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L'Espagne du Nord au Sud. : discussion

Oss
Oss le 05/09/2017 à 16h37
Dimanche 3 septembre - 7 h 30. La ville dort paisiblement. A l’Est, le ciel rougeoie. La voiture est prête, chargée depuis la veille. Il y a de la place encore dans le coffre. Pour un sac ou une petite valise ou pour les souvenirs que je vais ramener et que je distribuerai à mes enfants, les petits-enfants, les voisins. Hier soir, avant de me coucher, j’ai longuement revu la carte et mon itinéraire. J’ai voulu marquer les points d’arrêts, pour refaire le plein d’essence, pour me reposer. Mais je me suis ravisé laissant à la Providence le choix de ma route. Certes, je sais par où je souhaite passer mais les arrêts seront aléatoires.

Dans mes bagages, j’ai opté pour des vêtements légers avec, en option, une « petite laine » pour la fraîcheur du soir, s’il y en aura ; l’imprévu prévisible… cher au pédagogue. J’ai également pensé à prendre une trousse de premiers secours que je me suis constitué : de l’homéopathie, de l’éosine, des pansements alcoolisés, de la crème solaire et quelques tubes et onguents pour pallier aux petits bobos occasionnels.

Je viens de faire mes casse-croûtes. Rien d’exceptionnel : jambon beurre, fromages, des noix et des bananes. De l’eau bien évidemment. J’ai bien enveloppé les sandwichs dans du film et entouré d’albal. Je ne mets jamais d’albal directement au contact des aliments pour éviter l’oxydation de ceux-ci par l’aluminium. C’est dangereux pour notre santé. J’ai pris également du Sopalin et des mouchoirs en papier.

Je suis prêt. J’ai contrôlé la fermeture des fenêtres et des portes intérieures, je ne sais combien de fois ! Un regard circulaire dans la pièce principale, une photo que j’embrasse, un pincement au cœur car, mine de rien, je vais faire un sacré et long voyage en voiture. J’enlève le bouchon d’un tube de vitamine C et je croque lentement un cachet. On boit toujours soit du café, soit du thé pour faire un long trajet mais on ne pense jamais à la vitamine C. Pourtant, c’est le meilleur remède contre la fatigue et la somnolence. Le café reste dans l’estomac, donne des brûlures, lorsque l’on est assis pendant de longues heures. Tandis que ce cachet que je prends (500 mmg), me convient tout à fait. J’en prendrai un autre à l’étape de midi.

Je tâte la poche de mon pantalon pour m’assurer que mon téléphone y est bien présent. Je me suis déjà assuré que mon ordinateur portable et ses câbles étaient bien rangés dans ma valise. Je ferme la porte d’entrée, vérifie sa fermeture en appuyant sur la poignée. A l’Est, le ciel se pare de couleurs rougeâtres. Le ciel est un peu nuageux.

J’approche de ma voiture, le clac sonore me prévient qu’elle vient de se déverrouiller. Je monte, j’ai le cœur qui bât la chamade. Pourquoi ce trac ? Je boucle ma ceinture et j’appuie sur le bouton START. Elle démarre. J’appuie légèrement sur la pédale de l’accélérateur, le frein à main se débloque et la voiture s’ébranle lentement, doucement comme pour me dire : « Ok, nous partons mais respectons les consignes de vitesse ! ». Je ne me soucie plus du passage des vitesses. La voiture est automatique. Le confort !

Je ne suis pas vraiment seul dans la voiture. Maria est à mes côtés ; Maria Grazietta, Pétula, Sidonia. Elle m’indiquera le chemin… Je l’ai programmée. J’aime bien Maria. Quelquefois je la trouve un peu trop autoritaire. Il lui arrive également de se perdre et de rechercher l’itinéraire. Bon, je l’avoue, c’est toujours moi le fautif.

Saintes s’annonce déjà. Je prends l’autoroute, direction Bordeaux. Le ciel s’encombre de lourds nuages… Il n’y a pas grand monde en ce dimanche matin. Je me détends. Je suis bien. Je pars pour l’aventure.

8 h 25. Je viens de passer le péage de Virsac et je rejoins le périphérique bordelais. Les 33 du coin font fi de la vitesse imposée et freinent violemment à l’approche d’un radar signalé. Je garde mes distances… D’autant plus qu’il se met à pleuvoir ; de larges gouttes de pluie frappent mon pare-brise. Les essuies glaces dansent… On dit que Bordeaux est la citerne de la France !

Bientôt j’aperçois le panneau Arcachon – Bayonne. Maria veille et me guide. La circulation est plus dense. Il y a encore des vacanciers qui suivent la même route que moi et d’autres qui remontent vers Paris, le cœur gros sans doute… J’ai connu cela !...

8 h 50. J’ai quitté Bordeaux. L’autoroute est gratuite. De part et d’autres quelques vignes puis les pins prennent le relais. Je suis dans la forêt Landaise. Je connais bien cette portion de route car je me rends souvent dans de la famille près d’Arcachon. Au-delà, ce n’est pas vraiment l’inconnue pour moi car nous étions allés à San Sébastien, il y a… Mon Dieu ! Tant que ça !

10 h 45. J’arrive à Bayonne. J’ai repris le péage peu après Labouhyere. Au péage de Saint Jean de Luz, je m’arrête sur une aire. Je cherche de quoi soulager ma vessie. Aucun bâtiment prévu à cet effet. Il y a des travaux partout. Un petit bosquet fera l’affaire… Je ne prends pas de parapluie, la pluie a cessé.

Une légère brume m’empêche de voir les Pyrénées. J’aperçois sur les flancs de colline de belles villas typiques du Pays Basque, blanches, aux fenêtres soulignées de marron, le toit large et pentu. J’ai une pensée pour Lutin. Tiens, Lutin n’a pas rentré son linge… Il va être tout mouillé ! Je passe un coup de fil à mes enfants pour leur dire que tout va bien.

11 h 40. Je roule pratiquement au pas. La frontière n’est pas loin. Depuis Bayonne, je me suis acquitté de 3 ou 4 péages. Je ne sais plus. Je regarderai mes tickets. Un rayon de soleil me permet de voir enfin le massif montagneux gorgé de vert, vert des champs et des jardins, vert plus profond des arbres. C’est beau, c’est magnifique. Sur ma droite, dans des trouées d’arbres, j’aperçois la mer puis je passe La Bidassoa. C’est également le nom d’un bateau de la Marine Nationale qui portait ce nom comme La Loire, La Garonne, l’Odet, le Rhône, le Rhin et d’autres encore… Je ne me souviens pas qu’il y eût un navire portant le nom de La Seine (???). Il faudra que je m’en assure.

Je passe Hendaye. Je suis en Espagne et au Pays Basque Espagnol. Je suis agréablement surpris par l’état de l’autoroute qui est magnifique et qui fait sa place dans les méandres du relief et… encore un péage pour prendre un ticket.

Ma vitesse est de 120 km/h, ce qui est le maximum en Espagne. Ma route se poursuit en passant, au moins, une bonne trentaine de tunnels de 100 m de long à plus de 3 km pour certains. De nombreux véhicules me dépassent à vive allure. Soudain l’un d’entre eux me fait une magistrale queue de poisson tandis qu’un autre me dépasse par la droite, toujours au-delà de la vitesse autorisée. Je lève le pied et je me demande si j’ai fait une erreur de conduite. Je me repasse les images de ce véhicule et je conclus que je n’ai commis aucune infraction au code de la route. Une animosité vis-à-vis d’un véhicule français ?

Le paysage que je traverse est moins « vert » que celui que j’ai laissé derrière moi mais tout aussi vallonné et montagneux. J’entre dans la province de Burgos, la ville de Burgos que je laisse sur ma droite. Je ne sais pas pourquoi je fredonne un air de la chanson d’Henri Genés : La Tantina de Burgos. J’ai préféré cet itinéraire que celui de Pamplona / Logron. Très vite, je vois que j’entre vraiment dans un autre monde. Certes, le paysage commence à changer, le vert de nos montagnes est derrière moi. Je me fais cette réflexion à chaque fois que je quitte la France. Après la frontière c’est encore nos paysages mais, les quelques villages qui apparaissent le long de l’autoroute n’ont rien de familier avec les nôtres.

13 h 00. Je roule depuis près de 6 h et je viens de parcourir un peu plus de 600 kms. Il est temps que je m’arrête. J’avise une station d’essence en bordure de l’autoroute. Je pensais qu’en Espagne je trouverais une station tous les 80 / 100 kms. Erreur de ma part. Il y en a tous les 30 / 40 kms voire moins quelquefois. De plus, l’essence est moins chère de 10 à 12 centimes. Une aubaine !

