sur Paris pour prendre la capitale
Je te rends la plume et merci encore.