Je m’arrête. Température extérieure affichée : 29 °. Au départ de chez moi, ce matin, il faisait 13 °. Cela fait drôle en descendant de voiture… Je complète le plein. Je paye à la caisse en CB. Le préposé me rend ma carte et mon ticket. Je constate avec surprise que je suis pénalisé d’une taxe de 7 €. Je ne parle pas un mot d’Espagnol, sauf les mots d’usage courant : bonjour, bonsoir, bonne nuit, merci, je t’aime mon amour… Tant bien que mal je comprends que c’est une taxe pour utilisation de la carte bleue ! Un-scan-da-le ! J’ai comme l’impression de m’être fait arnaqué…

Je mange mes sandwichs en marchant. Je n’oublie pas mon autre cachet de vitamine C. Malgré ce que je viens de rouler, je suis en forme. Autour de moi, le paysage est plus sec. Quelques collines « douces » barrent l’horizon. Il est déjà loin mon chez moi ! Un SMS pour prévenir mes enfants qui m’encouragent en réponse et qui me disent qu’ils m’aiment. Il n’y a pas à dire, cela fait du bien au moral. D’autant plus que, seul malgré tout dans un pays que je découvre, je me pose la question de : « … et s’il m’arrivait quelque chose ici ? » Avant de partir je suis allé voir mon assureur pour lui parler de mon périple. La préposée m’a rassuré et donné toutes les démarches à suivre en cas de sinistre à l’étranger et, de plus, elle m’a dit : « Dommage que je travaille, j’y serai bien allée en Espagne moi ! ». « Ben, je vous attends, faites vite, je pars demain ! ». Seule Maria me tient compagnie… De même, j’avais demandé à la Sécurité Sociale ma carte vitale européenne. Je l’ai reçue la veille de mon départ et elle est valable 3 mois. Donc, tout va bien !

13 h 50. Je reprends la route. Madrid n’est plus très loin. Al'horizon devant moi, une barrière montagneuse se dresse : la Cordillère Centrale : La Guadarrama. Je grimpe à 1 450 m. La route est sinueuse mais toujours agréable. De nombreuses voitures me doublent à vive allure et je m’aperçois que ce sont de magnifiques voitures de marque allemande pour la plupart : X4, X5, Porche Cayenne, BMW série 5 et 6, Audi… J’avais bloqué mon limitateur de vitesse sur 118, mais je lève le pied par précaution car ils me font vraiment peur. Je crains aussi la Guarda Civile qui n’a pas bonne réputation…

Je passe la barrière montagneuse et je décide de m’arrêter à San Agustin des Guadalix sur l’aire d’une station d’essence en retrait de l’autoroute. J’ai la tête qui siffle. L’attention, la chaleur, la circulation ont eu raison de ma forme. Je rejoins la station service pour acheter une bouteille d’eau fraîche. Ola fais-je en entrant. Ola me fait une voix agréable. Je choisis ma bouteille et vais la payer. « Quanto fa ? » fais-je avec un sourire ravi. Mince, voilà que je parle en italien maintenant. Comment dit-on « combien je vous dois, en espagnol ? ». Je ne sais plus ! La belle brune à la caisse me dit : Que mas ? Ca, je sais ce que cela veut dire car je l’ai révisé en partant. Es todo fais-je d’un air supérieur montrant que je parle espagnol. Si elle savait…

15 h. J’ai les yeux qui papillonnent et une grande lassitude m’envahit. Ai-je bien fait d’entreprendre ce voyage seul ? Après Madrid, je m’arrêterai à un hôtel. Ce sera ma première étape. Comme je suis plutôt du genre « celui qui n’abandonne pas », cet arrêt me fera du bien et sera salutaire. De toute façon j’ai décidé de choisir un hôtel après Madrid, c'est-à-dire dans 150 kms environ.

15 h 30. Je repars.

16 h. Je suis dans la banlieue madrilène. De 2 voies, je suis passé à 3 puis 4 et même 5 voies. On m’avait prévenu au départ de la France de ne jamais rouler dans cette banlieue sur la voie la plus à droite car, il fut un temps où des bandits de grands chemins, se faisant passer pour des policiers, coinçaient les voitures étrangères sur cette voie de droite et les dévalisaient. Donc, je me suis placé tout le temps au milieu….

La banlieue est nappée d’un brouillard de pollution orangé ; je roule entre des barrières d’immeubles. Il y a énormément de circulation et on vous dépasse aussi bien à gauche qu’à droite et les clignotants sont souvent absents… Je suis habitué à la circulation de la région parisienne et même de Paris mais là, à l’instant, je suis crispé à mon volant. Maria transpire et j’ai mis sa voix à fond pour bien l’entendre. Mais c’est un chef ! Elle se débrouille à la perfection. La vitesse passe très rapidement de 120 à 100 puis 90 puis 70 pour remonter tout aussi rapidement à 100 puis 120, pour retomber à 70… Le yo-yo infernal. J’ai les yeux rivés sur Maria, les rétroviseurs extérieurs et celui de l’intérieur et j’ai les yeux en feu. Je me méfie de ma droite et des dépassements. Sur ma gauche, la voie en direction de l’Aéroport Madrilène se profile. A un moment, j’ai vu qu’il n’y avait personne derrière moi, ni sur ma gauche. Je mets mon clignotant pour doubler et je m’engage sans geste brusque. Un coup de klaxon m’avertit ; un regard dans mes rétroviseurs, il y a quelqu’un derrière moi ! Mais d’où sort-il ? Je me rabats aussitôt et je laisse passer l’abruti qui roule à vive allure en X5… Je m’en remets à Maria et la supplie de bien me guider. Ce n’est pas facile avec toute cette circulation, les panneaux qu’il faut lire et ma destination finale n’apparaît toujours pas ! Suis-je sur la bonne route ??? Maria, Maria, que fais-tu ???

16 h 20. Je quitte enfin cette banlieue depuis laquelle j’ai très peu aperçu Madrid. La circulation est plus fluide, le paysage plus doux et assez vallonné.

17 h 30. Je quitte l’autoroute à Puerto Làpice. Ouf ! dirai-je. Je suis vanné. Je sais que ce n’était pas prudent. L’hôtel El Puerto était signalé. Je me gare. Il y a des voitures garées devant l’hôtel. J’espère que je trouverai une chambre sinon, promis, je dors dans la voiture car je ne peux aller plus loin ! J’obtiens facilement une chambre pour 35 €. L’hôtel est très confortable, chambre vaste, climatisation, lit de 160, belle salle de bain carrelée : le pied ! Pardon : los pie ! Je prends une douche, finis mon reste de sandwich et banane, je me jette sur le lit. J’ai roulé un peu de plus de 10 h ; je me suis arrêté deux fois, je viens de faire 970 kms. Soudain, je pense à ma voiture qui est garée à l’extérieur de l’hôtel. Je rejoins la réception où le préposé me rassure en m’expliquant que je n’ai pas à m’inquiéter. Du moins, c’est ce que je comprends. Gracias señor, comprendo !

Je fais tout de même le tour de la voiture pour m’assurer que les portières sont bien fermées et que rien ne traîne à l’intérieur. Je remonte me coucher. Je suis vanné !

Bonne nuit (à suivre)
  • Elite
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Mababe
Mababe 05/09/2017 à 17h10

Te voilà cher oss en Espagne !!!
Merci pour ce joli récit de voyage, j'attends la suite avec patience

  • Équipe Justacoté
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Maliko
Maliko 05/09/2017 à 20h44

Avec impatience, tu veux dire, Notrebab's !! Ah voilà où tu es parti, petit cachotier ! Eh bien, quel périple ! Ah l''Espagne ! Sais tu que je m'y rend deux à trois fois par an ? Ben oui, c'est vrai que j'en parle souvent et Notrebab's y est allée aussi ,est ce que se sont nos commentaires élogieux qui t'ont donné envie de t'y rendre? En attendant la suite, repose toi bien et merci pour cette bonne surprise de nous relater ton voyage

  • Ambassadeur
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Dany80
Dany80 05/09/2017 à 20h49

Coucou oss, je viens de lire doucement ton récit, que j'ai suivi pas à pas et j'ai eu une drôle d'impression ...que je te tenais compagnie, tellement c'est bien "minuté", et j'assistais à tes faits et gestes...et partir seul faire un tel voyage me remplit d'admiration.... et j'attends la suite....

  • Ambassadeur
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Mababe
Mababe 06/09/2017 à 09h13

Non non chère maliko moi je préfère dire "avec patience", c'est un contre-courant que j'aime bien et en plus j'aime bien l'idée de cultiver la "patience"

Oui je suis vraiment contente que notre oss se régale en Espagne, j'ai bien hâte (avec patience ) de te lire concernant l'Andalousie !

  • Équipe Justacoté
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Maliko
Maliko 06/09/2017 à 09h31

Ah mais moi aussi je suis contre ( l'impatience ) mais toujours en courant !: D

  • Ambassadeur
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Oss
Oss 07/09/2017 à 10h36

Lundi 4 septembre – 8 h 00.

J’ai dormi comme un loir. Bon, ce n’est pas tout mais il faut que je me dépêche. Rapidement, je m’interroge : pourquoi faut-il que tu te dépêches ? Tu es en vacances non ? Il est vrai que certaines habitudes sont bien ancrées en soi et que, malgré tout, il est difficile de les faire passer. J’avoue que je suis ainsi, impatient…

Je viens de me doucher et me raser et j’ouvre ma valise pour changer de vêtements. J’avais pris la précaution de placer dans la valise un petit sac pour mon linge sale. Et j’ai même pensé à emporter un fer à repasser ! Je place ma chemise et mes sous-vêtements de la veille dans le sac et je déplie un polo. Horreur !!! Il a de grosses tâches rouges sur le devant et derrière !!! My God ! C’est quoi ce bintz ? Et je comprends de suite : l’é-o-si-ne !!! Je l’avais placée dans un sac avec les médicaments mais, à mon départ, ai-je bien vérifié que le flacon était correctement fermé ? Apparemment non ! Je poursuis mon investigation : un pantalon gris présente deux belle tâches sur le derrière, puis un autre polo, mon short de bain, un tee-shirt de marin tout neuf et, oh non, pas lui ! Un superbe polo rayé de bleu marine et de blanc, comportant sur la gauche de la poitrine un magnifique et large écusson doré de la marine vénitienne, cadeau de mes enfants parisiens ayant visité Venise. Je suis consterné et je me serais donné des claques tellement je suis vexé ! C'est tout perdu désormais ! Alors je me dis qu’il va falloir que j’investisse… ou que je lave mon linge sale, le soir, à l’hôtel. Le sac de linge sale se remplit… déjà !

9 h 00 - J’ai pris un excellent petit déjeuner, j’ai chargé la voiture et je reprends mon voyage. Je m’arrête un peu plus loin pour compléter mon plein d’essence. Je me présente devant la pompe à essence et vais décrocher le pistolet mais un préposé sort du magasin et me sert. J’avais perdu l’habitude… Il entame la conversation avec un esprit jovial mais je lui dis : « Sorry no comprendo ! ». Je mélange l’anglais et l’espagnol ! N’importe quoi ! Francese ? Si segnor. Je comprends qu’il me demande d’où je viens et si je lui dis de Rochefort, je n’ai pas fini de palabrer. Alors je lui dis : Bordeaux, en espérant qu’il connaisse ! Ses yeux très noirs rient et cela me donne le moral. Je suis content ! Il m’en faut peu n’est-ce pas ? Mais que voulez-vous, faire un voyage seul, le moindre échange verbal est important. Je paye et le gratifie d’une pièce. Il me regarde et me dit d’un air sérieux ! No segñor, Asta luego ! Belle leçon de modestie !

Je pars en traversant le village d’une propreté exemplaire, aux balcons fleuris, avec, ça et là une énorme barrique, puis un tombereau aux grosses roues à rayons de bois et les bras en l’air. Je passe une petite place pavée sur laquelle figure une petite église toute blanche. Les arbres de la rue perdent leurs feuilles. Il est vrai que l’Espagne souffre d’une terrible sécheresse et que des lacs de la région ouest se sont asséchés, laissant apparaître des villages engloutis. Un homme d’un certain âge est assis sur une chaise devant l’entrée de sa maison. Enfin, je pense qu’il s’agit de sa maison… Il me semble être dans un tableau de western…

Je quitte maintenant Puerto Làpice pour rejoindre l’autoroute qui est à 6 kms, à peu près. Je roule lentement pour jouir du spectacle de la nature qui joue devant moi et sur les côtés. Sur ma droite, une colline se baigne dans le soleil du matin et je vois, oh que c’est magnifique ! Tenez, avant que je vous dise ce que je vois, permettez-moi de vous lire ceci : « Il voit dans la moindre auberge, un château enchanté, prend les filles des paysans pour de belles princesses et les moulins à vent pour des géants envoyés par de méchants magiciens ». Vous avez sûrement deviné de qui il s’agit ! De Don Quichotte, ce pauvre hidalgo et ses moulins, de Sancho Panza préoccupé à se remplir la panse, Sancho Panza de la Mancha ! Et dans la Mancha, j’y suis ! La province de la Manche ! Je suis tout joyeux à la pensée de savoir que je suis dans cette belle province espagnole, en plein milieu du pays. Soudain, il me semble que le paysage s’illumine, se pare de mille couleurs. Sur la route, il me semble apercevoir des gens agitant une muleta rouge et criant sur mon passage : « Oooooolè ! ». L’ivresse du bonheur, la soif de liberté. Serai-je devenu Don Quichotte ? Oh que non ! Je suis moi-même, dans ma solitude mais également dans les souvenirs, les images qui défilent, les sourires qui fusent… Je mesure un instant ma chance de pouvoir rouler au gré des kilomètres et j’ai l’égoïste impression que tout m’appartient !

Je me revois en classe de 5ème, apprenant, en cours de français, ce magnifique roman de Cervantès, où dans un chapitre du roman, Don Quichotte, en pleine euphorie, poursuivait les moulins et je me prenais à rêver de les voir un jour ces géants espagnols ! Alors, les moulins sont là, sur ma droite, majestueux et fiers ! Et les collines qui m’entourent, possèdent leur moulin, tout blanc. La boucle est bouclée...
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9 h 30 – Je suis sur l’autoroute à deux fois deux voies séparées, entre les rails centraux, par des lauriers roses en fleurs. Et il y en a tout le long de ma route, ce qui donne un air méditerranéen à la route. Je constate que l’autoroute est gratuite désormais.
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Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit mais mes origines paternelles sont espagnoles et catalanes de surcroît. Alors, je me surprends à chanter à tue-tête des airs espagnols : Granada, la Belle de Cadix surtout. Bref, une joie m’envahit. Je me sens bien ce matin et l’Espagne est à moi ! Elle a des yeux de velours…

Je traverse une zone de collines – dos d’ânes majestueux - et de petites plaines bien sèches. Je suis dans le grenier de l’Espagne et dans ses oliveraies. Et des oliviers j’en croise énormément, rangés en damiers parfaits, courant sur les plaines et les collines, faisant des dessins géométriques au fur et à mesure de mon avancée.
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Par contre, ce que je note, ce sont des hameaux totalement abandonnés qui errent le long de l’autoroute : station d’essence, bars, boites de jeux, hôtels, éventrés pour la plupart et entièrement tagués. Quelle en est la cause ? Je mets cela sur le compte de la « mondialisation »… Vaisseaux fantômes qui n’ont perdu leur âme…

Je prends des photos tout en conduisant et ce n’est pas facile et pas prudent surtout. Je fais attention. Il me faut bien des souvenirs non ?

10 h 45 – J’ai quitté la Mancha et j’entre en Andalucia (l’Andalousie). Un grand et large panneau bleu vient vers moi et me précise, en langues espagnole et anglaise et en caractères arabes…, Granada 30 kms ! Granada ! Ce nom sonne la magie pour moi. Qu’il est beau ce nom : Gra-na-da ! Les Maures installés pour quelques siècles. L’invasion terrestre en même temps que l’invasion maritime. Un peuple soumis. Mais également une architecture nouvelle, audacieuse, emplie de mystères. Des jardins luxuriants où l’ombre et l’eau, trésors de bienfaits, sont omniprésents pour assouvir les caprices d’un calife à la satiété incongrue, un calife largement inassouvi, un calife bâtisseur tout de même.

Depuis hier, j’ai accompli les trois quarts de mon voyage ! Je sens, je respire la Méditerranée !!! Elle est là, tout près ! Et Grenade qui se profile à l’horizon, entourée de palmiers, de collines, écrasée par le chaud soleil ! 33° au tableau de bord. Grenade que je rêve de visiter. Grenade et comprendre son histoire. Mais je ne m’arrête pas. Je poursuis mon voyage et j’y reviendrai. Je me le promets.

J’emprunte l’autoroute qui mène à Séville et Cadix puis, quelques kilomètres plus loin, je la quitte pour ma destination finale…
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Je laisse la Sierra Nevada sur ma gauche et je pénètre dans une autre dimension. Un panneau m’indique qu’il faut mettre les chaînes pour circuler… l’hiver bien entendu ! Chaînes de montagnes enneigées. La Sierra Nevada est le massif le plus élevé de toute l'Europe occidentale après les Alpes. J’ai du mal à imaginer que la Sierra Nevada soit enneigée en hiver. Pour moi, c’est insolite, démesuré. Après tout, n’est-ce pas le pays du soleil ? Je sais que depuis Grenade la route la plus haute d’Europe grimpe jusqu’à 3 150 d’altitude.

L’autoroute emprunte d’immenses viaducs qui enjambent des vallées vertigineuses, beaux ouvrages et prouesses des hommes avec toujours, en son milieu, un rideau de lauriers roses. La route grimpe, redescend, grimpe encore. La vitesse est limitée à 70 tellement la conduite devient dangereuse. Je respecte la limitation mais pas les espagnols qui dévalent les pentes comme des dingues avec, quelquefois, des véhicules douteux que je rattrape et double aisément dans les montées.

Au sommet d’une montagne, il me semble voir la mer, là-bas, tout au loin. Mais non, ce n’est qu’une brume de chaleur, commune en Méditerranée. Et soudain le panneau, Mon panneau : Malaga 12 kms ! Ce panneau qui me libère de cette longue route !

12 h 00 - Et je découvre cette ville baignée de soleil, du haut du dernier col. Rapidement, elle se précise, se devine, s’impatiente tout comme moi. Elle est à mes pieds, là, juste en bas et je rejoins l’autoroute qui vient d’Alméria pour aller vers le sud, longeant la mer. La mer ! Ma passion. Elle est d’un calme ! Je vous laisse le deviner, la deviner. C’est un miroir. Elle se confond avec le ciel dans un bleu pâle et vide de tout nuage. Les plages dorées dessinent le littoral. Il m’est très difficile de jeter un œil vers ce spectacle tant la circulation est dense. Je suis avide de savoir, de voir, de dénicher une crique, les hôtels, des palmiers. J’ai envie de m’arrêter pour profiter du spectacle, mais je ne peux le faire.

Ce que je remarque pourtant, ce sont les nombreux immeubles qui ornent les collines. Il y en a partout ! C’est une construction mal ordonnée, anarchique, voire étouffante. Les immeubles semblent vouloir digérer les quelques villas qui essayent, tant bien que mal, de s’imposer entre les barres aux balcons encombrés. J’espère ne pas trouver semblable désordre en bordure de plage…

J’ai faim. J’ai grand faim même. Je n’ai pas fait de repas corrects depuis que j’ai quitté mon chez moi. Et encore, mon dernier vrai repas remonte à la veille de mon départ. Mais là où je me trouve, je ne vois aucun restaurant. Je roule toujours sur les hauteurs de Malaga et je pense que je trouverai mon bonheur en bordure de plage. C’est évident !

Soudain Maria me précise que je dois sortir dans 800 m. Je suis à 2 km de mon point d’arrivée, mon hôtel.

12 h 30 - J’entre dans la ville de Rincon de la Victoria et ma route descend la colline. Je roule au pas car je suis assez fatigué. La circulation est conséquente. Ce que je remarque ce sont les arrêts des automobilistes aux passages pour piétons. Respect. Mais aux ronds points, c’est autre chose car la priorité à gauche est souvent sujette à caution ! Maria m’annonce : « A la fin de la route tournez à gauche et vous êtes arrivé sur la droite ». Merci Maria !

Je n’en reviens pas. Je viens de parcourir 1 430 kms.

12 h 40 – Je me gare devant mon hôtel et coupe le moteur. Je regarde autour de moi et je pense être dans un autre monde. Un autre monde fait de soleil, de douceur, d’animation. L’air est différent. La lumière est différente. L’insouciance est différente. Il me semble percevoir de la nonchalance également. La chaleur de la rue envahit l’habitacle et je me décide à sortir. Une odeur nauséabonde m’empêche de respirer. Je retiens ma respiration. Des conteneurs de poubelles trônent sur le trottoir…

Je rejoins la réception. Un homme, élégant, me reçoit, me parlant en espagnol. Je lui dis « bonjour ». Sourire amusé de sa part. Il me répond en français. « Victor pour vous servir. Vous avez fait bon voyage ? ». Il me remet ma carte. Chambre 401 – 4ème étage. La chambre n’est pas très grande mais cela me convient tout à fait. Lit agréable, penderie, table pour écrire, fauteuil, desserte pour ma valise, belle salle de bain et large balcon. Je m’y rends. Je suis déçu car je pensais voir la mer. Ma chambre donne sur la rue. Alors là, c’est vraiment un détail pour moi.

J’installe mes bagages et je redescends. J’avise la terrasse d’un restaurant tout proche. Je n'ai pas envie de sélectionner. J'ai seulement envie de manger et de bien manger.Je m’installe. Je ne sais pas pourquoi mais la serveuse qui vient vers moi, me dit : « Hello ! ». Elle me donne la carte et je la remercie en lui parlant en français. La carte est écrite en anglais et en espagnol. Je choisis mon plat : une tortilla à la tomate. J’ai soif et je veux une bière. Comment dit-on bière en espagnol ? Je l’ai su : una biéra ? non. Una ragna ? non. Una quemia ? La quémia, c’est autre chose. Je ne sais toujours pas et pourtant, je cherche. Lumière ! J’ai trouvé ! Una cagna ! Con una cagna por favor señora, lui dis-je. Wouaah, le pro !!! J'ai tout de même conscience que c'est tout à fait élémentaire

J’avale plus que je n’apprécie mon omelette car il me tarde de prendre une douche et me coucher.

Il est 15 h 30. Je rejoins mon hôtel par la plage. Je vous en parlerai demain car j’ai les oreilles qui bourdonnent, je suis complètement dépaysé et sur les rotules. Mais que je suis heureux d’être là, au soleil, dans une douceur de vivre. L’air sent la mer, l’ambre solaire, le poisson, l’iode, le le le la la la, je ne sais plus….

A bientôt !

(à suivre).

  • Elite
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Dany80
Dany80 07/09/2017 à 10h47

Merci Oss, (moi qui ne lit jamais...ou trés trés peu)....j'ai eu grand plaisir à te lire et à vivre ton voyage, et à bientôt pour la suite... je t'embrasse !

  • Ambassadeur
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Maliko
Maliko 07/09/2017 à 11h47

Et moi je rêve. ...

  • Ambassadeur
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Mababe
Mababe 07/09/2017 à 15h08

C'est trop chouette, merci Oss pour ce beau récit de voyage !

  • Équipe Justacoté
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Oss
Oss 08/09/2017 à 17h16


- (mettez la vidéo en route pour lire le texte... merci).

Mardi 5 septembre – 18 h 30. J’ai fait une sieste réparatrice de deux heures et se sont les bruits de la rue qui m’ont réveillé : je n’avais pas fermé correctement la baie vitrée. Je décide de visiter la plage. Je descends l’immeuble de l’hôtel, sors, tourne une ruelle et je débouche sur la promenade de la plage.

Je vais essayer de vous décrire ce que je vois. En premier lieu, c’est un alignement de façades : façades d’hôtels, façades de restaurants de toutes sortes, façades de magasins, des places fleuries, des manèges, le tout formant un ensemble linéaire.

Devant ces façades, des terrasses comportant, devant les restaurants et les bars, des chaises et des tables pour déjeuner et souper.

Devant ces terrasses, une large allée piétonne, entièrement carrelée, bordée, ça et là, de palmiers. Un peu plus loin, des étalages de bijoux, souvenirs, vêtements, jouets, font le bonheur des badauds.

Devant l’allée piétonne et la longeant, la plage large d’une bonne centaine de mètres au moins. Et sur la plage, des parasols de toile ou de végétaux sont plantés en file indienne, correctement alignés et sous les parasols, des transats repliés pour la nuit qui arrive. Si l’on regarde vers l’ouest, la plage fait un bon kilomètre. Vers l’est, elle défile vers l’infini.

C’est l’heure parfaite pour voir du monde et, en ce début de septembre, il y a pas mal de vacanciers. Je me suis habillé d’un pantalon bleu marine et d’une chemisette blanche en coton du Nil, chaussé de sandales en cuir noir. On ne se bouscule pas mais tout de même, les frôlements existent ! Je regarde les tableaux des menus affichés devant l’entrée des restaurants. Large éventail de poissons et crustacés, choix impressionnant de poulpitos, méjillones, calamarès, ensaladas de toutes sortes et le tout en diverses sauces.

Les terrasses des restaurants ne sont pas encore prises d’assaut car, je le sais et c’est là la merveilleuse habitude des espagnols : ce n’est pas encore tout à fait l’heure de souper. Les espagnols sont des « sort tard » et cela me plait ! Je passe devant la terrasse d’un marchand de glace et, au vu des personnes qui s’empressent devant les comptoirs, je me dis que cela ne doit pas être si mal… J’y reviendrai, promis.

A un moment, je remarque sur une partie de la plage, comment dirais-je…, je remarque un emplacement, une grande pièce illuminée, toute blanche et aux larges baies vitrées. Je m’approche : c’est un restaurant et sans doute l’annexe de celui placé en face. J’en fais le tour et de l’autre côté, face à la mer, une autre terrasse tout en longueur, comportant des tables et des chaises, une nappe de papier sur les tables, couverts, nécessaires à assaisonnement, etc… L’endroit me convient tout à fait. Seules deux tables sont occupées. Je m’installe et je regarde, les yeux grands ouverts…

Derrière une haute montagne, tout là-bas, le soleil entame sa descente. La silhouette de la montagne se dessine en contre-jour. Elle est irisée de couleurs jaune, oranger qu’enveloppe le bleu du ciel qui s’assombrit. Cette montagne plonge dans la mer en pente douce devenant abrupte au fur et à mesure de son approche de la mer. La montagne se reflète dans la Méditerranée où pas une ride ne trahit sa présence. Seule son ombre sombre qui se mire et qui tremble légèrement. Des lumières d’une ville, je pense qu’il s’agit de Malaga, s’allument en petits points dansant et zèbrent la surface de l’eau. Dans le ciel, un avion se dirige vers l’aéroport de Malaga.

Tournant mon regard vers ma gauche, la mer sur laquelle des plots jaunes délimitent la zone de baignade. Un pêcheur vient de déployer ses moulinets et les fichent dans le sable. Il s’assoit près de sa femme et vont passer une partie de la soirée l’un contre l’autre. J’imagine qu’ils se disent des mots tendres, qu’ils se racontent des souvenirs, qu’ils parlent de leurs enfants, de leur maison. Près d’eux des paniers et des bouteilles, gages d’un repas annoncé. Loin vers l’horizon un gros navire avance lentement. Il vient de passer le Détroit de Gibraltar tout proche. Au-delà de l’horizon, mon pays qui m’a vu naître et que j’ai laissé, ma famille et moi, un jour du mois de juin 1962…, se devine. J’ai l’impression que l’horizon n’est qu’un fil derrière lequel le mystère commence. Combien de fois ai-je eu cette sensation lorsque j’étais embarqué et que je prenais un peu de repos sur la plage avant ou arrière, le regard perdu vers l’immensité… C’est la première fois que je me rapproche tant de mon pays…

Une odeur agréable de « grillé » me tire de mes rêveries. Odeur agréable qui s’accroche à mes papilles. Je cherche d’où elle peut venir. Derrière moi, toujours sur la plage, posée sur une espèce de gros fût, une barque toute en métal, chargée de braises, fume et répand cette odeur. C’est un brasero original qui sert aux grillades.

Le garçon s’approche. Lui aussi me dit « hello, only you ?! ». Je lui réponds « ola ! Si que estoy solo !». Je regarde la carte. Je pointe mon doigt sur une ligne et je lui dis : Espedo dos sardinas por favor ! con una canta y ensalada de pulpo.

Le service est très rapide. Le garçon m’a apporté la bière en premier accompagnée d’une assiette de jambon, 3 tranches de chorizo. Et je découvre ainsi le tapas servi avec mon verre de bière. Connaissez-vous l’origine des tapas ? Il y a quelques années (année 50 ?), un consommateur prenant un apéritif dans un bar de Barcelone, dit au barman qu’il s’absentait un instant mais ne voulait pas que son apéritif soit « visité » par des insectes. Le barman plaça la première assiette qu’il trouva près de lui et couvrit le verre du consommateur. Sur l’assiette, il y avait de la charcuterie. A son retour, le consommateur enleva l’assiette, but sa consommation et mangea la charcuterie. Le tapas était né !

Je me lèche les doigts ! Les 6 sardines sont d’une fraîcheur extraordinaire, grillées à point. Je les épluche avec les doigts car je ne mange pas la peau (indigeste !), je les lèche jusqu’au bout des ongles car je ne souhaite pas en perdre une seul miette: un-ré-gal. Que dire de la salade de petits poulpes servie avec de l’huile d’olive, légèrement pimentée, de l’oignon, de l’ail, des herbes, quelques rondelles de tomate et de poivron ? Je suis aux anges !!! Je ne me suis pas aperçu que toutes les tables étaient complètes. Près de moi, une famille française se régale avec une pælla.

20 h 30 – La soirée ne fait que commencer. La nuit est tombée. Je paye ma note et, en passant devant la table des français, je leur demande s’ils ont aimé la pælla. « Oh que oui me dit la dame et nous vous la recommandons ! » « Bonne soirée et bon appétit ! ». Instant de complicité culinaire qui me ravit au plus haut point !

Je décide de prendre ma voiture et de faire un tour. Malaga est à une dizaine de kilomètres. J’ai envie d’y aller. J’emprunte l’avenida Mediterráneo. Cette avenue est très animée. De nombreux restaurants la bordent ce qui entraîne un mouvement de foule. Elle est très large, bien éclairée et je m’y sens bien. Certaines épiceries et superettes sont encore ouvertes et je remarque qu’elles sont tenues par des asiatiques. Même là…

Quelques kilomètres plus loin, l’avenida Mediterráneo se prolonge par l’avenida Málaga et j’entre dans un quartier résidentiel. A un rond point, j’aperçois, sur ma gauche un restaurant à la terrasse garnie, sur ma droite une place sur laquelle se trouve une église et à côté, un parking. Je me sens las et je n’ai plus envie d’aller voir Malaga. Je me gare. Il fait extraordinairement doux. Je passe devant l’hôtel Maria Cristina et je vois la plage, la Playa de la Cala. Je m’y rends. Je repère ainsi les endroits où je pourrait fréquenter les plages durant la journée. Ici également, il y a des restaurants de plein air bordant une promenade et notamment l’un d’entre eux d’où s’échappent des airs de flamenco. J’y vais. Il y a du monde et pratiquement toutes les tables sont occupées. Si je vous dis que j’ai faim, me croiriez-vous ? L’odeur des grillades m’affole. Je m’installe à une table inoccupée. Aussitôt une serveuse vient vers moi en vociférant en espagnol, gentiment toutefois. En fait, je me suis assis à une table qui appartient aux occupants de la maison jouxtant le restaurant. Je croyais que… ! Elle réussit à me trouver une table d’où je peux admirer les espagnols dans toute leur splendeur. Ils ne savent pas parler sans hurler et rire très fort. Et c’est cela qui est magique ! Ils font participer tout le monde et je ris avec eux aussi. Je remarque également que l’espagnole est très coquette, avec des bijoux autour du cou, aux oreilles, autour des poignets.

La serveuse me parle en anglais, je réponds en français et j’essaye de comprendre ce qu’elle me dit en espagnol. Vous voyez le tableau. « Una cagna por favor segnora » et je lis le menu et la carte. Je lui demande : « possibile aqui ? ». Je lui montre avec mon doigt la ligne de la carte qui m’intéresse « Si Señor » suivi d’une tirade en espagnol que j’essaye de cerner et dans laquelle je comprends qu’il me faudra attendre un bon quart d’heure car la cuisson est longue.

Le restaurant comporte une grande salle. Elle est remplie et c’est de là que sortent les airs de flamenco. Dans un coin, deux guitaristes et un chanteur. Ils chantent à tue-tête, le chanteur frappe dans ses mains, la salle reprend en chœur les refrains et les « olè » fusent. Certains spectateurs dansent. Je suis enthousiaste. Il me semble que les Gibsy Kings sont tout près de nous…

J’en profite pour regarder autour de moi. Sur la plage des barques de pêcheurs sont au repos sur le sable. A côté pendent des filets. J’aperçois le brasero, toujours une barque, qui fume et des brochettes de sardine et poisson qui cuisent. La plage, plus ou moins éclairée, me semble convenable. Je ne vois pas de parasols. Je viendrai y faire un tour en journée.

On m’apporte mon plat. Un superbe calmar d’au moins 20 centimètres, grillé à la braise. Encore un régal. Je finis mon calmar tant bien que mal, mais je le finis. J’étouffe un bâillement. La fatigue et le sommeil m’interpellent. Je paye et je m’arrache à ce spectacle tout à fait imprévisible pour moi mais ô combien enrichissant. Je rejoins mon véhicule et m’installe. Je me sens bien seul, je vous l’avoue. Bon rentrons. La nuit sera salutaire.

Demain je vais à Malaga, pour la journée.

Bonne nuit à tous
(à suivre).

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Linieres
Linieres 08/09/2017 à 17h35

On est avec toi pour ce beau voyage. C'est merveilleux. Attention à l'abus de Malaga....

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Maliko
Maliko 08/09/2017 à 21h35

Sais tu que tu marches sur mes pas ? ....et du coup sur ceux de Notrebab's aussi ?

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Dany80
Dany80 08/09/2017 à 22h56

merci Oss.... !

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Oss
Oss 09/09/2017 à 22h31




Mercredi 6 septembre - 9 h 30. Malaga. Je me suis garé tout près de l’Alcazaba, dans un parking souterrain. A l’extérieur, j’emprunte à pied un tunnel dans lequel circulent les voitures : c’est bruyant, c’est rapide, il y a du vent et c’est très impressionnant. Au débouché du tunnel, sur ma droite, les contreforts de l’Alcazaba. Je pénètre dans un jardin superbement entretenu et je cherche désespérément l’entrée de la forteresse.

Après dix bonnes minutes et avec le concours d’ouvriers travaillant sur le site, je trouve l’entrée, "Puerta de la Bóveda" (la Porte de la Voûte). Dans le hall, sur ma gauche, la réception. Un tableau de paiement m’indique le prix que je me dois m’acquitter. J’avoue que c’est assez confus tant il y a de propositions de tarifs. Gentiment, un préposé vient à mon secours, a vu que je lisais les rubriques écrites en français et me dis : « Vous êtes sûrement retraité donc pour vous c’est 4 € pour la journée de visite ». Bel accueil, c’est professionnel. Je me dirige dans un tunnel voûté au bout duquel un ascenseur m’emmène au début de la visite, sur les hauteurs.

L’Alcazaba de Malaga est une forteresse bâtie sur les vestiges d’un site romain, par la dynastie des Hammudites vers le XIe siècle sous le règne de Badis ben Habus. L’Alcazaba se prolonge par une autre forteresse, le château du Gibralfaro (du nom de la colline), construit au XIVe siècle par Yusuf Ier de Grenade. En plus de son rôle défensif, l'Alcazaba fut la résidence du gouverneur de la ville à cette époque.
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arc outrepassés

Elle fut construite par une main d’œuvre corvéable à merci que furent les prisonniers chrétiens et juifs. Leurs femmes et leurs filles « travaillaient » dans la forteresse et enfermées le soir dans les geôles.

Les Rois catholiques reprirent la forteresse en 1487. Plusieurs rois y habiteront comme Philippe IV ou encore Charles III d'Espagne.

La forteresse occupe tout le sommet de la colline. Sa composante militaire en fait l’une des constructions musulmanes les plus importantes d’Espagne. Mâchicoulis, tours percées de meurtrières et remparts crénelés assuraient sa défense mais son meilleur atout était toutefois sa situation, dominant la ville et la baie depuis ses balcons. La brique est omniprésente : murs, plafonds, colonne, tours, remparts et j’en passe…
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La mer venait lécher le pied de cette colline. Désormais, elle s’est éloignée et le port occupe une place très importante.

L’ascenseur me dépose dans une première salle et aussitôt je suis émerveillé par le travail des tailleurs de pierre : dentelle de pierre, travail d’orfèvrerie, minutie extrême, savoir faire extraordinaire. Le plafond fait de briques, à lui seul, est d’une richesse telle que je me demande comment l’on peut travailler la brique à cette hauteur ! Cette pièce comporte en hauteur une frise sur les quatre murs expliquant les divers ornements d’arcs outrepassés. Cette variante de l'arc en plein cintre est apparue au Ve siècle dans le Bas-Empire romain et fut abondamment utilisée dans l'architecture wisigothique, hispano-mauresque et préromane.

Je passe une autre pièce à ciel ouvert cette fois-ci et je visite au gré de mes pas, allant de couloirs, en pièces. Empruntant d’innombrables escaliers. Des jardins comportent à chaque fois une fontaine dont certaines servaient aux ablutions avant de faire la prière.
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Je me promène sur les remparts et, à chaque fois, le dépaysement est assuré. Des rires attirent mon attention. Une jeune femme penchée sur une fontaine prend de l’eau dans ses mains et la jette en direction du visage de son ami venu voir ce qu’elle faisait. Je ris de les voir faire et je vois la triste mine du monsieur qui, je le suppose, cherche à se venger.

Ce que j’apprécie, c’est le silence de l’endroit et le peu de visiteurs qui déambulent tout comme moi. Et l’eau est présente partout. Le manque d’eau est cruel en Espagne et pourtant, dans cet endroit, elle est bien présente et je sais pourquoi. L’eau, pour les Arabes de l’époque, était un bien précieux et nécessaire. L’eau, d’une part, c’est la pureté pour l’âme mais, d’autre part, il faut bien arroser les nombreuses plantations de fleurs, bosquet, arbres…

Un système d’irrigation en circuit fermé assure toutes ces fonctions et, en marchant sur les chemins pavés en brique et en pierre, une rigole circule sur le milieu de ces chemins, légèrement incurvée, recueillant ainsi l’eau de pluie et distribuant l’eau partout, vers les bassins. D’ailleurs, j’ai pris une photo pour vous la montrer.
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Sur le plus haut chemin de ronde, je domine la ville sous un chaud soleil. Malaga s’étale en robe immaculée le long de la mer. Les bruits de la ville me parviennent et, dans ce havre de paix d’où je me trouve, je ressens que je suis comme protégé de l’animation urbaine qui fourmille tout en bas. Je prends le temps de contempler, d’admirer et de me ressourcer. A l’instant, je ne pense plus à mon chez-moi, je me demande même si j’en ai un… Je suis bien, reposé, calme, en même temps étranger et enfant du pays à la fois.

Durant trois heures, j’ai parcouru pratiquement tous les chemins de la forteresse. Mais je sais que je n’ai pas tout vu. Il y a tant à voir et à découvrir. L’Alcazaba est magique, envoûtante, énigmatique. Je me prends à imaginer la vie de ces musulmans dans ce pays d’Espagne qu’ils viennent de conquérir, de posséder, de piller mais aussi de bâtir. Parmi les visiteurs, j’ai vu des musulmans, elle en voile, lui en chemisette. J’aurais aimé leur parler et leur demander ce qu’ils pensaient à l’instant de ce patrimoine. Je me doute de leurs sentiments.
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Tout en me promenant, je remercie intérieurement les espagnols d’avoir su conserver ces vestiges, cette Histoire incluse dans leur propre Histoire. Les Berbères ont conquit l’Espagne en 711 en battant le roi Wisigoth puis ce fut le tour des Arabes et ils furent chassés en 1492 ! Ils sont tout de même restés près de 800 ans ; HUIT SIECLES !!! Nulle part dans notre monde il n’y eut pareille occupation. Alors qu’à l’époque où ils furent chassés, l’Europe allait mal, l’Espagne était riche …!

11 h 45 – Je décide de mettre fin à ma visite en sortant par une porte où j’aperçois les vestiges d’un théâtre romain parfaitement conservé. Je me rends en ville.
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12 h 30 – Je me demande comment j’ai pu le faire, j’ai marché à l’aventure et je me retrouve dans l’ancienne médina, ruelles étroites où le soleil pénètre à peine. J’ai une fascination pour les balcons : balcons fleuris pour la plupart, balcons fermés d’une « véranda » qui ajoute un air sérieux, insolite, baroque parfois.
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Autre constatation : la propreté ! Les rues sont d’une propreté rigoureuse : pas de papiers qui traînent, ni de feuilles. Les rues ne sont pas goudronnées ni pavées mais carrelées ! Les voitures roulent sur ces rues et pour moi c’est un sacrilège !
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C’est un bonheur de flâner dans ces rues tellement accueillantes, tellement nombreuses, tellement chaleureuses, aux magasins de toutes sortes et des restaurants partout ! Il n’y a que l’embarras du choix ! Certains restaurants n’ont que très peu de place sur la rue. Alors, des tonneaux remplacent les tables et l’on mange debout ! C’est super ! Et les prix sont très abordables.
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Vous vous en doutez, vu l’heure, j’ai faim ! Dans une venelle, la terrasse d’un restaurant m’attire. Je m’installe ; A ma demande le serveur m’apporte una cagna et… une assiette de charcuterie. Je regarde la carte et je vois que l’on propose une assiette de moules (les grosses !), farcies. Alors j’opte pour cette assiette et en plus une salade de tomates composée, le tout accompagné d’un verre de vin rouge du coin.

Gé-nial ! Génial cette assiette de moules farcies. Je pense avoir compris la recette : une valve de la moule est farcie avec de la chair de moules enrobée dans une sorte de pâte comme celle des accras. C’est cuit au four avec de la panure sur le dessus. Légèrement pimentée, c’est un ré-gal ! Et en Espagne cette recette est présentée également sous forme de boulettes avec soit du blanc de poulet, soit de la saucisse, soit du canard, soit du poisson, bref, n’importe quoi peut être servi avec cette farce. Quant à la salade, la fraîcheur est de mise, l’huile d’olive, une divinité grecque dans mon assiette.

14 h 00 – Je reprends ma visite de la ville. Je m’arrête un instant sur une magnifique place, la Plaza de la Constitution, entièrement carrelée, entourée de magasins chics, de restaurants, animée et, tout autour, les voitures sont interdites à la circulation. Et je marche, je marche, je marche…
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La Calle Nueva est une longue et large avenue bordée de magasin. Pour protéger les badauds des rayons du soleil, des toiles sont tendues au-dessus de cette avenue. Des bancs de pierre offrent un moment de repos et je m’assois un instant car mes jambes me pèsent… Il fait beau, chaud, le soleil est partout, ce n’est pas bruyant. Je prends des notes pour mon texte que je vais rédiger pour vous et, un instant j’entame, assis, une légère sieste réparatrice tout en ne dormant que d’un œil… Je suis bien, loin de tout souci, loin de toute contrainte. Je profite de cet instant que pour moi. Je savoure et, croyez-moi, j’aimerais bien partager ces instant de bonheur avec quelqu’un.

Face à mon banc, le magasin Springfield. J’y vais pour m’acheter un short de bain, le mien étant tâché par l’éosine, souvenez-vous… J’y vais parce que j’ai un besoin d’achat mais autrement, ce n’est pas le genre de magasin où j’aime aller. 1er étage. Des maillots en présentation. Je choisis un bleu ciel et noir avec des points noirs en dégradé. Ainsi, vous connaîtrez ma tenue de bain… A la caisse j’ai la surprise de savoir que l’on m’accorde une réduction de 50 %. Alors, je m’adresse au serveur (il parle français), avec un léger sourire. « Et sur les 50 % pourrai-je avoir une remise de 5 ou 10 % ? ». Il me répond en souriant également : « Désolé mais la remise est déjà faite ! ». Je paye. C’est évident ! Mais j’ai essayé, c’est tout, car je marchande tout, pour le plaisir…

15 h 30 – Je réalise tout à coup que je ne sais même plus où se trouvent ma voiture et le parking ! Je sais que j’étais passé devant la cathédrale de l’Incarnation (architecture magnifique), je revois également l’entrée de la forteresse mais, avec toutes ces ruelles qui se ressemblent, comment fais-je maintenant ? Hum ?
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Ayant eu l’habitude des marches en topographie (cartes, boussole etc…), je prends toujours des points de repère là où je passe et ce fameux tunnel de ce matin est un point remarquable. La fille de Maria est dans mon téléphone et je me sers du GPS.

16 h 15 – Je viens de passer le tunnel, dans l’autre sens. J’avise la terrasse bien ombragée et salutaire d’un bar. Je m’y rends car j’ai une terrible envie pressante. Depuis ce matin, il faut le faire, non ? « Une cagna por favor y el servitio ? ». La jeune femme m’indique le chemin. C’est absolument fantastique cette propreté des lieux. Très bonne odeur de frais et de parfum. Je me lave les mains, rafraîchis le visage et la nuque et je rejoins ma cagna…

Voilà pour ma journée à Malaga. J’ai encore tant de choses à vous dire mais il me faudrait des pages et des pages et vous vous en lasserez… Encore une fois, je me suis dit que j’aimerais bien m’installer ici ou dans la région. Qu’ai-je à perdre ? Rien ! Je vends ma maison et je m’achète un appartement ou une maison. Mes enfants ? Ils seront heureux de venir me voir, croyez-moi. Et puis, à Malaga, à Rincon et ailleurs en Espagne, Justacoté est toujours présent ! Alors, je ne vous perdrai pas…. Et puis je vous inviterai à venir me voir …!!!

Demain ou après demain, visite de Grenade…
♡♡♡♡♡♡♡

(à suivre)

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Maliko
Maliko 10/09/2017 à 06h56

Ooooooh j'en ai les larmes aux yeux, merci pour ma nièce ♡♡♡♡
Mdr !! La fille de Maria dans ton tel !!! Aaaah Malaga, combien de fois ai je arpenté ces rues ! Et l'Acazaba ,combien de fois y suis-je montée pour le faire découvrir à mes proches ! Merci Oss, ton récit m'émeut.

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Dany80
Dany80 10/09/2017 à 10h58

Je n'en reviens pas...! moi qui ne lit pas....je suis "emportée" par tes visites, tes photos, et toutes ces belles choses que je n'ai jamais vues....tu en parles tellement bien ! merci Oss, et je fais partie du voyage ça je peux te l'assurer....!

  • Ambassadeur
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Linieres
Linieres 10/09/2017 à 23h14

Pour avoir fait ce voyage il y a deux ans, j'ai l'impression d'y être à nouveau. En te lisant, j'ai l'impression de cheminer avec toi.

  • Ambassadeur
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Dany80
Dany80 10/09/2017 à 23h35

ça me fait le même effet Linières...... sauf que je n'ai jamais fait ce voyage, et que je découvre des endroits merveilleux...!

  • Ambassadeur
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Oss
Oss 10/09/2017 à 23h42




Jeudi 6 septembre – 8 h 30. Je viens de prendre mon petit déjeuner en bordure de la plage, dans un café que j’avais repéré car, à cette heure du matin, il y a du monde. J’ai pris un café con leche y bogadillo. Je vous explique. Vous pensez bien qu’avant de tenter pareille aventure, j’ai observé les consommateurs. J’ai donc pris un café au lait et… une salade de tomate toute simple avec pain grillé, huile d’olive et sel le tout accompagné de deux tranches de jambon Serrano. Di-vin et insolite !

Je devais aller passer la journée à Grenade. Mais de lourds nuages au-dessus de la Sierra Nevada m’ont obligé à renoncer. Je préfère rester en bord de mer et profiter de la baignade. Etudiant la carte, je me suis aperçu qu’une route, longeant le bord de mer en direction d’Almeria, desservait plusieurs petits villages ainsi que des plages. Poursuivant un peu mon investigation, j’ai remarqué un village sans plage ou presque, le village de Nejra (prononcez Néra). Allez, je vous emmène, en voituuuuuure !

Je quitte Rincon de la Victoria (que je ne connais pas complètement, il va falloir que je la visite), et je prends cette route du littoral. Le soleil est magnifique, il fait déjà chaud 27°. Je longe la mer légèrement, très légèrement ridée, le sable gris-jaune donne des reflets d’argent. Je roule pratiquement au pas d’autant plus qu’il n’y a personne sur la route à cette heure de la matinée.

Maria me demande de quitter cette route et de prendre l’autoroute. Très bien Maria. La montagne que je traverse plonge littéralement dans la mer. Mais, à quelques endroits, de part et d’autre de la route, des serres immenses ornent le paysage d’une façon incongrue. C’est laid ! C’est hideux et les légumes et fruits que j’ai pu voir sur les étalages des épiceries proviennent de là.

Une vingtaine de kilomètres plus loin, Maria me demande de prendre la sortie qui se présente. J’obtempère. Je traverse le village de Nejra, tout blanc, aux murs des maisons parfaitement alignés, immeubles de deux étages pour la plupart. Je me rapproche de la mer. J’ai baissé les vitres pour respirer la Méditerranée. Un panneau m’indique la direction d’un parking. Je m’y rends. Parking immense, payant, en terre battue, sans marquage mais il y a beaucoup de places. Autour de cette place des palmiers, des immeubles en construction, des maisons aux jardins bien fournies en fleurs de toutes sortes et… le soleil, le ciel pur, les Ray-Ban sont de rigueur et le chapeau de paille aussi. Je prends mon sac dans lequel j’ai placé une bouteille d’eau, un carnet de Sudoku, un petit coussin à damiers rouges et blancs (pour ma petite tête). Un polo de rechange et un bermuda. Et je pars ecore une fois à l’aventure…

Je débouche sur une rue piétonne assez étroite qui me permet d’admirer les belles villas. Belles est un piètre mot ! Je dirai plutôt magnifiques, splendides, riches. Sur les balcons dégoulinent des flots de verdure et de fleurs. Le blanc des maisons est lumineux presque aveuglant ! Plus loin, je débouche sur une place très large sur laquelle sont plantés des palmiers majestueux en double rangée. J’aperçois une rambarde et derrière, la mer. Je la rejoins. Mon Dieu ! Le spectacle est fantastique !!!
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Sur ma gauche, une crique avec, sur la falaise, des villas, des arbres, de la végétation, des fleurs, des escaliers qui emmènent sur la plage. A droite, d’énormes rochers qui baignent dans une eau turquoise. Je me retourne et j’ai un aperçu de la place sur laquelle je suis. En fait, Nejra est très connue en Europe. Voici pourquoi…
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Nejra, c’est une ancienne histoire. D’abord des peintures rupestres qui furent trouvées dans une grotte en 1959. Ensuite, sous le règne musulman, son nom était Narixa (fontaine abondante), d’où son nom actuel. Et puis, et surtout, là où je me trouve, devant cette balustrade métallique, je suis sur le balcon de l’Europe ainsi dénommé par le Roi Alphonse XIII après que la ville fut détruite par un séisme en 1885.

Alors, je me retourne, je regarde la place puis au-delà de la place, vers les montagnes, le ciel et le Nord et j’ai devant moi l’Europe, toute l’Europe et de là, je vois la Finlande…. N’est-ce pas merveilleux ? Et j’ai une envie folle de partager ce que je vois, ce que je ressens, ce qui m’émeut, ce qui m’étreint. Que voulez-vous, je suis un profond sentimental et je me passionne pour les beautés que la nature nous offre chaque jour et c’est pour cela que j’aimerais lui dire : « regarde cette montagne, regarde ce ciel, regarde la pureté du ciel, regarde cette architecture, regarde la mer, regarde, regarde, regardons ! »... sa main dans la mienne !
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Je quitte ce merveilleux spectacle pour aller en découvrir d’autres, au travers des rues et des ruelles. Les marchands ouvrent leurs magasins, placent sur le devant de leur boutique des portiques remplis de vêtements, des jouets et accessoires de plage. D’autres ouvrent leur vitrine dans lesquelles figurent des vêtements de luxe, des chaussures pour tous les goûts. Les restaurants et bars ont étalé les chaises et les tables, ouvert les parasols, lavé le sol pour lui donner de la fraîcheur. Et ça sent bon les fleurs, les plantes.
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A Nejra, il n’y a pas d’urbanisme démesuré. Tout est dans la simplicité et la pureté. Et c’est propre, c’est accueillant. Je n’en reviens pas. Je suis émerveillé par tout ce que je vois. Je passe non loin d’une table et je remarque en son centre, une assiette remplie de charcuterie et de la soubressade, la soubressada de Majorque, pour le futur consommateur ! Grosse saucisse rouge (grâce au paprika) et délicieuse. Je suis tenté mais de la soubressade si tôt, mon foie ne serait pas d’accord…
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Devant un magasin je vois des parasols. Si je veux aller sur la plage, je ne pourrai pas rester toute la journée au soleil ! J’en achète un, blanc et bleu, ainsi qu’une serviette de bain. Voulez-vous savoir ce que représente mon drap de bain ? D’abord, il est toute rouge, rouge sang ! En haut, un bandeau jaune, en bas, un autre bandeau plus large, jaune également, avec l’inscription ESPAGÑA en lettres d’or et au centre…. Un immense taureau tout noir ! Olè mi corason ! E viva Espagna !
Allez, vite à la plage ! Youpiiiiiii

Je descends un escalier qui n’en finit pas de descendre ! Je débouche sur une petite crique. Une merveille ! Le sable est fin et gris, il y a très peu de monde, imaginez les couleurs, le gris du sable, le blanc des maisons, le vert de la végétation, le marron des rochers, les bleus de la mer, le turquoise et celui du ciel.
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Je déplie le parasol, mon drap de bain, je place mon petit coussin, j’ôte mes vêtements et les range sur le sac, ne gardant que le maillot (of course !), je m’allonge. Oooooh que je suis bien. Plus rien ne compte pour moi. Et à nouveau, je me demande si chez un chez moi, des enfants, des petits enfants, des amis, Justacoté connaît pas ou plus. Je ne sais pas où je suis, où je vais, d’où je viens. Je ne sais qu’un seule chose : je ne veux plus partir !
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J’ai la tête à l’ombre et le reste au soleil et rapidement il me fait songer à l’ambre solaire. Je l’avais acheté avant mon départ dans un magasin bio pour être sûr de sa composition. Je comprends rapidement que je ne pourrai pas m’en mettre sur le dos. Je regarde autour de moi. Les dames présentes sont toutes accompagnées d’un monsieur et je ne souhaite pas créer de conflit franco-espagnol… Bon, tant pis,pour mon dos ! Je commence par le visage, puis les bras, les jambes et…. HORREUR ! Ah, c’est bien ma veine ! La crème est colorée !!! C’est comme si je me passais du fond de teint, un fond de teint foncé. Mais c’est quoi ça ??? Je regarde le tube. Effectivement il est marqué 50 + - crème teintée – et je ne l’avais pas vu. De suite j’imagine mon visage tout bariolé car il faut un miroir pour se passer cette crème, c’est évident.

Je regarde à nouveau autour de moi. Pas de sourire ni de rire. Tout va bien. Alors je me lève et je vais me baigner pour enlever toute cette pommade de malheur. L’eau est un peu fraîche. Je grimace alors que des personnes sont dans l’eau toutes guillerettes ! J’aperçois une dame, tout sourire dehors, dents blanches en éventail qui semble se moquer de moi. Non mais ! C’est fini oui ou non ? J’avance à pas mesurés, je me mouille la nuque puis les épaules et enfin le ventre et j’entre dans l’eau. Ouf ! Elle est merveilleuse ! Mais non, pas la dame, l’eau ! Quoique la dame également et j’ai la coquine envie de lui apprendre à mieux nager en la soutenant avec mes bras. Mince, elle sort de l’eau. Tant pis !

Je me frotte partout pour enlever la pommade puis je fais quelques brasses dans une eau transparente qui me ravigote. A environ 5 mètres du bord, je suis sur la pointe des pieds. Pour vous dire que cela tombe rapidement à pic. Je rejoins mon parasol, m’étends. Tout près de moi, une famille s’est installée. Un peu plus loin, la dame en question vêtue d’un joli maillot noir une pièce. Elle aussi se passe de la crème solaire. Je serais bien tenté de lui en passer sur le dos… Chuuuut. Je prends mon livret de Sukoku et j’entame une grille.

Au bout d’un moment, une petite fille de 3 / 4 ans vient vers moi et me parle en espagnol. Je ne comprends rien. Je pense qu’elle me demande ce que je fais. Je lui dis : « Ola muchata muchatos, pequigna, peguigno, pequignas ». Bref un peu de tout et elle continue à parler. Avec mon stylo, sur une page blanche de mon livret, je lui dessine un petit garçon et une petite fille. Elle est ravie. Puis je dessine un oiseau. Elle me dit « pájaro ! ». Puis un chien : « perro ! ». Sa maman l’appelle et lui demande de la rejoindre. Finie la leçon ! Plus tard, à leur départ, j’ai compris que la maman demandait à sa fille de me dire au revoir. « Adios ! » me dit-elle. « Adios petite ». Large sourire à la maman...

Levant la tête, là-haut sur la falaise, un restaurant. Je m’y rends. Auparavant, j’avais remarqué que les personnes laissaient leurs affaires sur le sable et s’en allaient. Je fais pareil. Le restaurant « El Carabeo » se trouve calle Hernando de Carabeo. Une terrasse ombragée surplombe la crique et de là j’ai une vue imprenable sur la côte. On m’apporte la carte. Je choisis une salade composée (tomate, concombre, œufs, olives, poivron, filet de poisson, ananas coupé en dés). Excellent. Puis je prends une entrecôte cuite bleue accompagnée de légumes. Le tout arrosé d’un blanc bien frais de Malaga et d’une carafe d’eau. Un entremet pour le dessert. Service rapide, convenable, agréable, anglais parlé. D’ailleurs, il faut que je vous précise qu’en ville, il y a des agences immobilières tenues par des anglais pour... les anglais ! Et, en ville, des anglais, j’en ai croisés !
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Je retourne sous mon parasol pour une petite sieste après avoir piqué un plongeon. Je suis réveillé par les cris d’un surveillant de plage qui rouspète des enfants juchés sur un énorme rocher.

16 h 00 – Je plie bagage et je rejoins le parking en soupirant. Nejra ? Oui, j’aimerais bien m’installer et je m’y vois parfaitement, je vous l’assure. Je réfléchis à la chose…

17 h 00 – Je rejoins l’hôtel. Magnifique journée tout à fait imprévue et c’est cela que j’aime : ne rien prévoir, aller à l’aventure, au gré de sa fantaisie, au gré de ses envies, avec ses possibilités. Hier soir, je me suis dit, en relisant les pages que je vous ai écrites, que je vis un beau périple. Je suis heureux de le partager avec vous.

Alors, à demain pour Grenade ? Ok ?

Bonne nuit les petits lapins !

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Maliko
Maliko 11/09/2017 à 07h15

Oooooooh Jcr avant Oss !! Nerja !!! Ouiiiiii , c'est topissime ! La crique où tu es allé, je connais !!! Merci, merci de me faire revoir cet endroit que j'adore !! Paco de Lucia , un grand maître du flamenco pur, bravo de l'avoir trouvé !
Et j'ai hâte d'être à demain pour Grenade que j'adore, j'y suis allée 3 ou 4 fois ! mababe
Notrebab's !! Oss marche dans nos pas !!!
Ça ne m'étonne pas pour la crème !! XPDR !!! Voilà t'y pas qu'il se maquille, maintenant !! J'aurai bien voulu voir ça !!

  • Ambassadeur
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